Introduction
La fin de la seconde guerre mondial aura vu l'éclosion de films
de science fictions US mettant en scène des extra terrestres et
autres insectes géants, autant de métaphores de la paranoïa anti
communiste et de la peur lié a l'avènement de l'ère atomique, qui
finirent par reléguer les monstres du bestiaire fantastique généré
par la Universal, descendu déjà bien bas au milieu des 40's, aux
oubliettes. Pendant ce temps en Angleterre une petite société, la
Hammer, décide d'adapter une série télé crée par Nigel Kneale pour
la BBC. Suite au succès des géniales adaptations des aventures du
professeur Quatermass, Le Monstre et La
Marque, tout deux réalisé par Val Guest en 1955 et 57, la
Hammer décide de poursuivre dans le registre de la science fiction
horrifique en produisant une nouvelle adaptation du classique de
Mary Shelley, a l'époque tombé dans le domaine publique. Jimmy
Sangster remanie en profondeur l'histoire littéraire de
Frankenstein pour n'en garder que le concept central. Les
dirigeants de la Hammer, Anthony Hinds et Michael Carreras,
proposent a Terence Fisher, a qui ils doivent un film, de le
réaliser. Fisher, qui n'a jamais lu l'oeuvre de Shelley, accepte.
Ayant entendu l'annonce du projet d'une nouvelle adaptation du
livre de Shelley l'agent de Peter Cushing, avec qui la Hammer avait
de longue date l'envie de travailler, le contacte pour lui annoncé
la nouvelle. Cushing fait savoir qu'il est intéressé et sera
embauché en même temps que Christopher Lee qui le sera grâce a sa
haute taille. Le tournage commence le 19 Novembre 1956 pour
s'achever six semaines plus tard. Une copie est envoyée a New York
pour y être visionné par des dirigeants de la Warner, puis elle est
rapidement acheminé chez Jack Warner qui devine immédiatement le
potentiel de cette petite production de 60 000 livres.
Frankenstein s'est échappé sort en avant première
mondial a Londres le 2 mai 1957, puis sur le territoire américain
ou il remporte un tel succès qu'il laisse derrière lui Le
Pont de la rivière Kwaï ou le Saint Joan
d'Otto Preminger. En France les réactions, nettement plus mitigés,
vont du mépris a l'indifférence la plus total. Bien heureusement
cela n'empêchera pas le succès (assez discret chez nous tout de
même) de l'opus qui allait faire de Fisher un des maîtres
incontestable du fantastique, de la Hammer la compagnie la plus en
vu du moment, de Cushing et Lee des figures incontournable du ciné
fantastique et donner le départ de deux cycles ultra célèbres.
Celui d'une série de films aujourd'hui incontournables, la plupart
du temps réalisé par Fisher, avec l'équipe technique et les acteurs
principaux de Frankenstein s'est échappé (Le
Cauchemar de Dracula, Les Maîtresses de Dracula,
Le Chien des Baskerville, La Nuit du Loup garou,
La Gorgone, …) mais aussi celui composé des suite
de Frankenstein et qui peut être considéré comme étant la plus
belle réussite artistique de la Hammer, de Terence Fisher et une
des meilleurs franchise de l'histoire du ciné fantastique. Bref le
début d'une ère mythique.
Frankenstein s’est échappé (The Curse of
Frankenstein. Angleterre/1957).

Un
prêtre est demandé afin de recueillir les dernière volontés d'un
homme condamné a la peine de mort sur l'échafaud. Le prisonnier, le
baron Victor Frankenstein, considéré comme fou, lui raconte alors
son étrange histoire. Jeune homme intelligent, Victor hérite de la
fortune de ces parents et prend comme précepteur Paul, un homme
instruit et ouvert d'esprit. En grandissant Frankenstein et Paul se
focalisent sur les mécanismes de la vie et de la mort jusqu'à ce
que Paul, conscient du basculement de Victor qui ne voit pas
l'horreur de ces travaux, s'éloigne des expériences de son
ex-élève. Pour Frankenstein la quête obsessionnel du savoir
continue. Il poursuit ces expériences, élimine un éminent
scientifique pour lui voler son cerveau et fabrique une créature
hideuse a partir de morceaux de cadavres. Paul, qui a auparavant
abîmé le cerveau, est contraint d'aider Frankenstein a la
réanimer.
