Fantastique/Horreur

Hellboy II : You Can Suck My Ectoplasmic Schwanzstucker!  (Fantastique/Horreur) posté le dimanche 02 novembre 2008 17:52

Avant de commencer l'écriture de cet article, précisons tout d'abord que j'ai visionné la chose deux fois, une en VF et l'autre en VOSTF.

Hellboy 2 est une semi déception avec d'énormes qualités ! Abandonnant l'univers lovecraftien du premier épisode, Del Toro déplace les aventures d'Anung Un Rama dans la cosmogonie des mythes celtiques, prolongeant ainsi l'univers fantastique (et le bestiaire qui en découlait) de son précèdent chef d'œuvre Le Labyrinthe de Pan. Hellboy doit donc empêcher le prince Elfe Nuada de reconstituer la couronne permettant de ressusciter l'Armée d'Or, une invincible force de destruction construite en des temps légendaire afin d'anéantir la race humaine. Mais la grosse pivoine rouge doit également gérer ces problèmes relationnel avec l'incendiaire Liz et faire face a son nouveau supérieur, le medium ectoplasmique Johan Krauss pendant qu'Abe Sapien se découvre des sentiment amoureux devant la princesse Elfe Nuala, la sœur de Nuada. Si l'univers proposé est en rupture complète avec celui du précédent opus sa tonalité en est elle le prolongement directe. Potache et cool Hellboy l'était déjà, Hellboy 2 l'est encore davantage. Del Toro ne s'est pas vraiment caché de l'admiration qu'il vouait a Men In Black et clairement le film de Barry Sonnenfeld est une des références majeur d'Hellboy 2, mais la où le bas blesse c'est qu'en l'état il s'agit plus de Men In Black 2 dont il s'agit ici. Les scènes comiques et les nombreuses punchlines de Ron Perlman ont toutes a peu près le niveau d'une blague de cul raconté par un chauffeur poids lourd ukrainien dans les derniers stades d'une cuite au mezcal et, beaucoup plus dommageable, sont gravement handicapées par un manque total d'une quelconque rythmique humoristique qui les rendrait drôles, exception faite de l'hilarant "combat" qui oppose Krauss et Hellboy, sans doute le moment le plus fun du film. Le traitement du personnage de Tom Manning étant particulièrement révélateur de cet échec, celui-ci qui était a crever de rire dans le premier n'est ici qu'au mieux légèrement amusant au pire inexistant. A l'instar de l'humour la relation Hellboy/Liz n'est pas une grande réussite et handicape sérieusement le déroulement de l'action, en gros on s'en fout comme de l'an 40, Del Toro manque totalement de nous impliquer dans cette relation pour le moins conflictuelle alors que celle naissante entre Nuala et Abe apparaît comme étant plus touchante mais sans toutefois toucher des sentiments d'émotions. Je ne m'étendrai pas sur le score d'Elfman, absolument catastrophique tellement celui-ci est a l'ouest. En bref le ressentit émotionnel s'en retrouve gravement amenuisé mais ce n'est au final pas si grave que cela puisque l'intérêt principal de cette suite est ailleurs. Définitivement.

Depuis Chronos Del Toro a toujours cultivé une vision radical du fantastique et de ces différentes mythologies tout en y apportant des obsessions personnels ainsi que des thématiques récurrentes. Chronos était une vision "matérialiste" du vampirisme traversé par l'idée de la corruption physique, une obsession pour les mécanismes - récurrente dans toute son œuvre -  la symbolique ésotérique, les différences entres la monstruosité physique et mental et surtout LE grand thème du cinéma de Guillermo Del Toro, par celle de l'enfance solitaire. Mimic revisitait le film de monstre par le billet du fascination du monde d'en bas (ici les métros et égouts New Yorkais), de l'enfance (et de sa mort) et d'une foultitude de détails organiques (la merde des insectes qui pendouille des plafonds par exemple) généralement "évacué" des productions du genre. L'Échine du Diable fut une pure prolongation des thèmes abordés par Chronos - autant que l'évocation caché de l'enfance douloureuse de Del Toro - mais cette fois au travers du film de fantôme situé pendant la guerre civil espagnol tandis que Blade 2, tout produit de commande qu'il est, permis a Del Toro de se frotter au film d'action tout en l'investissant de ces thèmes préférés et de se livrer a un exercice d'alchimiste qui consistait a fusionner divers éléments de la culture populaire dans ce qu'elle a de plus vaste en un tout cohérent, réussissant a faire cœxister dans un même métrage Murnau, Bava, Shakespeare et Kawajiri. Si réussit soit il Blade 2 ne fut qu'un laboratoire servant a l'élaboration d'un autre projet de Del Toro, l'adaptation du comics culte de Mike Mignola : Hellboy. Si Del Toro se servit explicitement d'un épisode en particulier - les germes de la destruction - pour son film il s'éloigna pourtant de l'ambiance général de l'œuvre de Mignola, de toute façon quasi impossible a rendre en live, pour attirer a lui l'univers du démon en quête d'humanité et le remplir de sa personnalité, de ces thèmes récurrents et de ces idées quelques peu déviantes (a la plus grande joie de l'auteur de ces lignes). Ainsi Hellboy devint un adolescent en quête de l'amour de Liz Sherman, une mutante au pouvoir littéralement incendiaire, en conflit avec son père adoptif - Brom Bruttenholm - et combattant son autre père symbolique Raspoutine, Kroenen devint une sorte d'horloge/zombie/nazi aussi muet qu'une carpe et mortel qu'un grand blanc mais plus que tout Hellboy fut une énorme déclaration d'amour aux monstres, qu'ils soit bon ou mauvais et a un univers fantastique fait de visions cosmique lovecraftienne, de créatures monstrueuses et de citée souterraines cachée sous un immense cimetière gothique enseveli sous la neige, le tout rythmé par l'humour bon enfant insufflé par Del Toro et quelques bastons destroy directement issue des comics book US. Une excellente adaptation seulement parasité par une fin trop vite expédiée - une des rares scènes ou les limites du budget se font sentir - et par quelques problème de rythme. Le Labyrinthe de Pan fut une véritable consécration. Présenté et superbement ignoré par le jury du festival de Cannes - présidé par un Wong Kar Wai dans les vapes - alors que le chef d'œuvre de Del Toro reçu la plus belle ovation de l'édition (22 minutes d'applaudissements non stop, respect) n'empêcha pas l'excellente carrière commercial du film et son énorme succès critique. Prolongeant les thèmes qui lui sont chers, Del Toro construisit un somptueux univers féerique référentiel - d'ou pointait les ombres de Jérôme Bosch, d'Hayao Miyazaki et d'Arthur Machen - autant qu'inquiétant dans le reflet donné a une réalité autrement plus monstrueusement, celle de l'extrême solitude d'une enfant dans l'horreur de la guerre civil espagnol.

Prévu pour être la deuxième partie d'une trilogie, Hellboy 2 et Del Toro s'éloigne des œuvres originelles - le premier film et le comics - pour finir de s'approprier totalement le personnage et son univers et en profiter pour prolonger l'univers invoqué par Le Labyrinthe de Pan. Ainsi le palais du roi Balor rappelle celui du roi elfique du précédent film de Del Toro, L'ange de la Mort est une résurgence évidente du Pale Man, la bataille qui sert d'ouverture rappelle par ces tonalités chromatique le prologue du Labyrinthe. Tout comme dans Blade 2 Del Toro propose une immersion total, débarrassé d'une quelconque représentation de la réalité et centré sur l'élaboration d'un univers foisonnant et magnifique qui n'as tout simplement pas d'équivalent (même si par moment on pense a Cabal de Clive Barker ou a Star Wars) ou se croise les univers sombre de Giovanni Batista Piranesi, d'Arthur Rackham, de JRR Tolkien, Miyazaki, d'un folklore celtique ici complètement réinterprété (les Tuatha dé Danaan, Balor, les différentes légendes de guerriers et d'armée endormies attendant l'heure de leurs résurrection dans les profondeurs de la terre), de Ray Harryhausen et Jim Henson (Dark Crystal). Le résultat est une suite scènes au design monstrueusement jouissif généralement accompagnées de bastons dantesques (la mort de Balor, le marché des Trolls, la résurrection de l'armée et le combat Hellboy/Nuada, le musée) avec comme point d'orgue le duel contre la divinité sylvestre, instant de pure bonheur graphique doublé du seul vrai moment de magie, d'émotion du film dans l'agonie du dieu élémental et la réaction de Liz face a une foule d'humains effrayés par leurs protecteurs. On aura droit a une foultitude de décors puissamment évocateurs d'évasion, d'imaginaire, de mystère et de créatures parfois mortel mais toujours magnifiques (le golem, Mr. Winck, l'ange de la mort,...), avec a leurs tête le couple tragique formé par le prince Nuada et sa sœur Nuala, Luke Goss et Anna Walton tout deux excellents. Bref de l'aventure, de l'action, du mystère et de l'imagination… Ce que le cinéma est aujourd'hui incapable d'offrir au spectateurs. C'est dans l'immense générosité d'un Del Toro qu'Hellboy 2 devient important, dans son envie d'offrir un gros morceau de pelloche anthologique par son entassement de belles et bonne choses même si le résultat reste quelques peu bancal. Si la liaison entre Liz et Red est complètement foiré le développement d'Abe Sapien est lui une réussite, drôle et souvent émouvant son personnage suscite un peu d'émotion surtout dans son attirance avec Nuala mais sans toutefois susciter une vrais profondeur. La petite cerise sur le gâteau est l'introduction de Johan Krauss, fonctionnaire procédurier a l'accent germanique et antagoniste d'Hellboy, personnage immédiatement attachant dans sa bizarrerie plus que pour une réel qualité d'écriture (mise a part une réplique d'anthologie ces dialogues sont tout aussi plats que ceux du reste du casting). Paradoxalement c'est la bonne humeur général du film qui joue en sa défaveur, jamais on ne ressent le parfum d'apocalypse sensé précéder la fin du monde mais ce qui aurai pu être un défaut majeur passe finalement au second plan parce qu'Hellboy 2 est blindée de scènes d'action absolument énormes dans lesquelles Del Toro déploie assez de talent dans la maîtrise de ces cadres, de ces mouvements et raccords, de la gestion de l'espace et du temps (des ralentis toujours opportuns) pour se convaincre qu'il est aujourd'hui non seulement au dessus du panier mais tout simplement qu'il s'agit d'un des meilleurs réalisateur actuellement en activité, tout pays confondu.

