l'Ange Ivre  posté le mardi 29 juillet 2008 22:12

Yoidore tenshi d'Akira Kurosawa. Japon/1948.

Sanada est un médecin caractériel qui officie dans un quartier misérable d'une ville anéanti par la guerre et rongée par la corruption et la pauvreté, Matsunaga un petit caïd sauvage et naïf qui se consume dans l'alcool. Lors d'une consultation Sanada découvre que le jeune yakuza est atteint d'une tuberculose et tente de le résonner, Matsunaga refuse violemment. Commence alors entre les deux hommes une étrange histoire d'amitié faite de rejet, de violence et de rares moments d'accalmie ou pointe la compréhension mutuelle de deux hommes oubliés par la vie.

L'Ange Ivre est a plusieurs titres un moment clé dans la carrière d'Akira Kurosawa. Entravé par la censure du gouvernement ultranationaliste des 40's, le jeune réalisateur dut supporter la coupe de plusieurs scènes de son premier métrage La Légende du Grand Judo (1943)(1). Kurosawa comme tant d'autre dut également se soumettre au "devoir national" en tournant Le Plus Beau (1944), film que je n'ai pas vu mais qui est parait il bien éloigné du simple travail de propagande et qui plus est très marqué par l'humanisme dont faisait preuve le cinéaste et La Nouvelle Légende du Grand Judo (1945) qu'il désavoua par la suite (2). Après la défaite du Japon c'est au tour de la censure US de mettre a l'amende l'excellent Les Hommes qui Marchent sur la Queue du Tigre adaptation d'un classique Kabuki taxé de féodalisme par l'occupant américain, pressé de faire la chasse a toute pseudo manifestation d'un esprit guerrier censé être contenu dans toute expression du passé culturel japonais (3). Bref pour notre jeune Akira c'est un tout petit peu la zermi. Mais cela va changer avec son septième film, l'Ange Ivre sur lequel il aura une complète liberté artistique "l'Ange Ivre est le premier film que j’ai dirigé qui soit libéré de toute contrainte extérieure. Dans cette œuvre j’ai investi tout mon être. Dès la phase de préparation, j’ai senti que j’étais en train de me mouvoir sur le terrain qui me convenait" et sur lequel il se constituera une équipe de collaborateurs qui le suivront sur ces films ultérieurs et avec lesquels Kurosawa tournera une grande partie des chef d'œuvres qui ont fait sa renommée. Fumio Hayasaka (compositeur), Takashi Matsuyama et Yoshirô Muraki (décorateur et designer) le suivront, ensemble ou séparément, sur Les Sept samourais, Vivre, l'Idiot, Scandale, Rashomon, Chien Enragé, Yojimbo, Sanjuro ou La Forteresse Cachée mais c'est bien la rencontre avec Toshiro Mifune qui va marquer une rencontre essentiel qui découlera sur une des plus belle collaboration du septième art sur pas moins de dix sept films, presque tous des chef d'œuvres, et qui prendra définitivement fin suite a une brouille entre les deux hommes sur le tournage de Barberousse, a ce stade il est impossible d'oublier le grand Takashi Shimura qui tournera lui aussi dans bon nombre des grands films de Kurosawa, avec ou sans Mifune.