Fisher et Sangster ne ce sont pas seulement contentés
de reconstruire l'intrigue mais en ont totalement réinventés les
ressorts en remettant le baron Frankenstein au centre de l'action,
cassant ainsi la confusion entre la créature et son maître née
après le chef d'œuvre de James Whales, La Fiancée de
Frankenstein. Le baron devient un quasi surhomme se
moquant éperdument des conventions, de la moral et dont les
facultés intellectuelles sont dirigés vers un seul et unique but.
Ce personnage séducteur au cynisme flamboyant et a l'entêtement
obsessionnel est incarné par un génial Peter Cushing qui
donne au baron une formidable énergie et un charisme réellement
impressionant. Jeune idéaliste chutant dans l'excès puis le
meurtre, Frankenstein est le vrai monstre du film et par extension
de la série. Un monstre a la présence magnétique et "sadienne",
comme un grand nombres des grandes figures du mal qui vont
traverser l'œuvre de Fisher ( Dracula, l'aristocrate décadent
du Chien des Baskerville ou de La Nuit du Loup
garou, le Mocatta des Vierges pour Satan), a l'opposé
du Frankenstein rongé par le remord incarné par Colin Clive dans
les films de Whales. A coté Christopher Lee ferait presque
office de gentil monstre. N'ayant pas pu utiliser le maquillage
originel de Jack Pierce pour une sombre histoire de copyright, Phil
Leakey et Roy Ashton ont conçu un maquillage impressionnant faisant
de la créature un macabre puzzle de pièces mal assemblées, un
cadavre a la démarche hésitante, un être bestial, sans âme, stupide
et meurtrier. Pourtant devant la froide cruauté du baron on se
prendrait presque a ressentir de la pitié devant ce monstre qui
n'est au final qu'une victime née de l'aveuglement d'un homme
faisant passer sa quête d'absolue avant tout autre considérations.
En s'attaquant a Frankenstein Fisher a déjà derrière lui plus d'une
trentaine de film. C'est donc un technicien aguerrie (Fisher a
toujours clamé son admiration pour John Ford et Frank Borzage) qui
va révolutionner un cinéma gothique devenu poussiéreux. Un
technicien soucieux d'aller a l'essentiel et de porter le scénario
a travers une réalisation qui ne s'embarrasse pas de superflus. Les
plans sont souvent fixes et superbement composés, les travellings
ne font jamais dans l'esbroufe et souligne toujours une action
importante. Le montage est assez tendu et Fisher insuffle une
énergie démentiel qui trouve en Peter Cushing un parfait
réceptacle. Mais on ne fait pas un film tout seul et Fisher est ici
remarquablement bien entouré. En plus des maquilleurs déjà cité
on peut rajouter Jack Asher, le génial chef opérateur avec qui
Fisher va signer ces plus beaux films, Bernard Robinson se chargera
de concevoir les superbes décors du film dans lesquels évolueront
les acteurs habillés par les costumes de Molly Arbuthnot, et pour
finir James Bernard dont la musique
romantico/frénétiquo/majestueuse très caractéristique définira le
style musical des prods Hammer suivantes. En plus d'être le premier
film du genre a utiliser un superbe technicolor
Frankenstein s’est échappé introduit une
dimension érotique explicite, dans un genre jusqu'ici en général
assez pudibond, qui prendra de l'importance dans les prochaines
productions de la Hammer. Passant le plus souvent par un décolleté
plongeant et des chemises de nuit diaphanes moulant les généreuses
formes des Hammer girls, cet érotisme bien discret aujourd'hui fera
fantasmer plusieurs générations d'érotomanes avertie. Valerie Gaunt
et Hazel Court ont donc le privilège d'ouvrir la voix a toute une
série d'Hammer girls ( parmi les plus célèbres Susan Denberg,
Ursula Andress, Caroline Munro, Ingrid Pitt, Marie Devereux ou
Raquel Welch) qui ont ajouté une touche de charme, parfoit
troublant, a ces effusions de sang qui, et la c'est vraiment une
première, ne sont plus suggérés hors champs mais bel et bien
montrés dans un déluge de couleurs chamarrées. Frankenstein
s’est échappé n'est pas juste un chef
d'œuvre du film de genre mais un chef d'œuvre qui va
révolutionner le genre par la modernisation de l'un de ces plus
grand mythe.