Si tout un pan de la mythologie est ici évoqué et sert de base a l'histoire, l'autre grande influence d'Hellboy 2 sort tout droit des comics de la Marvel et en particulier Les Quatres Fantastiques dont on reconnais l'influence dans l'ambiance conflictuel du groupe, la description des vie privés de ces membres (une planche comme celle représentant Johnny Storm en train de faire chier Ben Grimm pendant que celui-ci se lave les dents était tout juste révolutionnaire a l'époque de son édition) pendant lesquelles Del Toro prend un luxe hallucinant aujourd'hui : Il prend le temps, le temps de montrer Abe et Hellboy improviser un duo sur une chanson d'amour un peu kitchos pour enchaîner sur une cuite. Bref de montrer ces personnages vivres leurs vie (même si c'est pas toujours intéressant ou réussi). On pourrait aussi citer les X-Men pour le rejet qu'ils suscitent devant la populace "humaine", incapable de comprendre que ces "monstres" sont aussi leurs protecteurs, et pour le coté maverick de l'expédition qui les conduira en Irlande du Nord. Niveau baston c'est également vers la fin, celle opposant Hellboy et Krauss contre l'Armée d'Or qui constitue un bel hommage au cases crée par Stan Lee et Jack Kirby en plein milieu des années soixante. On y voit Hellboy bondissant de guerrier en guerrier tout en leurs distribuant grosse patates et pralines monumentales tout en arrachant tête et bras pendant que Krauss, qui a pris possession d'un robot, démastique tout ce qui bouge. Une bien belle interaction qui fait d'Hellboy 2 une des meilleurs représentation filmé du genre avec Les Indestructibles et Spiderman 3. Bref on pourrait décrire pendant des heures, des heures et des heures l'extraordinaire déferlante visuel qu'est Hellboy 2, juste dommage qu'en route Del Toro n'est pas pu rendre le tout plus émouvant, a lui donner plus de profondeur.

lien permanent

Frankenstein par Terence Fisher  (Fantastique/Horreur) posté le dimanche 14 septembre 2008 14:00

Introduction

La fin de la seconde guerre mondial aura vu l'éclosion de films de science fictions US mettant en scène des extra terrestres et autres insectes géants, autant de métaphores de la paranoïa anti communiste et de la peur lié a l'avènement de l'ère atomique, qui finirent par reléguer les monstres du bestiaire fantastique généré par la Universal, descendu déjà bien bas au milieu des 40's, aux oubliettes. Pendant ce temps en Angleterre une petite société, la Hammer, décide d'adapter une série télé crée par Nigel Kneale pour la BBC. Suite au succès des géniales adaptations des aventures du professeur Quatermass, Le Monstre et La Marque, tout deux réalisé par Val Guest en 1955 et 57, la Hammer décide de poursuivre dans le registre de la science fiction horrifique en produisant une nouvelle adaptation du classique de Mary Shelley, a l'époque tombé dans le domaine publique. Jimmy Sangster remanie en profondeur l'histoire littéraire de Frankenstein pour n'en garder que le concept central. Les dirigeants de la Hammer, Anthony Hinds et Michael Carreras, proposent a Terence Fisher, a qui ils doivent un film, de le réaliser. Fisher, qui n'a jamais lu l'oeuvre de Shelley, accepte. Ayant entendu l'annonce du projet d'une nouvelle adaptation du livre de Shelley l'agent de Peter Cushing, avec qui la Hammer avait de longue date l'envie de travailler, le contacte pour lui annoncé la nouvelle. Cushing fait savoir qu'il est intéressé et sera embauché en même temps que Christopher Lee qui le sera grâce a sa haute taille. Le tournage commence le 19 Novembre 1956 pour s'achever six semaines plus tard. Une copie est envoyée a New York pour y être visionné par des dirigeants de la Warner, puis elle est rapidement acheminé chez Jack Warner qui devine immédiatement le potentiel de cette petite production de 60 000 livres. Frankenstein s'est échappé sort en avant première mondial a Londres le 2 mai 1957, puis sur le territoire américain ou il remporte un tel succès qu'il laisse derrière lui Le Pont de la rivière Kwaï ou le Saint Joan d'Otto Preminger. En France les réactions, nettement plus mitigés, vont du mépris a l'indifférence la plus total. Bien heureusement cela n'empêchera pas le succès (assez discret chez nous tout de même) de l'opus qui allait faire de Fisher un des maîtres incontestable du fantastique, de la Hammer la compagnie la plus en vu du moment, de Cushing et Lee des figures incontournable du ciné fantastique et donner le départ de deux cycles ultra célèbres. Celui d'une série de films aujourd'hui incontournables, la plupart du temps réalisé par Fisher, avec l'équipe technique et les acteurs principaux de Frankenstein s'est échappé (Le Cauchemar de Dracula, Les Maîtresses de Dracula, Le Chien des Baskerville, La Nuit du Loup garou, La Gorgone, …) mais aussi celui composé des suite de Frankenstein et qui peut être considéré comme étant la plus belle réussite artistique de la Hammer, de Terence Fisher et une des meilleurs franchise de l'histoire du ciné fantastique. Bref le début d'une ère mythique.


Frankenstein s’est échappé (The Curse of Frankenstein. Angleterre/1957).

Un prêtre est demandé afin de recueillir les dernière volontés d'un homme condamné a la peine de mort sur l'échafaud. Le prisonnier, le baron Victor Frankenstein, considéré comme fou, lui raconte alors son étrange histoire. Jeune homme intelligent, Victor hérite de la fortune de ces parents et prend comme précepteur Paul, un homme instruit et ouvert d'esprit. En grandissant Frankenstein et Paul se focalisent sur les mécanismes de la vie et de la mort jusqu'à ce que Paul, conscient du basculement de Victor qui ne voit pas l'horreur de ces travaux, s'éloigne des expériences de son ex-élève. Pour Frankenstein la quête obsessionnel du savoir continue. Il poursuit ces expériences, élimine un éminent scientifique pour lui voler son cerveau et fabrique une créature hideuse a partir de morceaux de cadavres. Paul, qui a auparavant abîmé le cerveau, est contraint d'aider Frankenstein a la réanimer.

Fisher et Sangster ne ce sont pas seulement contentés de reconstruire l'intrigue mais en ont totalement réinventés les ressorts en remettant le baron Frankenstein au centre de l'action, cassant ainsi la confusion entre la créature et son maître née après le chef d'œuvre de James Whales, La Fiancée de Frankenstein. Le baron devient un quasi surhomme se moquant éperdument des conventions, de la moral et dont les facultés intellectuelles sont dirigés vers un seul et unique but. Ce personnage séducteur au cynisme flamboyant et a l'entêtement obsessionnel est incarné par un génial Peter Cushing qui donne au baron une formidable énergie et un charisme réellement impressionant. Jeune idéaliste chutant dans l'excès puis le meurtre, Frankenstein est le vrai monstre du film et par extension de la série. Un monstre a la présence magnétique et "sadienne", comme un grand nombres des grandes figures du mal qui vont traverser l'œuvre de Fisher ( Dracula, l'aristocrate décadent du Chien des Baskerville ou de La Nuit du Loup garou, le Mocatta des Vierges pour Satan), a l'opposé du Frankenstein rongé par le remord incarné par Colin Clive dans les films de Whales. A coté Christopher Lee ferait presque office de gentil monstre. N'ayant pas pu utiliser le maquillage originel de Jack Pierce pour une sombre histoire de copyright, Phil Leakey et Roy Ashton ont conçu un maquillage impressionnant faisant de la créature un macabre puzzle de pièces mal assemblées, un cadavre a la démarche hésitante, un être bestial, sans âme, stupide et meurtrier. Pourtant devant la froide cruauté du baron on se prendrait presque a ressentir de la pitié devant ce monstre qui n'est au final qu'une victime née de l'aveuglement d'un homme faisant passer sa quête d'absolue avant tout autre considérations. En s'attaquant a Frankenstein Fisher a déjà derrière lui plus d'une trentaine de film. C'est donc un technicien aguerrie (Fisher a toujours clamé son admiration pour John Ford et Frank Borzage) qui va révolutionner un cinéma gothique devenu poussiéreux. Un technicien soucieux d'aller a l'essentiel et de porter le scénario a travers une réalisation qui ne s'embarrasse pas de superflus. Les plans sont souvent fixes et superbement composés, les travellings ne font jamais dans l'esbroufe et souligne toujours une action importante. Le montage est assez tendu et Fisher insuffle une énergie démentiel qui trouve en Peter Cushing un parfait réceptacle. Mais on ne fait pas un film tout seul et Fisher est ici remarquablement bien entouré. En plus des maquilleurs déjà cité on peut rajouter Jack Asher, le génial chef opérateur avec qui Fisher va signer ces plus beaux films, Bernard Robinson se chargera de concevoir les superbes décors du film dans lesquels évolueront les acteurs habillés par les costumes de Molly Arbuthnot, et pour finir James Bernard dont la musique romantico/frénétiquo/majestueuse très caractéristique définira le style musical des prods Hammer suivantes. En plus d'être le premier film du genre a utiliser un superbe technicolor Frankenstein s’est échappé introduit une dimension érotique explicite, dans un genre jusqu'ici en général assez pudibond, qui prendra de l'importance dans les prochaines productions de la Hammer. Passant le plus souvent par un décolleté plongeant et des chemises de nuit diaphanes moulant les généreuses formes des Hammer girls, cet érotisme bien discret aujourd'hui fera fantasmer plusieurs générations d'érotomanes avertie. Valerie Gaunt et Hazel Court ont donc le privilège d'ouvrir la voix a toute une série d'Hammer girls ( parmi les plus célèbres Susan Denberg, Ursula Andress, Caroline Munro, Ingrid Pitt, Marie Devereux ou Raquel Welch) qui ont ajouté une touche de charme, parfoit troublant, a ces effusions de sang qui, et la c'est vraiment une première, ne sont plus suggérés hors champs mais bel et bien montrés dans un déluge de couleurs chamarrées. Frankenstein s’est échappé n'est pas juste un chef d'œuvre du film de genre mais un chef d'œuvre qui va révolutionner le genre par la modernisation de l'un de ces plus grand mythe.