Kurosawa s'installe dans les décors construit pour Le Nouvel Age des Fous, une comédie tourné en 1947 par Kajiro Yamamoto, son maître et mentor. D'abord intéressé par une minutieuse description du milieu yakuza, Kurosawa bifurque vers le drame social réaliste centré sur les houleuses relations qu'entretiennent Sanada et Matsunaga, mais cela n'empêche pas ce film d'être la première évocation cinématographique de la célèbre pègre japonaise. L'Ange Ivre étant une petite production, il est donc décidé de noyer le tiers du décor sous une étendu d'eau boueuse afin de masquer le subterfuge. Loin d'être un simple cache misère, cet artifice conditionnera en quelques sorte le projet de mise en scène de Kurosawa, qui tissera autour de cette mare toute une symbolique représentative du Japon en ruine de l'après guerre. Marécageuse et putride c'est autour de cette étendu fétide que s'organise la vie du marché noir et ou vit le petit peuple tentant de survivre dans un univers post-apocalyptique, c'est également là que Sanada tente d'aider les personnes ayant la volonté de vivre. Sanada est intéressant a plus d'un titre, l'apparence bougonne et parfois odieuse du personnage cache en fait de profondes déchirures lié aux regrets de ce qu'aurait put être son existence. Alcoolique et caractériel Sanada est donc très éloigné du parangon de vertu qu'aurait pu devenir le personnage sous l'œil d'un autre réalisateur, il évoque immédiatement le médecin de Barberousse incarné par Toshiro Mifune, a la différence que celui-ci ne cultive ni regret, ni penchant pour la boisson. En apparence opposé, Matsunaga est un jeune chien fou, un petit malfrat drivé par l'instinct avec pour seul projet de noyer sa jeunesse et son avenir dans des nuits ou l'alcool et les femmes sont l'unique but. Leur relation, d'abord violente, va évoluer vers une certaine forme de respect, voir d'affection, que deux être semblables qui se reconnaissent peuvent éprouver. Kurosawa n'insiste jamais et laisse a Toshiro Mifune et Takashi Shimura le soins d'expliciter de façon discrète la palette des sentiments complexes qui vont lier les deux hommes sans jamais chercher a en tirer un spectacle larmoyant, sobre et pudique sa magnifique réalisation traduit un humanisme bercé de désillusion et de douce amertume qui au final laisse pointer une note d'espoir.

L'Ange Ivre est également une évocation du milieu criminel de l'après guerre d’où ressort les probables influences américaines de Kurosawa, a la différence que jamais celui-ci ne le représente sous un angle de fascination, on peut dire qu'il prend même soin de la montrer sous son jour le plus vil, bassement calculateur et lâche qui soit. Jusque la vaguement évoqué, le milieu fait son apparition avec Okada, yakuza fraîchement sortie de prison et anciennement parrain du territoire de Matsunaga, pressé de reconquérir son ancien domaine le sinistre personnage sera l'homme qui sera responsable de la chute de Matsunaga, ravagé par la maladie. Les scènes montrant les yakuza en réunion ne font qu'accentuer la bassesse des personnages, les montre en comploteurs de basse court, arrogants et fiers de la peur qu'ils provoquent chez les autres ils deviennent des animaux enragés, des êtres veules et lâches quand leurs vies est en danger. Les influences de Kurosawa ne s'arrête pas là puisque la peinture réaliste des quartiers pauvres rappelle les néoréalistes italiens qui parallèlement a l'œuvre du cinéaste réalisaient des films tentant de retranscrire la réalité de l'époque dans toute sa noirceur. Nettement plus surprenant est la scène ou Matsunaga se voit en train de se poursuivre sur une plage, une séquence étrange qui n'aurait pas dénoter dans un film du Louis Bunuel de l'Age d'Or par son coté fantastique et surréaliste. En fait je crois que je pourrais parler des heures de ce film, de sa description pleine de générosité du japon "d'en bas", de sa beauté plastique, de sa noirceur maillé d'espoir, de l'incroyable performance de Toshiro Mifune dont le charisme irradie, brûle, illumine chacune des scènes ou il apparaît (a la base l'ange ivre du titre est censé être le médecin), de toute la symbolique autour de cette mare qui semble parfois refléter, parfois contaminer son environnement mais plutôt que d'allonger inutilement ce texte qui de toute façon ne pourra pas rendre justice a ce film, je ne pourrai vous donner qu'un conseil: faite vous du bien, acheter ce film et (re)décourez cette oeuvre sublime et génial qu'est l'Ange Ivre.

 

                                   

 

(1) Taxé "d'insulte au Japon" et de film "anglo-américain" La Légende ne dut sa sortie qu'au soutient de Yasujiro Ozu, alors membre du comité de censure.