La Revanche de Frankenstein (The Revenge of
Frankenstein. Angleterre/1958).

Grâce a un habile
subterfuge, Frankenstein échappe a la guillotine en faisant
décapiter le prêtre venu lui administrer les derniers sacrements.
Quelques années plus tard, il est installé sous le faux nom de Dr
Stein, propriétaire d'un cabinet de consultation pour clientèle
huppé et d'un hospice pour mendiants et délinquants. De son coté
l'ordre des médecins voit d'un mauvaise œil la concurrence
que lui fait ce Dr Stein qui a réussi a lui rafler la moitié de sa
clientèle bourgeoise. Ceux-ci envoie une commission venu lui
proposer de faire parti de l'ordre mais Victor refuse. Un jeune
médecin reconnaît Frankenstein et lui propose ces services en
échange de son savoir Tout deux vont s'atteler a une nouvelle
expérience: Frankenstein a construit un corps qui doit être destiné
a Karl, un malformé qui aida naguère Frankenstein dans son évasion.
L'expérience semble réussir mais l'homme qu'est devenu Karl est
passé a tabac par le gardien du laboratoire alors qu'il tentait de
détruire son ancien corps. Pour la "créature" commence une
dégénérescence physique et mental qui vont l'amener au
désespoir.
Frankenstein s’est échappé fut une réussite,
sa suite un coup de maître. Contournant l'inéluctable fin du baron
a l'aide d'une idée aussi subversive que jouissive de cruauté,
Fisher et Sangster en profite pour affiner le personnage de
Frankenstein. Posé, froid, le baron devient nettement plus ambigu,
son altruisme apparent toujours commandé par une insatiable quête
de savoir et un esprit redoutablement manipulateur. L'hospice dans
lequel le baron soigne ces pauvres en guenilles lui sert également
de réserve afin d'alimenter ses expériences, le transfert du
cerveau de Karl dans un nouveau corps n'a pas seulement pour but de
l'aider mais surtout de servir de preuve de la réussite de ces
théories en exhibant la créature comme une bête curieuse. Ce
sinistre baron que l'on imaginerait volontiers médecin dans un camp
de la mort n'en demeure pas moins un personnage captivant et
presque sympathique dans son opposition contre les objections
offusqués d'une bourgeoisie hypocrite prônant un immobilisme
stérile. Cushing, toujours aussi génial, joue a plein régime le
registre de la séduction (du spectateur) et du cynisme devant les
tenants de l'ordre moral, leurs tenant tête a coup de remarques
laconiques au cynisme brillant. La nature subversive de
Frankenstein est mis en avant grâce au personnage du docteur Kleve,
jeune praticien qui trouvera en Victor celui qui l'a toujours
attendu, le détenteur d'un savoir interdit qui lui fera franchir
les barrières d'un conformisme que le jeune homme rejettera en
devenant immédiatement son assistant. Frankenstein est bien un
héros, mais un héros situé de l'autre coté du miroir. Un homme
plongé dans les ténèbres afin d'y trouvé la flamme primordial qui
lui permettrait de vaincre la mort et peut être de devenir un
dieu.

