Gangster

Mesrine, l'instinct de Mort  (Gangster) posté le mardi 11 novembre 2008 20:39

Après un développement passablement houleux, le premier épisode du diptyque produit par Thomas Langmann et réalisé par Jean-françois Richet sort enfin sur nos écrans et on ne peut pas dire de la vision de la chose donne envie d'en voir beaucoup plus. En gros et pour résumé Mesrine, l'instinct de Mort c'est le grand, un énorme vide. Ne connaissant aucun des autres films français de Richet, je ne me permettrais pas d'y accoler un commentaire mais par contre, ayant subi son lamentable remake d'Assaut de Carpenter (vous savez, celui qui est en fait un remake de 58 minutes pour vivre avec les dialogues bourrés de philo de comptoir et une envie manifeste de s'éloigner de tout ce qui faisait la réussite de l'original), j'avais quelques doute sur les capacités du réalisateur a rendre vivant ce biopic et surtout a lui donner toute l'envergure nécessaire. Mesrine est un film de gangster que l'on pourrait situer dans l'ombre des films de Scorsese dans le sens ou tout comme Casino ou Les Affranchis le film de Richet est une fresque ambitieuse décrivant le parcours véritablement hors norme de Merisne, sauf que dans l'ombre l'instinct de Mort va y rester. Une mise en scène aléatoire au mieux insupportable au pire, une photo dégueu (vas y que j'te tartine du rouge ou du bleu a la truelle) et des partie pris de réalisation qui voudrait placer Mesrine dans la droite lignée du ciné US des 60/70's (en s'imaginant sans doute que le split screen a go go ça rend intelligent). On aura donc tout le temps de mesurer la différences fondamentale entre les intentions de départ et le talent utilisé dans l'illustration de l'histoire. En fait on ne sait jamais vraiment ce que Richet veut faire. Mesrine se veut il une entreprise de démystification? une illustration neutre et "réaliste" ou une iconisation du gangster ? La réponse viendra sans doute du deuxième épisode (que je n'irais pas voir) mais ce qui est par contre tout a fait perceptible c'est que Richet échoue totalement a créer une quelconque empathie ou tension dramatique. On se fout complètement de savoir que Merisne a connu l'Algérie (la scène est d'ailleurs une série de plans tous plus pourris les uns que les autres), qu'il reproche a son père son passé pendant la guerre, ces histoires d'amour et de cul, on peut également faire le même commentaire sur la violence qui au lieu de créer le malaise n'évoque rien d'autre que l'indifférence. Bref on s'en fout et on veut juste une chose, que l'on file des projet ambitieux au réalisateurs capables de les concrétiser, chose naturel qui semble vraiment poser problème en France. Ce qui est dommage dans l'affaire c'est que l'on repassera une foi de plus pour le grand film de gangster français (l'hilarant Truands de Schoendoerffer vous vous souvenez ) parce que la vie de Merisne a un vrai potentiel et constitue un putain de matériau pour un film digne de ce nom, et que la distribution tout en étant était excellentes se révèle clairement sous exploité (Cécile de France ou Depardieu) et donc gâché.

Une autre fois peut être (ou pas) !!!

 

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Régénération  (Gangster) posté le samedi 09 août 2008 01:44

De Raoul Walsh. USA/1915.

                         

 

Owen est enfant quand sa mère décède. Adopté par une famille de voisins, le jeune homme se sauve et apprend les dures lois de l'existence des quartiers pauvres. Devenu chef de gang, Owen verra sa vie changé avec la rencontre d'une jeune institutrice.

Régénération est un film important a plus d'un titre. Débauché de la Biograph* par William Fox, Walsh se retrouve a la tête d'un projet ou, pour la première fois, il jouit d'une total liberté. Walsh remanie un scénario bâtit autour d'une situation convenu afin de lui donner plus de dureté et tourne sur les lieux même de l'action, le quartier du Bowery a New York, que le réalisateur connaît bien puisque cet endroit fut le terrain des jeux de son enfance. Très loin des tournages encadré et professionnel actuel, celui de Régénération est une aventure quasi épique. Pour les besoins de la scène du bateau en flamme Walsh engage deux truands du Hell's Kitchen, un quartier mal famé, dont le rôles est de fournir le plateau en figurantes et figurants. Les femmes, pour la plupart des prostituées, n'étant pas assez nombreuses Walsh décide de travestir une partie des figurants masculin. Il donne également comme instruction aux deux truands de veiller a ce que tout le monde saute du bateau au moment voulu. Les deux lascars prirent leurs rôles très a cœur puisqu'il allèrent jusqu'à balancer le comptable (portant sur lui une sacoche contenant la paie des figurants) a la baille. C'est a cet instant que Walsh remarque le manque de sous vêtements de certaines de ces dames tandis que les fumigènes simulant les flammes de l'incendie alertes les pompiers et les policiers du coin qui coffrent Walsh pour troubles a l'ordre publique et outrages au moeurs. Walsh ne dut son salut qu'a l'intervention de Winfield Sheehan, un ancien journaliste devenu producteur et ami de Walsh. William Fox est excessivement satisfait de la publicité gratuite amené par l'équipé (près de 20 000 personnes ont assistés au "spectacle" qui fit également la une des journaux) mais le seul hic c'est que l'intimité dévoilé de certaines des figurantes a été fixé sur pellicule au moment ou leurs robes bouffantes se soulevèrent pendant la chute dans les eaux de l'Hudson. Walsh dut embaucher en catastrophe un monteur spécialisé dans le sauvetage de films afin de s'éviter les quelques désagréments que lui aurait occasionné une plainte du comité de censure d'un pays passablement conservateur. Le monteur gratte la pellicule afin d'attribuer un sous vêtement fort disgracieux aux figurantes si peu avares de leurs charmes.