(2) Kurosawa produira Sugata Sanshiro un superbe remake réalisé par Seiichiro Uchikawa en 1965 qui, tout en réintroduisait les éléments coupés par la censure, est également une fusion de l'intrigue de l'original et de sa suite. Il n'est vraiment pas interdit de le trouver meilleur que l'original tant ce film est une pure réussite.

(3) Les Hommes qui Marchent sur la Queue du Tigre ne sortira qu'en 1952.

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Les Forbans de la Nuit  posté le vendredi 20 juin 2008 22:29

Night and the City

de Jules Dassin. USA/1950.

Les Forbans de la Nuit est le dernier film tourné par Jules Dassin pour un studio US. Filmé en Angleterre pour des raisons purement économiques, initialement prévue pour Jacques Tourneur pour être finalement confié a Dassin par Darryl Zanuck qui avait en estime le jeune réalisateur et qui désirait l'éloigner ainsi un temps du bureau des activités anti-américaines qui l'avait pris pour cible. Jules Dassin s'imposât en 1947 par ce coup de maître que fût Les Démons de la Liberté, énorme coup de boule d'une noirceur d'encre sur l'inhumanité du système carcéral. Puis suivirent des films allant du bon a l'essentiel, La Cité sans Voiles, un docu-fiction policier a l'esthétique néo-réaliste considéré comme un des ancêtres des séries policières actuel mais guère estimé par Dassin a qui le montage avait échappé, Les Bas Fonds de Frisco, un drame noir sur fond de corruption dans le milieu du monde maraîcher et pour finir Les Forbans de la Nuit. A son retour d'Europe Dassin se rend compte qu'il est black listé, grillé dans l'industrie du cinéma il tente le théâtre pour finalement répondre aux propositions venant d'Europe (1), et ouvre ainsi un nouveau volet d'une carrière jusque là essentiellement marqué par le film noir, majoritairement associé a de fortes considérations social.

Une lancinante voix off commente quelques fondus enchaînés décrivant de manière poétique et monotone un Londres nocturne. Poursuivi, un homme court a perdre haleine et nous entraîne au fil des ruelles dans les méandres d'une cité aux ténèbres menaçantes, l'homme qui court s'appelle Harry Fabian (Richard Widmark), Il se réfugie chez son amie Mary (Gene Tierney). Fatiguée des petites arnaques d'Harry qui tente de lui emprunter de l'argent pour "un coup sûr" Mary refuse et lui demande d'arreter, de redevenir l'homme qu'elle a jadis connu. Mais Harry ne l'entend pas de cette oreille, il tente sa chance au près de l'adipeux Phil Nosseross (Francis L. Sullivan), propriétaire d'un club "le renard argenté" dans lequel travaille Mary, Nosseross se moque de lui et refuse lui aussi. Dépité, Harry pigeonne quelques touristes et se rend a un match de catch organisé par Kristo (Herbert Lom), un caïd monopolisant le milieu sportif londonien. Fabian y rencontre Grégorius, une légende de la lutte gréco-romaine et père de Kristo. Grégorius est dégoûté des matches organisés par son fils. Fabian, qui y voit la poule aux œufs d'or, joue le jeu du vieil homme et le convainc de s'associer a lui pour l'organisation de matches de luttes. Grégorius qui trouve Harry très sympathique accepte au grand dam de Kristo, haineux et humilié. Nosseross refusant toujours de financer Harry, c'est sa femme qui en secret se joint a lui, désireuse de s'émanciper d'un homme qui l'écœure. Nosseross apprend la traîtrise et décide de détruire Fabian qui, d'abord inconscient du danger, voit peut a peut la toile de la fatalité se tisser autour de lui.