A l'opposé se trouve Karl, la
pathétique créature victime des ambitions de Frankenstein. A
l'inverse de la série produite par la Universal celle-ci ne survit
jamais au film et se voit remplacé a chaque nouvel épisode par une
autre, ici interprété par Michael Gwynn dont l'émouvante
interprétation donne toute sa profondeur a cette créature au destin
tragique. Le rêve de Karl de devenir autre chose qu'un bossu
difforme est souligné par quelques idées visuels (les reflets de
miroirs) d'un Terence Fisher ici en état de grâce, ne faisant
qu'accentuer le désespoir d'un homme voyant son souhait le plus
chère s'écrouler après en avoir entraperçut, le temps de quelques
instants, la réalisation. Soutenue par le même staff technique que
le précédent épisode La Revanche de Frankenstein
est une suite de tableaux a l'esthétique flamboyante ou la retenue
de Fisher touche au génie et en fait un sommet d'épure dans le sens
ou, tout comme Frankenstein s’est échappé,
celui-ci ne va qu'a l'essentiel tout en étant d'une grande
imagination dans le choix de ces cadres et de ces mouvements
d'appareils. Fisher était déjà un excellent technicien doublé d'un
grand conteur, il devient ici (sans oublier son chef d'œuvre
Le Cauchemar de Dracula sortie la même année) un esthète
raffiné, un formaliste de génie. Une mise en scène qui illustre
parfaitement un scénario blindé d'humour noir et idées morbides
dont la meilleurs reste le final qui verra Frankenstein devenir sa
propre créature puis investir la bourgeoisie qui l'a tant méprisé.
Le baron, qui dans les autres films de la série est un éternel
perdant constamment en train refaire indéfiniment la même
expérience, sort grand vainqueur de son combat contre le monde,
l'humanité. Cette fin fait de Frankenstein s’est
échappé et La Revanche de Frankenstein
une sorte de diptyque un peu a part dans cette série dans la mesure
ou la boucle est bouclé, que les enjeux entamés par le premier
épisode trouvent ici leurs aboutissements. Ce film génial de bout
en bout est une perle que tout amateur de films fantastique se doit
d'avoir vu et revu.

Frankenstein
créa la femme (Frankenstein Created Woman.
Angleterre/1966).

Hans est, avec le docteur
Hertz, l'assistant de Frankenstein qui vient de réussir une
expérience. Afin de fêter l'événement Frankenstein l'envoie
chercher du champagne a l'auberge du coin, tenue par le père de
Christina. Trois jeune bourgeois ivre débarque et insistent pour ce
faire servir par Christina, la petite amie malformé d'Hans. Elle
accepte et se fait immédiatement humiliée. Hans réagit en rossant
les trois hommes. La nuit venue, ils reviennent dans la taverne et
commence a vider le bar. Le père débarque et se fait assassiner.
Hans, victime d'une injuste réputation, est arrêté pour meurtre et
finira sur l'échafaud. Christina se suicide après avoir assisté a
l'exécution. Frankenstein y voie l'aubaine de concrétisé une
nouvelle théorie sur le transfert de l'âme. Il récupère les deux
cadavres, opère celui de Christina afin de faire disparaître les
stigmates de la malformation et transfert l'âme d'Hans dans son
corps. Ressuscité la jeune femme parait dans un premier temps
normal, jusqu'à ce que l'un des trois assassins soit retrouvé
décapité.
Il faudra donc huit ans pour que Terence Fisher retrouve
Frankenstein dans une œuvre très différente des films
précédents. Frankenstein créa la femme n'est pas
une suite directe des épisodes précédents et n'aura pas
d'incidences les suivants, qui sont de toute façon eux aussi des
oeuvres indépendantes du dyptique originel. Frankenstein continue
ces expériences en secret tout en étant publiquement connue. Sa
première apparition suffit a marquer la différence vis-à-vis des
autres épisodes puisque c'est lui qui est ressuscité et les scènes
d'opérations se verront réduites a leurs plus simple expressions,
laissant le coté chirurgical de coté au profit d'éléments plus
propre a de la pure science fiction. A première vu Frankenstein
parait être une pièce rapporté dans une histoire de possession et
de vengeance assez classique. De l'aveu même de Fisher "le
thème de la vengeance est primordial, celui de la création
secondaire, mon attitude a évolué. Je m'intéresse moins aux détails
qu'à la signification de l'ensemble". La première partie est
donc centrée sur le parcourt d'Hans et Christina dans une démarche
assez singulière et extrêmement rare, celle de décrire les futurs
"composants" de la créature, ici matérialisé par les formes
avantageuses de Susan Denberg (franchement sa change tout de même
des bouts de barbaques mal cousus). Le résultat est sans doute la
créature la plus touchante de la série, une femme enfin libéré d'un
corps difforme mais hanté par l'âme de son amour lui réclamant
vengeance. Là aussi la communication des deux parties se fait au
travers du reflet dans un miroir mais sur lequel est planté la tête
d'Hans, devant une Christina agenouillée et totalement possédée par
les instincts meurtriers de son "hôte".