Au-delà de l'anecdote truculentes et de son statut de premier "vrai" long métrage de Walsh, Régénération doit son importance d'être également le premier long parlant du milieu de la pègre et des gangsters, faisant suite au Mousquetaires de Pig's Alley de D. W. Griffith premier court métrage d'une dizaine de minutes sur le milieu criminel tourné en 1912. Basé sur l'autobiographie d'Owen Kildare, un ancien criminel illettré détourné des sentiers du crime par une institutrice et devenu journaliste, Régénération n'emploie pas exactement les même chemins que son illustre mentor qui situait son film entre romantisme et réalisme. Walsh empreinte la voie du vérisme, la grande majorité des "acteurs" joue en fait leur propres rôles, et donne a Régénération un cachet quasi documentaire assez troublant de naturalisme. La misère semble transpirer des photogrammes qui décrivent des rues, des bars ou des appartements d’où suinte une pauvreté et une misère qui y sont décrit comme le berceau de la criminalité. Il y a dans ce film une définition de certains traits définissant l'illustration cinéma du gangster. Son caractère presque enfantin, son attitude gouailleuse et sa propension a la mélancolie. Walsh, contrairement a certains de ces successeurs, ne joue pas sur l'aspect romantique ou mystérieux du personnage et de son milieu, ne cherche pas a l'iconiser ou a en faire un héros. Owen est un gentil méchants (ou l'inverse), un personnage entier qui préfigure quand même pas mal les grandes figures picaresques qui vont traverser la carrière du grand cinéaste américain, justement fascinantes pour leurs réalisme, leurs vraisemblance. L'institutrice est elle-même une matrice des personnages féminins qui chez Walsh ont toujours une place importante dans le récit, ici celle de déclencheur de la prise de conscience d'Owen qui va se détourner du crime et emprunter les chemins de la rédemption, avant que son passé ne ressurgisse et provoque le drame. Malgré la courte durée de Régénération il est étonnant d'en constater la complexité narrative car en plus d'être une peinture réaliste des quartiers pauvres de l'époque le récit est également une mini fresque qui décrit le parcourt du jeune gangster. De l'enfance, la première scène découvre Owen regardant le cadavre de sa mère emporté par une ambulance. De l'adolescence pendant laquelle Owen va apprendre la loi des quartiers, la force donne raison a celui qui l'emploie victorieusement, ou il va se faire remarquer pour ces talents de puncheur jusqu'a l'age adulte, a la tête d'un gang. Régénération emploie un nombre conséquent de personnages secondaires ayant tous une consistance et un rôle faisant sens avec le récit et ces enjeux dramatiques ou symboliques. Régénération est également un film vraiment bien gauler, le médium cinéma n'ayant que vingt ans il est assez impressionnant de constater que Walsh, digne élève de Griffith, utilise déjà un langage parfaitement maîtrisé, sobre, énergique et par instant presque lyrique. Le plus souvent en plans fixes la caméra effectue quelques très beaux mouvements d'appareils dénués de toute gratuité, le tout conduit par le sens du rythme typique du cinéma de Walsh.

Après cet première œuvre marquantes, qui fut d'ailleurs longtemps considéré comme perdu et finalement retrouvé à la fin des 70's, Walsh allait changer de genre en s'essayant avec succès a l'aventure ou au western (Le Voleur de Bagdad, La Piste des Géants) avant de revenir au film de gangsters a la fin des 40's avec le sublime Les Fantastiques Années Vingt qui fut en même temps un ultime soubresaut d'un genre qui connu un énorme succès au tout début des 30's (Scarface de Hawks, L'Enemi Publique de William Wellman, Le Petit César de Mervyn LeRoy) et une réflexion mélancolique et réaliste sur un personnage central de l'histoire du cinéma US. Walsh retrouvera le gangster dans l'excellent La Grande Évasion, a la base prévue pour John Houston qui en écrivit le scénario, qui définissait son héros (Humphrey Bogart) comme être dépassé par son époque et donc condamné a un destin tragique un et dans cet énorme coup de boulle qu'est L'Enfer est a lui.

*la compagnie de D. W. Griffith dont Raoul Walsh fut un des assistants, il joue également John Wilkes Booth, l'assassin d'Abraham Lincoln dans Naissance d'une Nation.

- Livres consultés: Un demi siècle a Hollywood de Raoul Walsh, Raoul Walsh ou la saga du continent perdu de Michael Henry Wilson et Le Crime a l'écran: une histoire de l'Amérique de Michel Ciment.

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