La Revanche de Frankenstein (The Revenge of Frankenstein. Angleterre/1958).

Grâce a un habile subterfuge, Frankenstein échappe a la guillotine en faisant décapiter le prêtre venu lui administrer les derniers sacrements. Quelques années plus tard, il est installé sous le faux nom de Dr Stein, propriétaire d'un cabinet de consultation pour clientèle huppé et d'un hospice pour mendiants et délinquants. De son coté l'ordre des médecins voit d'un mauvaise œil la concurrence que lui fait ce Dr Stein qui a réussi a lui rafler la moitié de sa clientèle bourgeoise. Ceux-ci envoie une commission venu lui proposer de faire parti de l'ordre mais Victor refuse. Un jeune médecin reconnaît Frankenstein et lui propose ces services en échange de son savoir Tout deux vont s'atteler a une nouvelle expérience: Frankenstein a construit un corps qui doit être destiné a Karl, un malformé qui aida naguère Frankenstein dans son évasion. L'expérience semble réussir mais l'homme qu'est devenu Karl est passé a tabac par le gardien du laboratoire alors qu'il tentait de détruire son ancien corps. Pour la "créature" commence une dégénérescence physique et mental qui vont l'amener au désespoir.

Frankenstein s’est échappé fut une réussite, sa suite un coup de maître. Contournant l'inéluctable fin du baron a l'aide d'une idée aussi subversive que jouissive de cruauté, Fisher et Sangster en profite pour affiner le personnage de Frankenstein. Posé, froid, le baron devient nettement plus ambigu, son altruisme apparent toujours commandé par une insatiable quête de savoir et un esprit redoutablement manipulateur. L'hospice dans lequel le baron soigne ces pauvres en guenilles lui sert également de réserve afin d'alimenter ses expériences, le transfert du cerveau de Karl dans un nouveau corps n'a pas seulement pour but de l'aider mais surtout de servir de preuve de la réussite de ces théories en exhibant la créature comme une bête curieuse. Ce sinistre baron que l'on imaginerait volontiers médecin dans un camp de la mort n'en demeure pas moins un personnage captivant et presque sympathique dans son opposition contre les objections offusqués d'une bourgeoisie hypocrite prônant un immobilisme stérile. Cushing, toujours aussi génial, joue a plein régime le registre de la séduction (du spectateur) et du cynisme devant les tenants de l'ordre moral, leurs tenant tête a coup de remarques laconiques au cynisme brillant. La nature subversive de Frankenstein est mis en avant grâce au personnage du docteur Kleve, jeune praticien qui trouvera en Victor celui qui l'a toujours attendu, le détenteur d'un savoir interdit qui lui fera franchir les barrières d'un conformisme que le jeune homme rejettera en devenant immédiatement son assistant. Frankenstein est bien un héros, mais un héros situé de l'autre coté du miroir. Un homme plongé dans les ténèbres afin d'y trouvé la flamme primordial qui lui permettrait de vaincre la mort et peut être de devenir un dieu.

A l'opposé se trouve Karl, la pathétique créature victime des ambitions de Frankenstein. A l'inverse de la série produite par la Universal celle-ci ne survit jamais au film et se voit remplacé a chaque nouvel épisode par une autre, ici interprété par Michael Gwynn dont l'émouvante interprétation donne toute sa profondeur a cette créature au destin tragique. Le rêve de Karl de devenir autre chose qu'un bossu difforme est souligné par quelques idées visuels (les reflets de miroirs) d'un Terence Fisher ici en état de grâce, ne faisant qu'accentuer le désespoir d'un homme voyant son souhait le plus chère s'écrouler après en avoir entraperçut, le temps de quelques instants, la réalisation. Soutenue par le même staff technique que le précédent épisode La Revanche de Frankenstein est une suite de tableaux a l'esthétique flamboyante ou la retenue de Fisher touche au génie et en fait un sommet d'épure dans le sens ou, tout comme Frankenstein s’est échappé, celui-ci ne va qu'a l'essentiel tout en étant d'une grande imagination dans le choix de ces cadres et de ces mouvements d'appareils. Fisher était déjà un excellent technicien doublé d'un grand conteur, il devient ici (sans oublier son chef d'œuvre Le Cauchemar de Dracula sortie la même année) un esthète raffiné, un formaliste de génie. Une mise en scène qui illustre parfaitement un scénario blindé d'humour noir et idées morbides dont la meilleurs reste le final qui verra Frankenstein devenir sa propre créature puis investir la bourgeoisie qui l'a tant méprisé. Le baron, qui dans les autres films de la série est un éternel perdant constamment en train refaire indéfiniment la même expérience, sort grand vainqueur de son combat contre le monde, l'humanité. Cette fin fait de Frankenstein s’est échappé et La Revanche de Frankenstein une sorte de diptyque un peu a part dans cette série dans la mesure ou la boucle est bouclé, que les enjeux entamés par le premier épisode trouvent ici leurs aboutissements. Ce film génial de bout en bout est une perle que tout amateur de films fantastique se doit d'avoir vu et revu.



Frankenstein créa la femme (Frankenstein Created Woman. Angleterre/1966).

Hans est, avec le docteur Hertz, l'assistant de Frankenstein qui vient de réussir une expérience. Afin de fêter l'événement Frankenstein l'envoie chercher du champagne a l'auberge du coin, tenue par le père de Christina. Trois jeune bourgeois ivre débarque et insistent pour ce faire servir par Christina, la petite amie malformé d'Hans. Elle accepte et se fait immédiatement humiliée. Hans réagit en rossant les trois hommes. La nuit venue, ils reviennent dans la taverne et commence a vider le bar. Le père débarque et se fait assassiner. Hans, victime d'une injuste réputation, est arrêté pour meurtre et finira sur l'échafaud. Christina se suicide après avoir assisté a l'exécution. Frankenstein y voie l'aubaine de concrétisé une nouvelle théorie sur le transfert de l'âme. Il récupère les deux cadavres, opère celui de Christina afin de faire disparaître les stigmates de la malformation et transfert l'âme d'Hans dans son corps. Ressuscité la jeune femme parait dans un premier temps normal, jusqu'à ce que l'un des trois assassins soit retrouvé décapité.

Il faudra donc huit ans pour que Terence Fisher retrouve Frankenstein dans une œuvre très différente des films précédents. Frankenstein créa la femme n'est pas une suite directe des épisodes précédents et n'aura pas d'incidences les suivants, qui sont de toute façon eux aussi des oeuvres indépendantes du dyptique originel. Frankenstein continue ces expériences en secret tout en étant publiquement connue. Sa première apparition suffit a marquer la différence vis-à-vis des autres épisodes puisque c'est lui qui est ressuscité et les scènes d'opérations se verront réduites a leurs plus simple expressions, laissant le coté chirurgical de coté au profit d'éléments plus propre a de la pure science fiction. A première vu Frankenstein parait être une pièce rapporté dans une histoire de possession et de vengeance assez classique. De l'aveu même de Fisher "le thème de la vengeance est primordial, celui de la création secondaire, mon attitude a évolué. Je m'intéresse moins aux détails qu'à la signification de l'ensemble". La première partie est donc centrée sur le parcourt d'Hans et Christina dans une démarche assez singulière et extrêmement rare, celle de décrire les futurs "composants" de la créature, ici matérialisé par les formes avantageuses de Susan Denberg (franchement sa change tout de même des bouts de barbaques mal cousus). Le résultat est sans doute la créature la plus touchante de la série, une femme enfin libéré d'un corps difforme mais hanté par l'âme de son amour lui réclamant vengeance. Là aussi la communication des deux parties se fait au travers du reflet dans un miroir mais sur lequel est planté la tête d'Hans, devant une Christina agenouillée et totalement possédée par les instincts meurtriers de son "hôte".

Frankenstein créa la femme est un film a part dans la série pour son caractère réellement dramatique, émouvant. Même Frankenstein, pourtant toujours prit par la porté de ces expériences, semble plus humain, presque sympathique quoique toujours aussi déterminé dans l'accomplissement de son travail visionnaire. Il est ici affublé d'un assistant, un médecin tâtant souvent du goulot et amateur de bonne chaire, interprété par Thorley Walters qui donne toute sa truculence et sa générosité a ce personnage très humain dont la personnalité légère tempère celle de l'ombrageux Frankenstein. Ce n'est tout de même pas un film comique mais le contraste entre des deux réserve quelques instants assez savoureux. La donne change quand Christina/Hans entament leurs campagne vengeresse en traquant et tuant les trois assassins. Fisher installe une ambiance inquiétante, voir par certains instants assez glauque (la scène du miroir). La chasse et les meurtres des jeunes hommes, en plus d'être finalisés par des meurtres brutaux assez gore, a quelques chose de perturbant dans le fait qu'ils sont perpétrés par cette femme superbe (qui ne rendra certainement pas insensibles les spectateurs masculins) habitée par la personnalité d'un homme. Évidement tout ça se termine mal et Frankenstein retournera a son laboratoire pour y accomplir d'autres expériences. Même si Arthur Grant ne remplace pas Jack Asher a la photographie, Frankenstein créa la femme reste une œuvre esthétiquement très classe. Les décors sont toujours aussi beaux, même si pas aussi flamboyants que les deux premiers opus mais c'est comme d'hab Fisher qui fait la différence. Rien que la scène de début, qui voit Hans assister a la décapitation de son père, est un pur morceau d'anthologie dans le choix des cadres et la qualité du montage. Le cinéaste dose savamment la tension dramatique, prend son temps afin de poser les différents personnages, les enjeux pour tout faire exploser dans une dernière demi heure d'une classe folle, mêlant le drame, l'étrange et l'horreur avec la dexterité des grands. Là aussi un film exemplaire a voir absolument.