Frankenstein créa la
femme est un film a part dans la série pour son caractère
réellement dramatique, émouvant. Même Frankenstein, pourtant
toujours prit par la porté de ces expériences, semble plus humain,
presque sympathique quoique toujours aussi déterminé dans
l'accomplissement de son travail visionnaire. Il est ici affublé
d'un assistant, un médecin tâtant souvent du goulot et amateur de
bonne chaire, interprété par Thorley Walters qui donne toute sa
truculence et sa générosité a ce personnage très humain dont la
personnalité légère tempère celle de l'ombrageux Frankenstein. Ce
n'est tout de même pas un film comique mais le contraste entre des
deux réserve quelques instants assez savoureux. La donne change
quand Christina/Hans entament leurs campagne vengeresse en traquant
et tuant les trois assassins. Fisher installe une ambiance
inquiétante, voir par certains instants assez glauque (la scène du
miroir). La chasse et les meurtres des jeunes hommes, en plus
d'être finalisés par des meurtres brutaux assez gore, a quelques
chose de perturbant dans le fait qu'ils sont perpétrés par cette
femme superbe (qui ne rendra certainement pas insensibles les
spectateurs masculins) habitée par la personnalité d'un homme.
Évidement tout ça se termine mal et Frankenstein retournera a son
laboratoire pour y accomplir d'autres expériences. Même si Arthur
Grant ne remplace pas Jack Asher a la photographie,
Frankenstein créa la femme reste une œuvre
esthétiquement très classe. Les décors sont toujours aussi beaux,
même si pas aussi flamboyants que les deux premiers opus mais c'est
comme d'hab Fisher qui fait la différence. Rien que la scène de
début, qui voit Hans assister a la décapitation de son père, est un
pur morceau d'anthologie dans le choix des cadres et la qualité du
montage. Le cinéaste dose savamment la tension dramatique, prend
son temps afin de poser les différents personnages, les enjeux pour
tout faire exploser dans une dernière demi heure d'une classe
folle, mêlant le drame, l'étrange et l'horreur avec la dexterité
des grands. Là aussi un film exemplaire a voir absolument.
Le Retour de Frankenstein (Frankenstein must be destroyed. Angleterre/1969).

Frankenstein poursuit toujours ces expériences dans la
clandestinité quand son repaire est découvert par la police. Il se
réfugie dans la pension d'Anna Spengler, une jeune femme qui a pour
petit ami le Dr Karl Holst. Frankenstein découvre par hasard que
Holst se sert de son statut pour arrondir ces fins de mois en
faisant du trafique d'héroïne. Le baron tient le jeune couple et va
désormais commander leurs vie. Frankenstein échafaude le plan
d'enlever Frederik Brandt, un chercheur devenu fou avec qui
Frankenstein échangeait une correspondance et qui avait réussi une
expérience capital que Frankenstein avait échoué. Ce dernier veut
le secret de Brandt et se sert de Holst pour l'enlever et de la
pension d'Anna pour y effectuer les opérations nécessaires. Brandt
étant mourrant, Frankenstein transfert son cerveau dans le corps du
directeur de l'asile et le soigne. Celui-ci se réveille horrifié
d'être devenu une des expériences de Frankenstein et ne pense qu'a
une chose, se venger.
Si Frankenstein avait dans les opus précédents montré des
sentiments qui pouvaient encore le rattacher au reste de
l'humanité, il devient ici une ordure intégrale cachant derrière
son apparence distingué un homme calculateur, froid, impitoyable.
