Crime a Oxford  posté le jeudi 03 avril 2008 02:57

The Oxford Murders.

d'Alex De la Iglesia. Espagne-Angleterre/2008.

Malgré les grand prix récoltés a Gérardmer et Cognac, Alex de la Iglesia peine a se faire connaître en France ou il n'est soutenu que par une poignée de geeks peu aidés dans leurs travaux de reconnaissance par une distribution hasardeuse, voir inexistante. Le génial cinéaste semble ne pas attirer l'attention de nos médias, apparemment peu sensibles a la démesure outrancière de sa verve satirique et de toute façon persuadé que le cinéma ibérique ne se résume qu'au seul nom d'Almodovar. Situation paradoxale si l'on considère que c'est le pape du ciné espagnol et son frère Augustin qui furent les généreux mécènes du jeune De la Iglesia, tout juste sorti du tournage de son unique court métrage, en produisant son premier long Action Mutante. De ce premier essai a Un Crime Farpait, Alex De la Iglesia et son inséparable scénariste Jorge Guerricaechevarría ont construits une œuvre portant un regard corrosif sur une société peuplé d'êtres inquiétants et méprisables, laids et cons, purement drivés par leurs bas instincts et souvent atteints d'obsessions conduisant a l'autodestruction. Cultivant un amour du grotesque, du (bon) mauvais goût, un humour destructeur et développant un sens aigue de la satire social et du burlesque, les films de De la Iglesia n'épargnent rien ni personne et pilonnent a peu près tout ce qui bouge, marche ou rampe avec un sens de la comédie franchement jouissif qui rappel les grandes heures de comédie italienne ou certaines des œuvres de Billy Wilder. Ces films, aussi drôles soit ils, témoignent néanmoins d'une conception fondamentalement pessimiste de l'homme, de la famille, du groupe ou de toutes autres idées d'organisation patriarcale ou matriarcale. Et si nos trublions éprouvent toutefois une profonde sympathie pour leurs personnages principaux, seuls les exclus trouvent parfois grâce a leurs yeux . Que ce soit le couple infernal de Perdita Durango, le geek libidineux de Mes Chers Voisins ou la communauté de parias de 800 Balles ce sont tous des victimes des préjugés, de la bêtise humaine. C'est avec ces personnages que De la Iglesia enlève parfois son masque de cynique quasi misanthropique pour évoquer avec désenchantement le destin d'êtres assumant parfaitement ce qu'ils ou elles sont et bannis par les conventions d'une société hypocrite au conformisme aliénant. Pas très enclin a se définir comme un réalisateur cinéphage, De la Iglesia construit néanmoins ces films autour de références cinéphiliques pointues parfois surprenantes mais qui témoignent d'une grande maîtrise des thèmes abordés. Son style c'est depuis Mes Chers Voisins enrichit d'une patine Hitchcockienne ultra classieuse qui, couplé a la verves des dialogues de Guerricaechevarría, fait de son oeuvre ce que l'on peut trouver de plus brillant sur le vieux continent.

Crime a Oxford arrive a un point déterminant de la carrière de De la Iglesia. Malgré toute ces qualités, le réalisateur ne dispose toujours pas de la renommée international qui lui ouvrirais les portes de projets plus ambitieux et Un Crime Farpait était en quelques sorte le point culminant d'une série de films explorant les mêmes thématiques après lequel la redite pourrait devenir artistiquement dangereuse (dit bonjour Dario !). De la Iglesia change son angle d'attaque avec La Chambre du Fils un épisode de la série Peliculas para no dormir qui optait pour une approche dite sérieuse avec un certains succès et démontrait une volonté de changement. C'est dans la prolongation de cette volonté que De la Iglesia accepte la réalisation de Crime a Oxford, un whodunit écrit par l'argentin Guillermo Martinez (bonjour la fameuse british touch !). Martin (Elijah Wood) est un brillant étudiant qui débarque dans la prestigieuse université d'Oxford afin d'y rencontrer Arthur Seldon (John Hurt), un mathématicien de grande renommé. Martin est logé chez une vieille dame, une amie du professeur Seldon, qui sera assassinée. Les deux hommes vont alors se lancer a la poursuite d'un tueur qui annonce ces crimes a l'aide de symboles géométriques dont l'ensemble forme une énigme a résoudre. Reçu plutôt tièdement par les fans de la premières heures Crime a Oxford porte pourtant la patte de son auteur, toujours secondé par Guerricaechevarría. Il est d'ailleurs amusant de voir comment De la Iglesia investie de sa personnalité un pur produit de commande, subvertissant les règles d'un genre ultra codifié et situé dans un univers totalement étranger au sien.