Dès les premières minutes nous sommes plongés dans l'univers interlope d'un Londres ténébreux, réaliste et onirique. Une des grandes réussites de Dassin fut d'importer le modèle des "Dark City" du ciné US et d'avoir fait de la capitale anglaise l'équivalent européen de New York, Chicago ou Los Angeles, une ville sinistre ou se croise le destin de personnes a la recherche d'un ailleurs qu'ils ne pourrons atteindre. Loin des images d'Épinal généralement véhiculées, Londres devient une cité sordide noyé dans l'obscurité d'une photo clair-obscur, renforçant la claustrophobie naissant des ruelles sombres, des appartements exigus, des clubs embrumés, une cité noyée dans un onirisme cauchemardesque, théâtre des désillusions et du drame de l'existence d'Harry Fabian. Remarqué et imposé par Zanuck sur Le Carrefour de la Mort contre la volonté d'Henry Hathaway, Widmark devint instantanément un acteur de premier plan en gagnant un Oscar pour sa fameuse interprétation de Tommy Udo, le salopard psychotique au rire hystérique qui persécute Richard Mature dans cet excellent film réalisé en 1947. Puis Widmark enchaîne dans le sympathique La Dernière Rafale de William Keyghley, il joue le rôle du leader d'un gang de braqueur. Plus mesuré que dans le film d'Hathaway, son personnage n'en ait pas moins une ordure vicieuse qui ne refrène jamais ces pulsions sadique. Une autre interprétation mémorable pour un acteur que le regard inquiétant et les traits émaciés prédestinaient a ce type de rôle. Quelques films l'éloigneront de l'univers du film noir. Road House, que je n'ai hélas pas vu, et La Ville Abandonnée, un excellent western de William Wellman ayant quelques affinités avec l'univers du film criminel.

Avec Les Forbans de la Nuit Widmark retourne dans l'obscurité des sombres territoires de la perdition et touche au génie dans le rôle d'Harry Fabian, une petite frappe cupide, un magouilleur sans envergure au caractère enfantin obsédé par l'idée de réussite, du coup qui ferait de lui un homme riche, important, estimé. Avec une épure et un sens de l'essentialité admirable, Dassin illustre le parcourt d'un loser qui deviendra au final le héros tragique d'une histoire distillant un désespoir poignant, sous les yeux de Gene Tierney témoin impuissant de la chute de l'homme dont elle est amoureuse. Avec ce rôle Widmark rejoint le club des acteurs qui ont profondément marqués de leurs empreintes les anales du film noir puis prêtera son talent et son charisme a des personnages un tantinet plus positifs (2) et inscrira son nom dans la légende du ciné Hollywoodien. Les récents décès de ces deux grands monsieur du cinéma US que furent Jules Dassin et Richard Widmark n'a semble t'il pas spécialement ému les médias qui, comme d'habitude, ont rapidement passé l'info après les quelques hommages de rigueur. Peu ont mêmes mentionnés ce film génial, seul rencontre cinématographique des deux artistes et chef d'œuvre absolu du film noir.

 (1) Dassin débute cette nouvelle carrière en France ou il signe un excellent film de braquage, Du Rififi chez les Hommes, d'après les écrits d'Auguste Le Breton qui en signa l'adaptation et les dialogues. Rififi gagna le prix de la mise en scène au festival de Cannes de 1955.

(2) Dans Panique dans la Rue d'Elia Kazan, Widmark interprète un agent du gouvernement qui pourchasse une autre tronche du ciné US, Jack Palance, qui hérite du rôle d'un voyou atteint de la peste. Hormis les oeuvres cités, je ne serait trop vous conseiller quelques autres grands films entre autres interprété par Richard Widmark: Le Jardin du Diable d'Henry Hathaway, un superbe western aux accents de film d'aventure rythmé par un envoûtant score de Bernard Herman et le mythique Port de la Drogue de Samuel Fuller dans lequel Widmark renoue avec l'univers du film noir.

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Le Charlatan  posté le dimanche 09 mars 2008 12:00

Nightmare Alley.

d'Edmund Goulding. 1947. USA.

Si d'aventure il t'arrivait de te balader dans les sombres recoins d'une fête foraine, tu aurais peut être la malchance de tomber sur le pitoyable fantôme de Stanton Carlisle autrefois appelé "Stan le magnifique", bonimenteur de génie, séducteur, manipulateur d'âmes, personnification de l'ambition, de l'amoralité et sans aucun doute LE personnage le plus fascinant de l'univers du Film noir, pourtant déjà bien chargé.