Peter Cushing, 56 ans à l'époque, donne une énergie hors norme a
son interprétation du baron et le rend d'autant plus effrayant dans
sa détermination a réussir ces objectifs. Le Retour de
Frankenstein est le film le plus nerveux et le plus
cynique du cycle. Frankenstein ne se préoccupe plus des moyens mais
bien du résultat. Meurtre, chantage, kidnapping ou viol, le baron
ne connaît plus de limite et se régal de la domination qu'il exerce
sur le jeune couple. La scène ou Karl tue involontairement un
veilleur et réalise qu'il vient tout juste de se condamner a obéir
aveuglement à Frankenstein, qui observe la scène en exposant un
sourire glacial étalant ainsi toute la joie sadique de l'emprise
supplémentaire que vient de lui offrir le jeune homme, est
particulièrement révélatrice de l'ignominie profonde du personnage,
tout comme celle du viol ou Frankenstein coince la jolie Anna,
vêtue d'une très légère robe de chambre. Cynique, il fera croire à
la femme de Brandt que son mari va bien, il va jusqu'à lui montrer
son corps dont la tête est bandé. Les deux vont communiquer par
signes alors qu'ils ignorent tout deux que Brandt est déjà devenu
une expérience de Frankenstein. Comme unique constante de ces
rapports avec la communauté humaine, sa détestation de la petite
bourgeoisie qu'il n'hésite jamais a fustiger dans son conformisme
et son "étroitesse" d'esprit. Il est donc assez difficile pour le
spectateur de trouver un referant dans cette avalanche de
péripéties sinistres et amorales d'autant que les autres
protagonistes, mis a part la créature, n'encouragent pas la
compassion. Anna et Karl sont quasiment des victimes consentantes
et l'inspecteur "traquant" Frankenstein n'est qu'un gros bouffon
hautain et incompétent auquel Thorley Walters apporte toute sa
dimension comique. Le Retour de Frankenstein
marque un retour vers La Revanche de Frankenstein
dans l'aspect pathétique de sa créature. Là encore il faut saluer
la performance de Freddie Jones. Une performance nuancée qui
illustre parfaitement le désarroi d'un type se retrouvant dans le
corps d'un autre, rejeté par une épouse qui ne le reconnaît pas et
n'ayant pour seul avenir que la vengeance et la mort. Le
Retour de Frankenstein se distingue également dans la
forme et le ton. On n'est plus ici dans les grands élans
esthétiques des premiers épisodes d'ou brûlaient la flamme d'un
gothique au couleurs étincelantes, quasi expressionnistes. Si la
photo claque toujours autant, elle se fait plus sobre, a l'image
des décors qui ont abandonnés (a l'exception du repaire présenté
pendant l'introduction) les éprouvettes multicolores et les bacs de
résurrections. L'asile, la pension et sa cave ainsi que la demeure
abandonnée qui sert de repaire a Frankenstein sont, malgré leurs
apparentes simplicités, une nouvelle foi une réussite des artisans
de la Hammer.

Fisher reprochait a Hitchcock
d'être un brillant technicien mais dénué de cœur. Dire que
l'ombre d'Hitchcock plane le métrage de Fisher serait exagéré mais
Le Retour de Frankenstein contient quelques scènes
de pur suspense qui renvoie directement a l'œuvre du mammouth
anglais. Les premiers plans de l'excellente scène d'introduction
rappels immédiatement la scène d'ouverture de L'inconnu du
Nord Express, les tourtereaux trafiquants et meurtriers
victimes d'un maître chanteur ainsi que la scène du cadavre dans le
jardin (Fenêtre sur court ?) portent bien l'empreinte
d'influences parfaitement digérés du maître du suspense, ce qui est
au final assez logique si l'on compare Le Retour de
Frankenstein et la citation de Fisher sur Hitchcock cité
plus haut. On pourrait a la rigueur ergoter sur quelques points du
scénario qui ne portent pas vraiment atteinte au film. Toutes les
scènes incluant le flic et ces sbires lancés au trousse de
Frankenstein n'ont strictement aucun impact sur le reste ( il me
semble, mais sans en être sûr, que ce personnage fut inclut a la
demande des producteurs afin d'alléger un scénario trop sombre et
d'apporter un personnage "positif" a l'histoire. Son traitement
apporte un éclaircissement sur ce que devait en penser Fisher qui
de toute façon n'avait pas vraiment l'air de porter les forces de
la maréchaussée local dans son coeur) tout comme le viol d'Anna qui
fut une "demande" de James Carreras, contre l'avis de Fisher, qui
trouvait que le film manquait singulièrement de sexe. Fisher et
Cushing firent leurs excuses à la belle Veronica Carlson, et
s'arrangèrent pour faire en sorte que cette scène n'ait aucune
incidence sur la suite. Ironiquement cette scène fut enlevé des
copies anglaises, les belles intentions de Fisher et Cushing
n'eurent finalement pour effet que d'amplifier encore un peu plus
l'inhumanité de Frankenstein. Malgré ces petits défauts, le
scénario enquilles les péripéties à la vitesse de la lumière pour
ce finir sur une fin grandiose. Frankenstein rejoint Brandt dans
son ancienne demeure pour lui extorquer le secret dont il a besoin.