Le Retour de Frankenstein
(Frankenstein must be destroyed. Angleterre/1969).



Frankenstein poursuit toujours ces expériences dans la clandestinité quand son repaire est découvert par la police. Il se réfugie dans la pension d'Anna Spengler, une jeune femme qui a pour petit ami le Dr Karl Holst. Frankenstein découvre par hasard que Holst se sert de son statut pour arrondir ces fins de mois en faisant du trafique d'héroïne. Le baron tient le jeune couple et va désormais commander leurs vie. Frankenstein échafaude le plan d'enlever Frederik Brandt, un chercheur devenu fou avec qui Frankenstein échangeait une correspondance et qui avait réussi une expérience capital que Frankenstein avait échoué. Ce dernier veut le secret de Brandt et se sert de Holst pour l'enlever et de la pension d'Anna pour y effectuer les opérations nécessaires. Brandt étant mourrant, Frankenstein transfert son cerveau dans le corps du directeur de l'asile et le soigne. Celui-ci se réveille horrifié d'être devenu une des expériences de Frankenstein et ne pense qu'a une chose, se venger.

Si Frankenstein avait dans les opus précédents montré des sentiments qui pouvaient encore le rattacher au reste de l'humanité, il devient ici une ordure intégrale cachant derrière son apparence distingué un homme calculateur, froid, impitoyable. Peter Cushing, 56 ans à l'époque, donne une énergie hors norme a son interprétation du baron et le rend d'autant plus effrayant dans sa détermination a réussir ces objectifs. Le Retour de Frankenstein est le film le plus nerveux et le plus cynique du cycle. Frankenstein ne se préoccupe plus des moyens mais bien du résultat. Meurtre, chantage, kidnapping ou viol, le baron ne connaît plus de limite et se régal de la domination qu'il exerce sur le jeune couple. La scène ou Karl tue involontairement un veilleur et réalise qu'il vient tout juste de se condamner a obéir aveuglement à Frankenstein, qui observe la scène en exposant un sourire glacial étalant ainsi toute la joie sadique de l'emprise supplémentaire que vient de lui offrir le jeune homme, est particulièrement révélatrice de l'ignominie profonde du personnage, tout comme celle du viol ou Frankenstein coince la jolie Anna, vêtue d'une très légère robe de chambre. Cynique, il fera croire à la femme de Brandt que son mari va bien, il va jusqu'à lui montrer son corps dont la tête est bandé. Les deux vont communiquer par signes alors qu'ils ignorent tout deux que Brandt est déjà devenu une expérience de Frankenstein. Comme unique constante de ces rapports avec la communauté humaine, sa détestation de la petite bourgeoisie qu'il n'hésite jamais a fustiger dans son conformisme et son "étroitesse" d'esprit. Il est donc assez difficile pour le spectateur de trouver un referant dans cette avalanche de péripéties sinistres et amorales d'autant que les autres protagonistes, mis a part la créature, n'encouragent pas la compassion. Anna et Karl sont quasiment des victimes consentantes et l'inspecteur "traquant" Frankenstein n'est qu'un gros bouffon hautain et incompétent auquel Thorley Walters apporte toute sa dimension comique. Le Retour de Frankenstein marque un retour vers La Revanche de Frankenstein dans l'aspect pathétique de sa créature. Là encore il faut saluer la performance de Freddie Jones. Une performance nuancée qui illustre parfaitement le désarroi d'un type se retrouvant dans le corps d'un autre, rejeté par une épouse qui ne le reconnaît pas et n'ayant pour seul avenir que la vengeance et la mort. Le Retour de Frankenstein se distingue également dans la forme et le ton. On n'est plus ici dans les grands élans esthétiques des premiers épisodes d'ou brûlaient la flamme d'un gothique au couleurs étincelantes, quasi expressionnistes. Si la photo claque toujours autant, elle se fait plus sobre, a l'image des décors qui ont abandonnés (a l'exception du repaire présenté pendant l'introduction) les éprouvettes multicolores et les bacs de résurrections. L'asile, la pension et sa cave ainsi que la demeure abandonnée qui sert de repaire a Frankenstein sont, malgré leurs apparentes simplicités, une nouvelle foi une réussite des artisans de la Hammer.

Fisher reprochait a Hitchcock d'être un brillant technicien mais dénué de cœur. Dire que l'ombre d'Hitchcock plane le métrage de Fisher serait exagéré mais Le Retour de Frankenstein contient quelques scènes de pur suspense qui renvoie directement a l'œuvre du mammouth anglais. Les premiers plans de l'excellente scène d'introduction rappels immédiatement la scène d'ouverture de L'inconnu du Nord Express, les tourtereaux trafiquants et meurtriers victimes d'un maître chanteur ainsi que la scène du cadavre dans le jardin (Fenêtre sur court ?) portent bien l'empreinte d'influences parfaitement digérés du maître du suspense, ce qui est au final assez logique si l'on compare Le Retour de Frankenstein et la citation de Fisher sur Hitchcock cité plus haut. On pourrait a la rigueur ergoter sur quelques points du scénario qui ne portent pas vraiment atteinte au film. Toutes les scènes incluant le flic et ces sbires lancés au trousse de Frankenstein n'ont strictement aucun impact sur le reste ( il me semble, mais sans en être sûr, que ce personnage fut inclut a la demande des producteurs afin d'alléger un scénario trop sombre et d'apporter un personnage "positif" a l'histoire. Son traitement apporte un éclaircissement sur ce que devait en penser Fisher qui de toute façon n'avait pas vraiment l'air de porter les forces de la maréchaussée local dans son coeur) tout comme le viol d'Anna qui fut une "demande" de James Carreras, contre l'avis de Fisher, qui trouvait que le film manquait singulièrement de sexe. Fisher et Cushing firent leurs excuses à la belle Veronica Carlson, et s'arrangèrent pour faire en sorte que cette scène n'ait aucune incidence sur la suite. Ironiquement cette scène fut enlevé des copies anglaises, les belles intentions de Fisher et Cushing n'eurent finalement pour effet que d'amplifier encore un peu plus l'inhumanité de Frankenstein. Malgré ces petits défauts, le scénario enquilles les péripéties à la vitesse de la lumière pour ce finir sur une fin grandiose. Frankenstein rejoint Brandt dans son ancienne demeure pour lui extorquer le secret dont il a besoin. Brandt le prend au piège en balançant des lampes a huile de tel sorte de lui couper le chemin de la sortie. Frankenstein s'échappe mais Brandt réussi a le rattraper et l'entraîne avec lui dans la maison en flamme. Je ne vais pas une nouvelle fois me lancer sur une grosse dithyrambe Fisherienne mais ce n'est sans doute pas par hasard s'il déclarait qu'avec Le Cauchemar de Dracula, Le Retour de Frankenstein était son film préféré. Si l'intro est excellente et le final magnifique, LA scène obligatoire est bien sur celle de l'opération dont la réalisation et le montage ne vont que dans le sens d'une épure magnifié par des cadrages tout simplement mortels de maîtrise. Tout comme ces scènes entières de dialogues ou Fisher réussi a éviter le classique "champs contre champs" ou au moins a l'utiliser a bon escient. Le Retour de Frankenstein en plus d'être une réussite artistique, souvent cité comme étant le meilleurs film de la série, a le triste honneur de clore l'age d'or de la Hammer (commencé en 57 par ...Frankenstein s’est échappé) qui en cette fin des 60's entame, malgré quelques œuvres intéressantes, la longue route qui l'a conduira quelques années plus tard à la décrépitude.

 

Frankenstein et le Monstre de l'Enfer (Frankenstein and the Monster from Hell. Angleterre/1974).

Après avoir été dénoncé par le profanateur de tombes qui l'approvisionnait en "fournitures" Simon, un jeune émule du mythique baron, est condamné pour folie et interné dans l'asile psychiatrique qui accueillit Frankenstein avant son décès. Mais Simon découvre rapidement que le médecin chef de l'établissement, et son vrai directeur, n'est autre que le sinistre baron qui s'est emparé de l'endroit en simulant son décès grâce au chantage exercé sur le directeur pour ces penchants douteux concernant ces plus jeunes patientes. Simon devient son assistant et participe a l'élaboration d'une nouvelle créature composé avec le corps monstrueusement difforme d'un malade mental et le cerveau d'un violoniste.