Stanton (Tyrone Power) est un bonimenteur de fête foraine qui ne rêve que de gloire. Après le décès accidentel du compagnon de Zeena (Joan Blondell), Stan réussi à la convaincre de devenir son partenaire dans un numéro d'illusionnisme très complexe qui permet de crée l'apparence de la télépathie. Après s'être fait la main sur scène et sentant le grand moment venu pour lui, Stan plaque la fête foraine, Zeena et se marie avec la jeune Molly (Coleen Gray) qui devient sa partenaire et femme. Le succès est immédiat, "Stan le magnifique" fait salle comble tout les soirs et fait rêver les gogos avide de croire au miracles, même s'ils ne sont qu'illusions. Au sommet de sa gloire, Stanton va pourtant faire une rencontre qui va bouleverser ces plans, celle du Dr. Lilith Ritter (Helen Walker) psychanalyste avide et sans scrupules avec qui Stan va monter des arnaques visant a dévaliser ces clients. Stanton ne sait pas qu'il vient de mettre le pied sur un chemin qui va le conduire droit en enfer

Se déroulant dans sa première partie dans l'univers peu fréquenté de la fête foraine Nightmare alley est un film étrange et fascinant, dépouillé des personnages et intrigues habituel des films noirs, sans armes ni meurtres, bourré de personnages inquiétants et dont l'atmosphère frôle plus d'une fois le fantastique. Tiré d'un bouquin écrit en 1946 par William L. Gresham qui était fasciné par la face sombre du divertissement, Nightmare alley est une réflexion sur le pouvoir de l'illusion, de la religion, un récit en avance sur son temps. Stanton comprend parfaitement que le monde n'est qu'une vaste foire, un univers remplit de personnes qui veulent croire en l'existence des forces de l'au-delà, au divin, à la vie après la mort et ne fait qu'adapter son numéros de foire en y ajoutant des paillettes et de la religion pour en parfaire l'illusion.

Cependant Stanton, tout génial qu'il soit, n'est qu'un bonimenteur dépassé par son époque et trouvera son maitre en la personne du Dr. Ritter, dont le cynisme et l'arrivisme éclipseront très largement le sien lors d'une scène hallucinante ou Helen Walker devient instantanément une des plus effrayantes salope de tout les temps. De la à croire que la psychanalyse soit assimilé a une nouvelle forme d'escroquerie et que Nightmare alley marque un passage a témoin entre deux génération, il y a un pas que l'on peut largement franchir tant le parallèle entre les deux "professions" est marqué, d'autant que les complexes rouages du numéros de Stanton sont facilement découvert par Ritter (La structure des anciens trucs ne fait plus illusion devant la modernité de la nouvelle génération).

C'est a partir de ce moment ou Stan, se rendant compte qu'il a lui-même été dupé, va commencer sa chute, une descente au enfers qui n'a d'autre équivalent que celle de Tom Neil dans le noirissime Detour d'Edgar G. Ulmer, chute glauque et effrayante a peine effleuré par un happy end de rigueur, qui d'ailleurs sonne faux et masque mal l'édifiant pessimisme de l'histoire qui vient de se dérouler et qui marque plutôt une mise a zéro pour Stanton, un retour au début du film.

Les amateurs de Tyron Power pourront sans doute s'étonner de le voir jouer dans un rôle de ce type, lui qui était plutôt habitué a jouer de bondissants aventuriers dans les films de la Fox. C'est pourtant a sa demande que Power, désireux de prouver sa réel valeur d'acteur, voulu tourner ce film. Bien lui en prit car c'est vraiment un de ces tout meilleurs rôles, éblouissant dans ce rôle de séducteur au cynisme flamboyant. Bien sûr le film n'est pas sans défauts, la chute de Stanton peut sembler un peut courte, trop rapide et il semble que ce personnage a été adouci pour l'adaptation, de même que la description du monde de la fête foraine a été nettoyé de ces éléments les plus perturbants mais c'est peux de défauts en regard des immenses qualités de ce métrage... Le plus méconnu des chef d'œuvres du film noir.