Brandt le prend au piège en balançant des lampes a huile de tel
sorte de lui couper le chemin de la sortie. Frankenstein s'échappe
mais Brandt réussi a le rattraper et l'entraîne avec lui dans la
maison en flamme. Je ne vais pas une nouvelle fois me lancer sur
une grosse dithyrambe Fisherienne mais ce n'est sans doute pas par
hasard s'il déclarait qu'avec Le Cauchemar de
Dracula, Le Retour de Frankenstein était
son film préféré. Si l'intro est excellente et le final magnifique,
LA scène obligatoire est bien sur celle de l'opération dont la
réalisation et le montage ne vont que dans le sens d'une épure
magnifié par des cadrages tout simplement mortels de maîtrise. Tout
comme ces scènes entières de dialogues ou Fisher réussi a éviter le
classique "champs contre champs" ou au moins a l'utiliser a bon
escient. Le Retour de Frankenstein en plus d'être
une réussite artistique, souvent cité comme étant le meilleurs film
de la série, a le triste honneur de clore l'age d'or de la Hammer
(commencé en 57 par ...Frankenstein s’est échappé)
qui en cette fin des 60's entame, malgré quelques œuvres
intéressantes, la longue route qui l'a conduira quelques années
plus tard à la décrépitude.

Frankenstein et le Monstre de
l'Enfer (Frankenstein and the
Monster from Hell. Angleterre/1974).

Après avoir été dénoncé par
le profanateur de tombes qui l'approvisionnait en "fournitures"
Simon, un jeune émule du mythique baron, est condamné pour folie et
interné dans l'asile psychiatrique qui accueillit Frankenstein
avant son décès. Mais Simon découvre rapidement que le médecin chef
de l'établissement, et son vrai directeur, n'est autre que le
sinistre baron qui s'est emparé de l'endroit en simulant son décès
grâce au chantage exercé sur le directeur pour ces penchants
douteux concernant ces plus jeunes patientes. Simon devient son
assistant et participe a l'élaboration d'une nouvelle créature
composé avec le corps monstrueusement difforme d'un malade mental
et le cerveau d'un violoniste.
C'est après cinq années d'absence et de graves problèmes de
santé que Terence Fisher revient sur les plateaux pour l'ultime
opus consacré au personnage crée par Mary Shelley produit par la
Hammer, qui sera également son dernier film. En 1974 la Hammer est
a l'agonie. La compagnie anglaise n'a pas réussit a négocier le
virage pris par le genre au début des 70's. Le publique, lassé du
flot de productions montrant des châteaux poussiéreux, des vampires
encapés et de l'érotisme prude, c'est tourné vers des œuvres
plus violentes, plus contemporaines, plus en phase avec ces
attentes. Des films tel que La Nuit des Morts
Vivants, Rosemary's Baby,
L'Exorciste ou La Malédiction ont
rendu obsolète la tradition gothique qui vit alors ces derniers
jours. Si Frankenstein et le Monstre de l'Enfer
est très loin d'atteindre les sommets de médiocrité des derniers
épisodes de l'autre grande franchise de la compagnie (Dracula
73 et Dracula vit toujours alors a Londres et leurs
hilarantes tentatives de faire passer une vision ultra
condescendante de la jeunesse pour du modernisme) on ne peut pas
non plus dire que le budget alloué au film aide Fisher a illustrer
un scénario assez pauvre (qui reprend dans les grandes lignes celui
du sordide et très bis Le Sang du Vampire d'Henry Cass)
malgré quelques idées prometteuses. Dépassé la mise en place de
l'intrigue, le scénariste ne semble plus savoir quoi faire de ces
personnages qui tournent donc autour des automatismes de la série.