C'est après cinq années d'absence et de graves problèmes de santé que Terence Fisher revient sur les plateaux pour l'ultime opus consacré au personnage crée par Mary Shelley produit par la Hammer, qui sera également son dernier film. En 1974 la Hammer est a l'agonie. La compagnie anglaise n'a pas réussit a négocier le virage pris par le genre au début des 70's. Le publique, lassé du flot de productions montrant des châteaux poussiéreux, des vampires encapés et de l'érotisme prude, c'est tourné vers des œuvres plus violentes, plus contemporaines, plus en phase avec ces attentes. Des films tel que La Nuit des Morts Vivants, Rosemary's Baby, L'Exorciste ou La Malédiction ont rendu obsolète la tradition gothique qui vit alors ces derniers jours. Si Frankenstein et le Monstre de l'Enfer est très loin d'atteindre les sommets de médiocrité des derniers épisodes de l'autre grande franchise de la compagnie (Dracula 73 et Dracula vit toujours alors a Londres et leurs hilarantes tentatives de faire passer une vision ultra condescendante de la jeunesse pour du modernisme) on ne peut pas non plus dire que le budget alloué au film aide Fisher a illustrer un scénario assez pauvre (qui reprend dans les grandes lignes celui du sordide et très bis Le Sang du Vampire d'Henry Cass) malgré quelques idées prometteuses. Dépassé la mise en place de l'intrigue, le scénariste ne semble plus savoir quoi faire de ces personnages qui tournent donc autour des automatismes de la série. Frankenstein crée un monstre pathétique qui a conscience de ce qu'il est, qui n'est pas insensible aux charmes d'une jeune muette protégé par le baron et qui sera ensuite détruit par les malades sous les yeux insensible de Frankenstein qui invitera Simon, sans doute une tentative de trouver un successeur au baron dans d'hypothétiques suites, a une autre expérience. Frankenstein et le Monstre de l'Enfer est un film qui regarde le passé de la série dans les multiples références qu'il présente. C'est un huit clos ( ...s'est échappé), Frankenstein se sert des malades comme d'une réserve (La Revanche…), la créature fait référence a celles de La Revanche et Le Retour, sa fin rappel celle de son créateur (toujours La Revanche) qui est la prolongation de l'épisode précédent. Bref ça tourne en rond et la série semble de toutes façons bouclé. Frankenstein a force de transgression contre l'ordre bourgeois s'est logiquement enfermé dans le seul lieu dans lequel sa condition d'éternel paria pouvait lui permettre de continuer ces expériences, un asile psychiatrique. C'est d'ailleurs assez dommage que la folie probable du personnage et les obsessions qui le font continuer ne soit pas exploités d'autant que le lieu était idéal pour cela. Peter Cushing a beau être moins présent a l'écran, l'acteur semble toujours aussi investit par son rôle et d'autant plus impressionnant que le physique quasi cadavérique de l'acteur renforce encore davantage la cruauté suintante du baron. Les brillants artisans responsables de la réussite plastique des films précédents ne sont plus là. Pas que le Monstre de l'Enfer soit une catastrophe mais il n'est tout simplement pas a la hauteur de ces prédécesseurs, ces décors et sa photo sont sans profondeurs et même assez plats a l'inverse du maquillage qui fait de la créature un croisement entre un Totoro, chewbacca et un pitbull, empêchant David Prowse de donner au monstre assez d'humanité nécessaire pour provoquer l'empathie. L'opération qui précède sa résurrection est d'ailleurs assez moyenne et incrusté d'effet gores inutiles qui ne servent que de caches misère. Fisher lui assure toujours, la réal est soigné et très efficace mais le rythme ne suit pas et on se lasse un peu des clichés lié a l'Europe central ("Euh Fritz passe moi un Schnaps"). Bref un épisode mineur qui clôt une série jusque là exceptionnel mais qui reste, malgré tout ces défauts, honnête et tout a fait regardable. Fisher ne remettra jamais plus les pied sur un plateau de tournage et la Hammer fermera définitivement ces portes en 1979 après The Lady Vanishes. Cela n'a pas empêché toute un génération d'être marqué par les célèbres films de la compagnie et ceux de Fisher en particulier. Les réalisateurs issue de cette génération n'auront cesse de rendre hommages a la célèbre firme a travers tout un paquet de d'œuvre qui ce sont elles aussi gravés dans l'histoire du cinéma. Peter Cushing et Dave Prowse se retrouveront dans une petite série B de sci-fi (lecteur sera tu la retrouver ?), Cushing fera une apparition dans l'hilarant Top Secret au cotés de Michael Gough qui sera plus tard employé par Burton dans ces deux Batman. Christopher Lee sera a son tour employé par Spielberg (1942), Joe Dante (Gremlins 2), Tim Burton (Sleepy Hollow), Georges Lucas (la nouvelle trilogie) et Peter Jackson (le Seigneur des Anneaux). Depuis des années la résurrection de La Hammer, annoncée a plusieurs reprise, n'a jamais abouti. Si le rachat récent de la société par Endemol (What's the fuck ???) va peut être aboutir a quelques chose, son héritage est lui toujours aussi vivant et moderne (en plus d'être en général facilement dispo en dvd).

 

PS: Les sites sur la Hammer sont pléthores mais je vous en conseillerai un en particulier The Hammer collection d'ou est issu une part des illustrations de cet article et qui possède une base de donnée extrêmement conséquente.

 

lien permanent

Une danse macabre pour Satan… A l'ombre des palmiers !  (Fantastique/Horreur) posté le samedi 02 août 2008 16:31

J'avais il y a quelques mois écrit un petit article annonçant la sortie chez Seven 7 de quatre classiques du ciné Bis italien des 60's. Au jour d'aujourd'hui seul La ruée des Vikings n'est encore pas sortie mais cela ne vas pas nous empêcher de faire un peu le point sur ces sorties discrètement événementiels.

On commence doucement avec Caltiki, le monstre immortel réalisé en 1959. Commencé par Ricardo Freda et fini par Mario Bava, Caltiki est une petite bande d'exploitation surfant sur les succès du Blob - Danger Interplanétaire d'Irwin Yeaworth (1958) et des géniaux Quatermass de Val Guest produit par la Hammer en 1955 et 1957 (Le Monstre & La Marque). Une équipe d'archéologue parcourant la jungle amazonienne découvrent a l'intérieur d'une pyramide une grotte contenant la statue d'une antique divinité maléfique Maya surplombant un petit étang. Une créature visqueuse sort de l'étendu d'eau et tue un des membres de l'expédition, qui réplique en faisant sauter la créature (a la dynamite hein pas sur leurs genoux). Mais un des membres de l'expédition est contaminé par un résidu de la vilaine bestiole et commence a montrer d'inquiétant signes de changements (le bonhomme devient jaloux et coléreux l'horreur quoi). Caltiki va bientôt ressusciter pour engloutir le monde… Malgré la présence de deux réals prestigieux on ne peut pas dire que Caltiki vole très haut. Le fait que l'intrigue soit bateau et les personnages insignifiants ne serait en soit pas un problème mais le film pêche par un rythme vraiment déficient, heureusement compenser par la courte durée du métrage qui vaut surtout pour sa facture visuel, que l'on doit une fois de plus a Bava qui dut assurer, en plus de la réalisation, le poste de chef opérateur, de concepteur d'effets spéciaux et d'ingénieur en systèmes B (Caltiki est en fait composé d'une tonne de barbaque bien saignante). C'est dans les quelques détails macabres qui parsèment le métrage, sa superbe photo et ces chouettes décors (surtout celui du temple souterrain) qu'une part de la personnalité de Bava transparaît sans que cela ne relève vraiment la sauce d'un film aux sympathiques accents Lovecraftien. Caltiki c'est malgré tout a voir mais plutôt a réserver a ceux qui recherche les films italiens de l'époque ou aux complétistes Bavaïen qui pourraient claquer de la tune pour un film vraiment moyen.

En signant Le Masque du Démon l'année d'après, Mario Bava allait faire d'une pierre trois coups. D'un donner au fantastique Italien son premier grand chef d'œuvre et récolter un succès publique et critique de part le monde, deux impulser toute une vague de film fantastique gothique en Italie rivalisant avec les films de la Hammer et trois faire d'une jeune actrice irlandaise inconnue la seule icône féminine du ciné fantastique a la mesure de ces équivalents masculins. Cette actrice c'est Barbara Steele et ça tombe bien puisque c'est justement la tête d'affiche des deux films suivants. Dans un Londres ténébreux Alan, un jeune journaliste rencontre Edgar Alan Poe accompagné d'un mystérieux personnage, Lord Blackwood. Alan est un jeune septique qui prend a témoin Poe que l'au delà n'est qu'une vague fumisterie, Blackwood prend le parie que le jeune homme ne pourra survivre une nuit dans la vieille demeure familiale des Blackwood, réputé maudite et dont personne n'est jamais revenu depuis l'évènement dramatique qui a fait fuir ces occupants. Alan prend le parie et part avec Poe et Blackwood qui le dépose au lieu dit. Alan va découvrir que même les tombes peuvent parfois abriter la vie. Danse Macabre, réalisé par Antonio Margheriti en 1964, est aujourd'hui considéré comme un des points forts de cette vague et ce n'est pas moi qui irait dire le contraire. Sans être aussi définitif que le chef d'œuvre de Bava cité plus haut, le film de Margheriti distille une atmosphère réellement envoûtante qui doit autant au macabre décorum du film qu'au charisme vénéneux de Barbara Steele. Danse Macabre n'est pas un film de trouille mais plutôt une sorte de trip atmosphérique ou, tout comme le héros, nous sommes baladés dans une série de décors poussiéreux recouverts de toiles d'araignées et noyés dans la pénombre. La vieille demeure devient, pendant la nuit des morts, un endroit ou passé et présent coexiste dans un même espace temps, ou les morts se lèvent pour se nourrir des vivants et ou l'amour d'outre tombe devient possible. La beauté toute particulière de Steele est magnifié par une belle photo N&B qui met en évidence ces traits singuliers et ces grands yeux noirs, faisant d'elle une sorte d'incarnation éthérée et fantasmatique de la beauté inaccessible et fatale. Les thèmes de la nécrophilie, du lesbianisme ou du sado-masochisme sont présent en filigrane et contribues a créer cette ambiance de romantisme noir soutenu par la réal hyper classe de Margheriti qui, s'il s'essaiera a quelques reprises aux charmes du fantastique goth (La vierge de Nuremberg ou l'excellent La Sorcière Sanglante avec B. Steele) ne réussira pas a faire mieux.