Vendu comme un thriller mathématique, Crime a Oxford s'éloigne discrètement de ce postulat malgré le nombre de thèses et théorèmes avancé tout le long du métrage. En fait cette construction mathématique du récit n'est qu'une façade derrière laquelle De la Iglesia, réalisateur que l'on peut vraiment qualifier du chaos, va gentiment introduire ces thèmes a lui mais en filigranes et non de manière radical. Les deux "héros" (en fait un petit con arrogant et un vieux bellâtre égocentrique) et d'une manière générale presque tout les personnages du film ne sont rien d'autres que la version light des êtres névrosés qui hante le cinéma de l'espagnol. Tous sont a divers stades prisonniers de leurs obsessions et se retrouvent incapables d'en sortir. Kalman (Alex Cox) un professeur sombrant dans un intense état de folie pour avoir essayé de découvrir la logique qui régit le cerveau des malades mentaux et Podorov que l'exercice de résolutions d'équations mathématique aura rendu totalement paranoïaque sont les plus Iglèsiens. Les Eagleton sont également un bel exemple de famille déréglée. La fille est sous le joue d'une harpie dont le sport principal consiste a l'humilier, a la culpabiliser jusqu'à en faire une vieille fille. Martin est un grand obsédé presque uniquement motivé par les maths. Presque parce qu'il y a le personnage de Lorna, seul personnage situé en dehors du cercle de l'obsession. Personnage solaire en totale oppositions avec le reste des protagonistes (surtout la fille Eagleton) Lorna va éloigner Martin de sa fixation un temps pendant une scène d'amour monté en parallèle avec une séquence montrant Seldon assistant a une conférence pendant laquelle un physicien présente la résolution d'une équation vieille de 300 ans devant une assistance de vieux grattes papiers obnubilés par les chiffres. A ce stade De la Iglesia montre une préférence de l'un contre l'autre et semble affiché une souveraine indifférence aux élucubration matheuse qui sont censé commander la progression du récit. Lorna est le point de vu du réalisateur sur l'histoire et ces personnages. Martin repartira pourtant dans sa quête obsessionnelle et perdra tout, y compris Lorna. La fin est d'ailleurs l'ultime pierre apporté a l'entreprise de phagocytage des régles du whodunit et de sa construction logique par le chaos Iglesien qui révélera un coupable inattendu.

Au niveau de la forme même, le film est un brillant exercice de style ou De la Iglesia invoque principalement l'esprit d'Hitchcock au travers d'un plan séquence sublime, de mouvement d'appareils virtuoses et de recherche de cadres la plupart du temps somptueux. Affiliation avec Hitchcock est somme toute logique pour illustrer un genre crée en Angleterre mais une fois de plus cette sophistication est trompeuse car elle évoque plus la nouvelle école espagnole par sa classe visuel qu'une des vulgaires production TV dans laquelle le genre est tombé. Il faut également noter que De la Iglesia a toujours été un excellent directeur d'acteurs et Crime a Oxford ni fait pas exception. John Hurt est monstrueux, Wood et tout le reste du casting exemplaire. On pourra malgré tout tiquer sur un scénario bien trop didactique et un manque de suspense bizarrement pas vraiment handicapant mais un peu surprenant venant d'un film dont c'est sensé être le rôle mais cette carence est pallié par un rythme qui ne faiblit jamais. De toute façon Crime a Oxford, tout mineur qu'il soit dans la filmo de De la Iglesia, reste un divertissement de haute volée laissant loin derrière lui la concurrence. Et au dernière nouvelles son petit coup de poker semble avoir porté ces fruits puisque la production de La Marque Jaune d'après la célèbre bande desiné d'Edgar. P. Jacobs, un des phantasmes de qui vous savez, a été lancé avec vous avez deviné qui a la réalisation. Comme quoi...

lien permanent

Terreur Aveugle  posté le dimanche 09 mars 2008 10:43

Blind Terror/See no Evil.

de Richard Fleischer. Angleterre/1971.