Frankenstein crée un monstre pathétique qui a conscience de ce
qu'il est, qui n'est pas insensible aux charmes d'une jeune muette
protégé par le baron et qui sera ensuite détruit par les malades
sous les yeux insensible de Frankenstein qui invitera Simon, sans
doute une tentative de trouver un successeur au baron dans
d'hypothétiques suites, a une autre expérience.
Frankenstein et le Monstre de l'Enfer est un film
qui regarde le passé de la série dans les multiples références
qu'il présente. C'est un huit clos ( ...s'est échappé),
Frankenstein se sert des malades comme d'une réserve (La
Revanche…), la créature fait référence a celles de La
Revanche et Le Retour, sa fin rappel celle de son créateur
(toujours La Revanche) qui est la prolongation de
l'épisode précédent. Bref ça tourne en rond et la série semble de
toutes façons bouclé. Frankenstein a force de transgression contre
l'ordre bourgeois s'est logiquement enfermé dans le seul lieu dans
lequel sa condition d'éternel paria pouvait lui permettre de
continuer ces expériences, un asile psychiatrique. C'est d'ailleurs
assez dommage que la folie probable du personnage et les obsessions
qui le font continuer ne soit pas exploités d'autant que le lieu
était idéal pour cela. Peter Cushing a beau être moins présent a
l'écran, l'acteur semble toujours aussi investit par son rôle et
d'autant plus impressionnant que le physique quasi cadavérique de
l'acteur renforce encore davantage la cruauté suintante du baron.
Les brillants artisans responsables de la réussite plastique des
films précédents ne sont plus là. Pas que le Monstre de
l'Enfer soit une catastrophe mais il n'est tout simplement
pas a la hauteur de ces prédécesseurs, ces décors et sa photo sont
sans profondeurs et même assez plats a l'inverse du maquillage qui
fait de la créature un croisement entre un Totoro, chewbacca et un
pitbull, empêchant David Prowse de donner au monstre assez
d'humanité nécessaire pour provoquer l'empathie. L'opération qui
précède sa résurrection est d'ailleurs assez moyenne et incrusté
d'effet gores inutiles qui ne servent que de caches misère. Fisher
lui assure toujours, la réal est soigné et très efficace mais le
rythme ne suit pas et on se lasse un peu des clichés lié a l'Europe
central ("Euh Fritz passe moi un Schnaps"). Bref un épisode mineur
qui clôt une série jusque là exceptionnel mais qui reste, malgré
tout ces défauts, honnête et tout a fait regardable. Fisher ne
remettra jamais plus les pied sur un plateau de tournage et la
Hammer fermera définitivement ces portes en 1979 après The
Lady Vanishes. Cela n'a pas empêché toute un génération
d'être marqué par les célèbres films de la compagnie et ceux de
Fisher en particulier. Les réalisateurs issue de cette génération
n'auront cesse de rendre hommages a la célèbre firme a travers tout
un paquet de d'œuvre qui ce sont elles aussi gravés dans
l'histoire du cinéma. Peter Cushing et Dave Prowse se retrouveront
dans une petite série B de sci-fi (lecteur sera tu la retrouver ?),
Cushing fera une apparition dans l'hilarant Top
Secret au cotés de Michael Gough qui sera plus tard
employé par Burton dans ces deux Batman.
Christopher Lee sera a son tour employé par Spielberg
(1942), Joe Dante (Gremlins 2), Tim Burton
(Sleepy Hollow), Georges Lucas (la nouvelle
trilogie) et Peter Jackson (le Seigneur des Anneaux).
Depuis des années la résurrection de La Hammer, annoncée a
plusieurs reprise, n'a jamais abouti. Si le rachat récent de la
société par Endemol (What's the fuck ???) va peut être aboutir a
quelques chose, son héritage est lui toujours aussi vivant et
moderne (en plus d'être en général facilement dispo en
dvd).

PS: Les sites sur la Hammer sont
pléthores mais je vous en conseillerai un en particulier The Hammer collection
d'ou est issu une part des illustrations de cet article et qui
possède une base de donnée extrêmement conséquente.