Et pour finir passons a Un Ange pour Satan réalisé en 1966 par Camillo Mastrocinque. Roberto est un sculpteur engagé par le conte Montebruno afin de restaurer une statue réputée maudite, retrouvée au hasard d'une sécheresse ayant fait baissé le niveau du lac bordant le village et liée a un drame s'étant déroulé dans un passé lointains. Au fur et a mesure de son travail, Roberto est fasciné par la beauté de cette statue et qu'elle n'est pas sa surprise a l'arrivée d'Harriet. La jeune femme est en effet la descendante et le sosie de Belinda, la femme qui servit de modèle au sculpteur qui façonnât jadis la statue. Roberto est immédiatement attiré par Harriet dont le comportement commence bientôt a changer. D'abord discrète, celle-ci va progressivement devenir une dangereuse tentatrice qui va semer le trouble puis la mort autour d'elle. Un Ange pour Satan est de prime abord différents des autres film goth italiens, ici pas de cimetières terreux ou de châteaux poussiéreux plongés dans la pénombre, ni même de "délocalisation" de l'action dans une Angleterre imaginaire ou un quelconque royaume slave factice. L'environnement de l'intrigue est assez réaliste, beaucoup de scènes se déroulent de jour et le fantastique ne s'invite que par de discrètes touches, Mastrocinque n'appuie que rarement sur les artifices du genre et préfère distiller une ambiance sulfureuse qui pourra se prêter, a l'instar de La Maison du Diable de Robert Wise, et aux grès des point de vus a de différentes interprétations. Si la plupart des réalisateurs ont compris comment utiliser le trouble charisme de Barbara Steele Un Ange pour Satan est très probablement un des films ou son potentiel érotique a été le plus mis en avant. D'abord plutôt réservée, elle devient rapidement une chienne de l'enfer qui emporte tout sur son passage, un ange du mal devant lequel aucun mâle ne résiste et qui provoque de véritables catastrophes. La scène la plus explicite est celle ou l'ont peut admirer l'actrice en train de se dévêtir devant un domestique simplet, l'obligeant a ne pas regarder et finalement le punir en lui fouettant le visage pour avoir oser jeter un oeil. Steele est incandescente de sadisme lorsqu'elle réussit a convaincre une jeune femme de quitter son fiancé pour ainsi pouvoir la "garder" a ces cotés ou arrive a persuader un homme de tuer toute sa famille. Accompagner d'une belle facture pictural et d'une réal intelligente Un Ange pour Satan est un film trop méconnu, masqué par l'ombre des glorieux classiques de Bava, Freda ou Margheriti et est a découvrir séance tenante.

Les dvd sortie chez seven 7 sont tout a fait recommandables. L'image est en général nickel, le son correct et les bonus assez sympa (une introduction de Gerard Lenne, spécialiste du genre et auteur de quelques livres sur le sujet) en plus de bénéficier de copie complètes.

lien permanent

l'Enfer des Zombies  (Fantastique/Horreur) posté le mardi 22 juillet 2008 00:42

Gli Ultimi Zombi de Lucio Fulci. Italie/1979.

Avant d'obtenir une gloire tardive a la fin des années 70, Lucio Fulci fut d'abord un simple petit artisan, réalisateur de comédie a la réputation catastrophique dans lesquelles officiait Toto, un lamentable comique en vogue a cette époque. Fulci devra attendre 1966 pour réaliser son premier film important. Impulsé par l'énorme succès de Pour une poignée de Dollars, l'Italie est alors submergé par l'énorme vague de ce que l'on a appelé en France, avec cette "petite" pointe de condescendance si typique des charmantes élites de notre beau pays, le western spaghetti. C'est dans ce contexte que sort Le temps du Massacre avec Franco Nero, classique du genre et film culte pour sa violence sadique et son atmosphère d'étrangeté situé quelque part entre le Django de S. Corbucci et Tire encore si tu peux de G. Questi. C'est ensuite Béatrice Cenci tourné en 1969 qui va marquer la carrière de son réalisateur. Évocation d'un fait historique précédemment adapté par Ricardo Freda, Béatrice Cenci raconte l'effroyable histoire de l'assassinat perpétré contre un noble sadique et incestueux par sa fille et l'amant de celle ci, leurs arrestations puis leurs exécutions par les tribunaux de l'inquisition. Très éloigné de ces autres films, Béatrice Cenci était son préféré et sans doute le personnel de sa filmographie, le seul qui fasse preuve d'un réel romantisme tout en étant d'une grande cruauté dans la représentation de la violence, deux élément diffusant au final un profond désespoir ainsi qu'un nihilisme a toute épreuve, le même qui allait marquer ces futurs films d'horreur. Puis vinrent quelques Giallo de bonne facture (Le Venin de la Peur/Les Salopes vont en Enfer en 1971, La Longue Nuit de l'Exorcisme en 1972) avant de réaliser ce qui devint son plus gros succès commercial: Croc-blanc, une adaptation mielleuse du classique de Jack London (et qui est sans doute le film de Fulci le plus télédiffusé en France). Puis il revient au western avec Les Quatres de l'Apocalypse qui, comme son nom l'indique, n'est pas exactement une ode a la beauté et la joie de vivre. Le film est surtout marqué par l'interprétation de Tomas Milian dans le rôle d'un effrayant tueur psychopathe, également violeur occasionnel, inspiré par Charles Manson suivant le parcourt des quatre survivants d'un lynchage perpétré dans une petite ville. Même si Les Quatre de l'Apocalypse diffuse une atmosphère crépusculaire assez réussi et malgré un scénario plutôt sympa, on ne peut pas dire que le film soit une réussite tant celui-ci provoque l'ennui, faute a un rythme défaillant et une réal totalement bâclé.

Alors l'histoire c'est bien mais le gore bien déguelbif c'est bien aussi et là nous allons bientôt rentrer dans le vif du sujet ! Toujours porté par les succès commerciaux du moment Fulci accepte la proposition de l'opportuniste Fabrizio de Angelis (1) de profiter du buzz crée par le mythique Zombie de G. Romero. Dès le départ il est décidé de ne pas suivre son modèle involontaire et de partir dans une autre direction, sans doute afin d'éviter de préjudiciables poursuites judiciaires. Le scénario de Dardano Sacchetti se situe donc avant l'invasion des zombis et amorce un léger retour aux sources cinématographique du folklore (White Zombie, Vaudou ou l'Invasion des Morts Vivants) en faisant ressurgir toute une imagerie vaudou absente des relectures moderne du mythe par Romero. Dans un souci d'efficacité le film est appelé Zombi 2 (ou Gli Ultimi Zombi) en Italie, traduit aux USA par Island of the Flesh Eaters et chez nous par le tout aussi poétique l'Enfer des Zombies. L'histoire est assez bateau mais elle est surtout le véhicule de scènes gore d'anthologie qui ont grandement participé a la construction du culte entourant actuellement ce film et globalement Fulci. Pourtant si ces scènes essentiels sont le moteur du film, il est je pense inexact de dire que les qualités du métrage ne se situe qu'a ce niveau. La première scène voit l'arrivé d'un bateau a voile apparemment sans équipage dans le port de New York, deux flic monte a bord du bâtiment et l'un deux trouvera des restes humains avant de se faire tuer par un énorme monstre pourrissant, la créature est abattu par l'autre flic et tombe dans le fleuve. Étonnamment cette intro renvoie au Nosferatu de Murnau dans lequel une scène similaire voit l'entrée d'un navire sans équipage transportant le vampire dans le port de Wismar. Uniquement gouverné par la volonté maléfique de l'entité qu'elle transporte, ce bâtiment transporte la mort qui va bientôt se transformer en épidémie. Fulci opère de la même manière (a son niveau) en installant une ambiance diffuse de danger, annonciatrice de la catastrophe a venir. La suite s'éloigne de l'ambiance fantastique pour nous plonger dans une petite scène gore qui est elle-même une introduction aux excès supra-goreux qui vont jalonner l'Enfer des Zombies.

L'histoire se résume au voyage d'Anne la fille du propriétaire du bateau et de Peter, un journaliste en quête de scoop, sur l'île de Matoul d’où est parti le navire. Accompagné par Brian et Susan, un couple de touristes, nos héros vont découvrir un étrange dispensaire dans lequel le taux de mortalité atteint des records, dirigé par le Dr.Menard (Richard Jonhson en pleine déroute) un médecin aux pratiques étranges , celle de tirer cash une praline dans la tête de toute personne récemment décédé. Évidement l'épidémie va rapidement se propager et nos héros vont devoir se coltiner toute une horde de macchabées pourrissants salement affamés. l'Enfer des Zombies ne garde quasiment rien du film de Romero, on pourrai même dire qu'il en est l'exacte opposé. Tout le contenu social a bien sûr giclé ainsi que le rythme infernal imposé par le montage de Dario Argento (sur la version européenne) qui disparaît pour faire place a une mise en place un chouilla laborieuse. On ne peut pas dire non plus que l'identification aux protagonistes aide a l'immersion, le métrage n'étant traversé que de personnages inexistants: le journaliste macho au cynisme pépère (Ian "je paye mes impôts" McCulloch), le couple de touristes (ça sert a queud d'indiquer qui c'est mais eux aussi ont des traites) et puis l'héroïne incarné par Tisa Farrow, eh oui la frangine de Mia (2), qui raque comme tout le monde mais elle a de si beaux yeux! L'arrivé sur une île (pas celle recherché) est l'occasion d'une représentation carte postal de l'endroit, avec bande son calypso d'ascenseur, heureusement très courte qui s'achève par la rencontre avec le couple américain qui leurs propose de les emmener sur cette fameuse île de Matoul, évidement précédé d'une sinistre réputation. Jusque là l'Enfer des Zombies n'est qu'un rien d'autre qu'un produit d'exploitation assez bien gaulé mais totalement anodin enquillant convenances et clichés. Du Bis anecdotique le film passe a la vitesse supérieur avec la célèbre attaque sous marine d'un zombi tentant de se sustenter sur le dos d'un requin qui tentait de boulotter Susan, partie imprudemment piquer une tête (comme ont dit tel est pris qui croyait prendre!). Entre le grotesque du truc et la folie douce du concept la scène, limite nanardesque, échappe de peu au ringard par l'étrange poésie qu'elle diffuse, son coté totalement "autre".

Et là vous vous dîtes "Mais putain et les scènes gore y va en parler le gros con là merde ???". Et oui nous y arrivons !