Encore aujourd'hui Richard Fleischer fait l'objet d'un oubli assez hallucinant de la part de critiques qui ont du penser, et continue a le faire, que les succès artistiques et commerciaux de 20 000 lieus sous les mers, les Vikings, Soleil Vert, 10 Rillington Place ou l'Énigme du Chicago Express furent le fruit d'un pur hasard et non l'œuvre d'un brillant technicien entièrement dévoué a la cause de l'histoire raconté et qui eût sans doute le tord de faire preuve d'un excès de modestie. Ce qui lui value, de la part des aimables ayatollahs du bon goût qui sévisse encore dans notre belle contrée, l'attribution de l'infamante classification de "yes men" ...Un peu comme si l'on casait Brett Ratner et John McTiernan dans le même panier. Classification insultante et injuste pour un réalisateur qui a souvent brillé dans les multiples genres qu'il visita durant sa longue carrière. Péplum, Western, aventure, policier ou, dans le cas de Terreur Aveugle, le thriller

Suite a un accident de cheval Sarah rentre chez elle, une maison isolé où vivent également ces parents. Sortie avec son fiancée elle rentre chez ces parents, partie pour une soirée chez des amis croit elle, et trouve la maison vide. Entre temps un tueur un série les a tous exterminés et a dispersé leurs cadavres dans toute la maison mais Sarah ne peut les voir car son accident l'as rendu aveugle.

C'est donc sur un scénario extrêmement mince de Brian Clemens (que l'on a connu plus inspiré sur Chapeau Melon et Bottes de cuir, Dr Jeckyll & sister Hyde, également réalisateur de Capitaine Kronos tueur de Vampires) que Fleischer va construire un film que l'on peut classer dans la catégorie de l'exercice de style. La particularité du film étant de ne jamais montrer le visage du tueur*, sa présence a l'écran étant identifié par une paire de bottes rouges qu'il porte constamment, Fleischer va bâtir son projet de mise en scène sur cette singularité scénaristique. Afin de donner de la présence au tueur, Fleischer et son chef opérateur Gerry Fischer décide de filmer au ras du sol, ce dernier fabrique un système permettant non seulement de poser l'objectif au sol mais également de produire d'amples mouvements de caméra.

Loin d'un simple gadget, cette idée en mise en scène identifie au yeux du public la présence du tueur, même et surtout quand celui-ci n'est pas a l'écran. Les scènes ou Mia Farrow se promène en passant a coté des corps sont a ce titre exemplaires. Commençant une grande partie de ces plans au sol, Fleischer opte pour une focal courte et l'utilisation de plans obliques, ce faisant il augmente la sensation de danger, d'isolement et crée une atmosphère d'angoisse et d'incertitude sur la présence du tueur tout en dispensant quelques éléments (le verre brisé, le cadavre du père dans la baignoire) qui auront leurs importances plus tard. Fleischer joue également sur l'opposition entre le lieu et l'événement en filmant une campagne anglaise en apparence tranquille mais pourtant parasité par la présence du tueur, comme cette douille de fusil de chasse ballotté par une petite brise sur le sol du jardin. On peut noter que Fleischer préfère l'effet subjectif du hors champs a la démonstration. Le massacre de la famille n'est que suggéré, tout comme la découverte du corps dans la baignoire.

Si Terreur Aveugle peut éventuellement s'inscrire dans la lignée des films criminels de Fleischer mettant en scène des tueurs en série mais vu cette fois du coté de la victime, il ne peut prétendre égaler la puissance d'un 10 Rillington Place ou d'un Étrangleur de Boston, faute a un scénario bien trop léger. Mais il demeure que Terreur Aveugle reste un excellent suspense, porté de bout en bout par l'interprétation de la fragile Mia Farrow, et une pure leçon de mise en scène.

* jusqu'au climax final ou son identité est révélé.

lien permanent