Forcement a un moment du film, nos héros arrivent donc a destination pour se rendre compte qu'il se passe des choses bien étranges sur cette île de Matoul ! Malgré des acteurs mauvais comme une louche d'huile de foie de morue et un rythme bancale l'Enfer des Zombies prend enfin son envol et Fulci entre a ce moment dans le cercle des réalisateurs qui ont marqués le fantastiques, a coup de grosses éclaboussures gorasses bien dégueux mais également grâce a l'élaboration de cette atmosphère délétère, putride, annonciatrice de fin du monde entrevue pendant la première scène. Les vivants sont sous le poids d'une malédiction inéluctable (la mort) et vont tous crever, dévorés par les morts ils rejoindront a leur tour l'armée des ténèbres. Les zombis chez Fulci n'ont rien a voir avec les morts vivants de Romero qui ont eux conservés une trace d'humanité. Le plus souvent putréfiés, les zombis fulciens sont totalement inertes, avançant a pas lent, ne montrant aucun signe de rage ou de satisfaction leurs yeux ne reflètent que le néant, comme de simples marionnettes manipulé par de mystérieuses forces supérieurs. Si quelques scènes laissent entr'apercevoir les monstres, celle du massacre d'Olga Karlatos et la mise en évidence des cadavres ambulant est bien sûr resté dans les mémoires. D'abord agrippé par les cheveux, la jeune femme est énuclée en très gros plan sur les reste d'une porte avant d'être dévorée. Là aussi la différence avec Romero est flagrante puisqu'au lieu d'utiliser un montage rapide afin de renforcer la brutalité de l'action, Fulci laisse traîner sa caméra sur le répugnant spectacle, faisant profiter le spectateur du moindre détail. Nous avons également droit a une très belle scènes voyant des zombis sortir d'un cimetière de conquistadores, une autre concession a l'imagerie classique totalement absente chez le maître de Pittsburgh. La suite est une sarabande gore dans laquelle se succède arrachages de gorges et explosions de têtes au shotgun. A ce stade il serait injuste d'oublier l'équipe technique du film, autant responsable de sa réussite que Lucio Fulci lui-même. Tout d'abord il faut saluer le travail du chef opérateur Sergio Salvati, fidèle collaborateur du petit maître transalpin depuis Les Quatre de l'Apocalypse jusqu'a La Maison près du Cimetière et qui fut le principal responsable de la réussite esthétique des grandes heures du réalisateur, même sur une œuvre aussi bas du front que Le Chat Noir. Les effroyables maquillages de Giannetto de Rossi et Maurizio Trani pour leurs réalismes malgré leurs étonnante simplicités et la musique electronico/macabro/minimaliste de Fabio Frizzi est elle totalement culte et participe entièrement au cachet du film. Honnêtement l'Enfer des Zombies n'est pas le meilleur film de Fulci qui ne voyait a l'époque le film comme une simple commande lui permettant de lâcher quelques un de ces penchants et d'exposer sa vision nihiliste du monde. Son plus grand film d'horreur viendra avec l'Au delà en 1981… Mais ceci est une autre histoire.

l'Enfer des Zombies fit un carton a sa sortie mais dut subir les foudres de la censures dans de nombreux pays y compris, comme d'autres nombreux cas (Massacre a la Tronçonneuse, Zombie, Mad Max ou Frayeur), dans nos contrées alors sous la présidence de Giscard. Le film sortie dans une version expurgée de toutes ces scènes gore, le rendant ainsi totalement incompréhensible. Il fallut attendre la présidence de Mitterrand et l'action de Jacques Lang alors ministre de la culture pour que toute ces œuvres puissent sortir dans leurs versions intégrales.

(1) Homme de goût et producteur visionnaire, De Angelis l'est assurément …Enfin presque. Il continuera sa collaboration avec Lucio Fulci sur l'Au-delà, La Maison près du Cimetière, l'Eventreur de New York et l'exécrable La Malédiction du Pharaon. De Angelis a également fait le bonheur des bisseux et zédars du monde entier en produisant Zombie Holocaust, Black Emmanuelle autour du Monde, Les nouveaux Barbares, Les Guerriers du Bronx 1 & 2 ou les Killer Crocodile.

(2) Tisa n'eût pas exactement la même carrière que sa sœur. Elle l'arrête après avoir tourné dans un autre film d'horreur archi culte (pour ces deux uniques scènes gore) l'Anthropophagous de Joe d'Amato. 

lien permanent

Cinq films de Nobuo Nakagawa  (Fantastique/Horreur) posté le vendredi 11 juillet 2008 00:31

Notes sur Nabuo Nakagawa et sur le Kaidan Eiga.

Avant de devenir en occident une des grandes références du cinéma horrifique japonais, ce réalisateur né le 18 avril 1905 entame sa carrière a l'époque du muet et s'essaye a différent genres du cinéma de divertissements (comédie, jidai-geki, mélodrames). Pendant la seconde guerre mondial Nakagawa entre a la Chukaden'ei et y réalise des documentaires sur les bombardements et les combats aériens. Le conflit terminé Nobuo rejoint la Shintoho, compagnie née d'une scission de la Toho, pour laquelle il signera les films qui font l'objet de cet article. Classés dans la catégorie du Kaidan Eiga certaines de ces oeuvres le rendront célèbre et le placeront comme une des références mondiales du fantastique. Aujourd'hui célébré de part le monde, certaines de ces idées visuelles furent reprises par Seijun Suzuki, Kato Tai. Il est également une des principales influences d'Hideo Nakata qui revitalisera lui-même le Kaidan Eiga en réalisant Ring en 1998.

Le Kaidan Eiga est le terme japonais le plus couramment utilisé en occident afin de définir ce qu'on appelle "le film de Fantôme". Si cette formulation n'est évidemment pas fausse, elle ne rend pas compte de la diversité du genre qui compte le Yotsuya kaidan - série de films basés sur un classique du théâtre Kabuki écrit en 1825 qui est bien sur représenté ici par The Ghost of Yotsuya, le Kaidan Kasanegafuchi - inspiré d'un chant du 19e siècle "Histoires de fantômes de l'étang de Kasane" contant la triste histoire de la vengeance d'un masseur accidentellement tué, les principales adaptations sont de Kenji Mizogushi (1926), Kimiyoshi Yosuda (1960 & 1970) et bien Nobuo Nakagawa (1957), le Kaidan est lui basé sur le recueil publié en 1904 de récits folkloriques fantastiques japonais réunis par l'écrivain Lafcadio Hearn et dont est tiré ce qui est sans doute connu comme le film fantastique japonais de plus mondialement célèbre, avec le Jigoku de Nakagawa, le fabuleux Kwaidan de Masaki Kobayashi.

A Wicked Woman (Dokufu Takahash Odeni. 1958).

Oden est une jeune femme partagé entre son métier de voleuse et l'amour qu'elle porte a sa fille, gardé par son ancien mari - un alcoolique qui n'a que faire de la petite - jusqu'au jour ou elle rejoint un macro qui se servira d'elle afin de mettre en confiance et d'attirer des jeunes filles pour son réseau de prostitution. Oden entame sa plongé dans l'obscurité d'un triste destin. A Wicked Woman n'a que de rapport avec le genre qui rendra célèbre Nakagawa. L'intrigue se situe d'avantage entre les domaines du drame ou du film noir bien que le film déploie des ambiances étranges proche du fantastique, surtout dû a certains cadrages et décors qui nimbe le film d'une atmosphère ténébreuse. Nakagawa développe un personnage féminin central complexe aussi émouvant (les scènes avec sa fille) que réellement détestable ( voir l'indifférence avec laquelle elle jette des filles dans les griffes de son amant). C'est cette multiplicité des sentiments qui éloigne Oden de la figure de la renarde ou de la mente religieuse que semblaient définir les premières scènes. Le personnage est très réussi et l'on ne peut hélas pas en dire autant du reste des caractères qui sont soit tous totalement inexistant, soit inexploité (le mac interprété par Tetsuro Tamba) d'autant que le film accumule vers son final tout un paquet de situation invraisemblablement mélodramatique qui finissent par ennuyer. Dommage car A Wicked Woman est souvent magnifique (une constante des films chroniqués dans cet article), d'une maîtrise formelle incontestable. Cadres millimétrés, photo N&B remarquables et mouvements de caméra d'une grande fluidité, A Wicked Woman est parfois traversé d'images ou de courte scènes qui retiennent l'attention et anticipent les futurs penchants de la filmo de Nakagawa: la cave ou sont retenues les victimes d'Oden et qui servent également a l'assouvissement des penchants sadiques de Tamba ( torse poil avec un fouet), les décors constamment embrumés qui entours la maison d'Oden et l'apparition d'un érotisme discret. A Wicked Woman est donc avant tout a voir pour sa forme et pour quelques très belles scènes.

Black Cat Mansion (Borei kaibyo yashiki. 1958).

Un docteur et sa femme emménage dans une vieille maison abandonnée. La femme est aussitôt attaqué par le spectre d'une vieille femme qui tente a plusieurs reprises de la tuer. Un Moine leurs apprendra tout sur la malédiction qui plane sur la demeure. Nakagawa s'attaque donc ici au Kaidan Eiga et plus particulièrement a un sous genre très populaire a l'époque, le Babeneko Mono Eiga: le film de chat non mort. Black Cat Mansion est une variation autour du Chat Noir d'Edgar Allan Poe dont certain éléments ont été conservés (l'omniprésence du chat noir, le cadavre emprisonné dans le mur) pour un résultat très largement supérieur a Wicked Woman. Nakagawa fait évoluer ces personnages dans de superbes décors envahi par une brume photogénique qui suggère la présence du surnaturel. Nakagawa instaure un climat inquiétant, envoûtant dans lequel perce la menace de forces vengeresses. Paré d'un scope N&B sublime, Black Cat Mansion permet a Nakagawa de faire preuve d'une inventivité visuel constante dans ces cadrages ou ces mouvement d'appareils et truffe son film de symboles qui résonnent comme autant de signes du drame a venir. Nakagawa y affirme son goût pour le macabre, l'étrange, le fantastique et pour ce qui passe chez nous comme de la bizarrerie (les apparitions du chat fantôme) dans un récit en flash-back qui se verra lui-même coupé par un autre flash-back sur les origines de la malédiction qui passera du N&B a la couleur et a une réalisation plus statique, peut être afin de rappeler les sources Kabuki du Kaidan Eiga. Mais cela n'entrave en rien l'imagination de Nakagawa qui compose des plans lugubres d'une grande beauté. Plutôt lent mais jamais chiant, Black Cat Mansion est également étonnant dans la mesure ou Nakagawa en s'inspirant des classiques US du genre (les prods Val Lewton entre autres, celles de la Universal pour certaines ambiances) trace dans le sillon de Mario Bava et Terence Fisher et inscrit son film dans la droite lignée de ces grands monsieur du genre qui a la même époque l'ont bouleversé par leurs modernités. Mise a part la seul petite ombre au tableau que représente la dernière scène, sans doute imposé par le studio, Black Cat Mansion est un très bon film qui annonces les grandes réussites a venir que sont Jigoku et Ghost of Yotsuda.

The Ghost of Yotsuya (Tokaido Yotsuga Kaidan. 1959).

Sollicitant la main de Yotsuya et n'acceptant pas le refus de son père, un ronin du nom de Iemon assassine le vieille homme et réussi a se marier avec la jeune fille. Quelques temps plus tard Iemon rencontre une autre fille, Ume, qu'il désire aussitôt. Iemon et Naosuke, son homme de basse besogne, élimine le fiancé de la sœur de Yotsuya afin de profiter a Naosuke qui désire la prendre pour femme. Les deux assassins prépare ensuite l'assassinat d'Iwa de la plus cruel des façons, par un poison qui la défigure puis l'a fait mourir dans d'atroce souffrances. Débarrasser de son encombrante femme Iemon se mari avec Ume mais le spectre vengeur de Yotsuya va bientôt se manifester. Que dire sinon que ce film est un chef d'œuvre. The Ghost of Yotsuya est l'énième adaptation d'un classique qui trouve son origine dans une pièce Kabuki datant de 1825 qui fut illustré par, entre autres, Keisuke Kinoshita, Kenji Misumi ou Shiro Toyoda. Les différentes adaptations jouant soit le registre du parcourt psychologique de Iemon soit l'illustration d'une revanche d'outre tombe, vous imaginez que Nakagawa, pour notre plus grand bonheur, choisit la seconde option. The Ghost of Yotsuya est classiquement divisé en trois partie (de l'assassinat du père au mariage de Yotsuya, le complot de Iemon, la revanche de Yotsuya) mais semble partagé en deux parties distinct. La première heure qui décrit l'enchaînement d'évènements malheureux qui conduiront à la mort de Yotsuya est d'un classicisme remarquable, Nakagawa prend son temps pour nous conter le pathétique destin de ces personnages en toute sobriété, sans effet de style inutile. Les plans sont souvent fixes, les mouvements de caméras très rares ne sont utilisés que pour mettre en évidence des faits importants. Le budget réduit du film n'empêche pas Nakagawa de composer des plans sublimes typiques des tournages en studio de cette époque et malgré des personnages assez distants, sans doute du a une direction d'acteurs insuffisantes, The Ghost of Yotsuya parvient facilement a captiver l'attention. Nakagawa tisse patiemment sa toile en introduisant discrètement le fantastique dans le récit par l'intermédiaire de plans insolites ou inquiétants qui annonce la mort et la revanche de Yotsuya. Puis c'est la déferlante d'image lugubres, de scènes macabres illustrant la cruelle vengeance du spectre.

Plans inclinés, photo spectrale, composition de cadres magnifiques et baroques, décors envahi par un brouillard de mauvaises augures, les quinze dernière minutes sont d'une beauté a couper le souffle par le magnétisme qu'elle dégages, par leurs pouvoirs d'impression rétinienne. L'esthétique radicale lié a d'excellents effets spéciaux rapproche parfois The Ghost of Yotsuya du cinéma sensuel et morbide de Mario Bava a la grande différence que le fantôme de Yotsuya n'exprime que la souffrance et l'accablement, contrairement a la violence sadique des spectres qui peuplent quelques unes des oeuvre du réalisateur d'Opération Peur et du Corps et le Fouet. La plupart des apparitions spectrales sont anthologiques, accroché au plafond ou surgissant de l'eau, et sont toutes a mettre au panthéon des scènes marquantes du genre d'autant qu'elles contiennent certains détails gores plutôt avant-gardiste, ce qui en accentue encore davantage l'aspect effroyable. Le métrage se conclut sur une image qui distille un parfum mélancolique qui fini de faire de The Ghost of Yotsuya un des grands classiques de cette période et un des plus beau films fantastique tout pays et toutes époques confondues. Ben wouai un chef d'œuvre quoi !

The Lady Vampire (Onna kyuketsuki. 1959).

Pendant l'anniversaire de sa fille, un homme voit réapparaître sa femme disparut depuis 20 ans sans que le temps ne l'est vieilli. Pendant ce temps, un tableau l'a représentant est volé dans un musée par un nain, en fait l'assistant d'un mystérieux personnage qui se révèle être un vampire. Pour le coup il serait difficile de soutenir que The Lady Vampire soit une réussite. Cet œuvre, bizarrement placé entre deux sommet de l'œuvre de Nakagawa, est une tentative d'intégrer la figure du vampire dans le bestiaire fantastique nippon (le genre est appelé Kyutetsuki Eiga)et le moins que l'on puisse dire c'est que l'ensemble est globalement raté, la faute a un scénario bordélique au péripéties soporifiques, a une direction d'acteurs inexistante et a une réalisation très sage, voir assez statique.

Le début prometteur sombre dans une bizarrerie grotesque proche d'une certaine imagerie pop typiquement nippone sans que le style du film le justifie - en exagérant un peu imaginez un Mizoguchi parasité par les délires pop de Seijun Suzuki mais sans que cela en transforme fondamentalement la tonalité - on a donc droit a un vampire qui semble sorti tout droit d'une boite de nuit guère aidé par des serviteurs un rien superflus, une sorte de Maciste japonais qui se prend une raclée a chaque apparition (assez peu nombreuses), un spectre dont le rôle consiste a avertir son maître des dangers qu'il coure sans que cela le trouble puisque celui-ci s'en tamponne comme de l'An quarante et pour finir un nain poilu (toujours en avoir un dans le coffre de sa bagnole, ça peut servir). Il n'y a bien que la dernière partie qui puissent vaguement retenir l'attention grâce aux jolis décors du château souterrain du vampire et aux quelques scènes qui s'y déroule. Plus une curiosité qu'autre chose.

Jigoku (1960).

Shiro est un jeune étudiant sous la coupe de l'influence de Tamura, un compagnon de classe cruel et dominateur. Les jeunes hommes tuent accidentellement un yakuza sous les yeux de sa famille qui jure de le venger. La fiancé de Shiro, Yukiko, qui est également la fille de son professeur se tue dans un accident de voiture. Shiro décide de ne plus subir l'influence de Tamura et part dans un petit village ou il rencontre le sosie de Yukiko. Tamura resurgit, ainsi que le professeur, sa femme, la famille du yakuza. Leurs destins vont se fondre pendant une soirée qui va très mal se terminer, tout ce petit monde ira donc griller en Enfer. Les sources d'inspirations de Jigoku sont multiples. Il y a d'abord l'affaire Leopold-Loeb qui inspira Alfred Hitchcock (La Corde.1948) et Richard Fleischer (Compulsion.1959). Les rapports maître/esclave entre Shiro et Tamura sont effectivement abordés, l'homosexualité a peine suggéré mais ce ne sont bien sur pas les thèmes centraux du film de Nakagawa bien que Tamura soit défini comme un être corrupteur qui prend du plaisir dans la peine et le mal qu'il inflige a autrui, il est comme une sorte de personnage catalyseur du destin lugubre qui attend tout les protagonistes. Mais les influences majeurs de Nakagawa restent le Faust de Goethe et surtout l'Ojoyoshu. Achevé en 984 par le moine Genshin, ce traité donne une place importante aux descriptions des différents Enfers et des supplices qui y sont pratiqués. Jigoku est assez remarquable car c'est sans doute celui, des cinq films présentés ici, qui explicite le plus ce que sous tend Nakagawa sur l'inéluctabilité d'un destin voué aux ténèbres. La partie "terrestre" film enchaîne les situations avec un illogisme flagrant sans que cela nuise au propos d'un film, comme a son habitude Nakagawa égraine les signes d'un drame a venir, qui semble vouloir nous dire que l'Enfer n'est qu'une prolongation logique d'une vie terrestre remplie de violence, de lâcheté, de méchanceté ou d'abandon.

L'innocence dans Jigoku n'existe pas, même le vieux professeur a l'aspect respectable cache un secret qui le vouera au gémonies infernales, tout comme la douce Yukiko ou l'enfant mort née issue de son union avec Shiro. Si intéressante que soit cette partie "vivante", ce n'est pas cela qui a rendu célèbre Jigoku mais bien ces hallucinants tableaux dans lesquels évoluent des êtres humains en attentes de châtiments, transformant subitement la forme classique en cauchemar baroque, surréaliste ou hommes et femmes sont découpés en morceaux, décapités, éviscérés, plongés dans un fleuve de pus, ébouillanté, …Le tout sous un déluge de couleurs flamboyantes aux contrastes profonds avec comme témoins les démons et princes de l'Enfer chargés des sinistres travaux. Rien n'est épargné aux hommes, balayés dans le marécage de leurs vices et il faut bien dire que Nakagawa semble jubiler dans la représentation de ces Enfers et du traitement qu'il inflige a ces semblables. Pourtant cette avalanche de morbidité n'exclut pas une certaine forme de poésie que l'on peut trouver a certain endroits - la rencontre de Shiro et de Yukiko dans l'Enfer des enfants non nées ou la vision de leurs enfant en train de flotter sur le fleuve Sazumi qui traverse l'Enfer - lesquelles ajoutent aux images du spectacles dantesques une pointe de mélancolie qui traduit au final un sentiment de désolation. C'est dans ces instants magnifiques que Jigoku diffuse toute sa puissance morbide, son pouvoir de fascination, pouvoir qui ne trouve d'équivalent que dans le dementiel Häxan de Benjamin Christensen. Jigoku est un bijou, une perle noire, un film réellement unique qui, a l'instar de The Ghost of Yotsuya, mérite sa place au panthéon du cinéma fantastique et du cinéma tout court.

Si le cycle sur le cinéma japonais vous intéresse je ne serai trop vous conseillez que de cliquer sur ce lien qui vous mènera sur la page dédié a l'opération chez Wildgrounds qui centralise l'ensemble des adresses des articles des blogs concernant ce cycle.

lien permanent