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The Street with no Name  posté le mercredi 05 mars 2008 23:18

de William Keighley. 1948.

La première scène nous le dit l'heure est grave. Les USA vont mal, gangrenés par le virus du gangstérisme. Mais dans les ténèbres visqueuses d'une criminalité galopante de mieux en mieux organisé et rongeant ce grand pays dans un cancer de violence, une organisation veille au bon respect des lois et de l'ordre publique. Cette lueur dans l'obscurité, cette ultime barrière qui repousse sans cesse les assauts des sinistres forces du mal avec courage, dévouement et abnégation c'est bien sur le FBI.

Cette petite introduction résume modestement l'esprit de The Street with no Nale, pur film de propagande a la gloire de l'agence d'Edgar G. Hoover et réalisé après le succès du très brutal T-Men d'Anthony Mann. Tout comme ce dernier, il s'agit de suivre l'infiltration d'un gang dirigé par le méthodique et violent Alec Stiles (Richard Widmark) par un agent (Mark Stevens). Mise a part une vision "viral" de la criminalité, cette trame est le seul point commun entre les deux productions. Contrairement au film de Mann, The Street ne réussi jamais a se séparer de son étiquette de film propagandiste. La première partie du film, donc la sélection de l'agent et son infiltration dans le gang, est truffé de scènes de descriptions des méthodes des hommes du FBI accompagné d'une musique pompeuse soulignant lourdement l'inexorable avancé des forces du bien dans leur glorieuse entreprise de destruction des organisations criminelles.

Passé ce cap un poil relou on passe enfin au pur film de genre et il faut bien dire que The Street s'en tire avec les honneurs grâce a une réal solidement charpenté rythmé par un montage nerveux, une belle photo très stylisé et un Widmark comme d'habitude excellent. Contrairement a ce que laissé augurer un début légèrement antipathique, The Street se révèle être un film immersif, pourvu de quelques très belles scènes et d'une bonne description du stress et de la paranoïa qu'un homme peut éprouvé dans une pareil situation. La fin vient cependant nous rappeller le but premier du film et j'ai vraiment regretter que Keighley n'ai pas réussi, a l'instar de Mann avec T-Men, a transcender son film car en l'etat The Street with no Name reste, malgré les reserves émises un peu plus haut, un excellent film noir.

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Blast of Silence  posté le dimanche 02 mars 2008 23:38

de Baron Allen. USA/1961.

 

New York, un homme revient après de longue années dans un ville qu'il déteste profondément. Il se nomme Frank Bono, ou plus précisément "baby boy Frankie Bono" comme pourrait l'appeler ces amis, mais Frankie n'as pas d'amis. C'est un tueur a gage venu accomplir un contrat, exécuter un membre de la Mafia.

Blast of Silence commence dans une obscurité presque total, seulement troublé par un lointain point blanc et par un monstrueux chaos sonore commenté par une voix off qui interpelle le spectateur. Frankie est en train de naître et déjà, même pas né, habité par la douleur et la haine. Mais le point blanc grossit et se révèle pour ce qu'il est, la sortie d'un tunnel ferroviaire qui conduit Frankie sur le quai d'une gare New Yorkaise. L'image est presque archétypale, Frankie décent du train et prend la pose. Clope au bec, trench coat, chapeau feutre a bord mou et visage taciturne, Frankie semble sortir d'un Film noir des années 40/50. Mais Blast of Silence est un indépendant New Yorkais réalisé en 1961 par Allen Baron (pour la somme dérisoire de 30 000$), soit quelques années après la fin de ce que la critique française a appelé le cycle noir.

Si le scénario et ces personnage sont classiques, son traitement l'est nettement moins, du moins pour l'époque. Blast of Silence se situe sur un carrefour d'influences ou se croisent les figures stylistiques du Film Noir classique et de la nouvelle vague. Tout en étant un pur film de genre avec ces codes, la peliculas de Baron Allen est également la peinture d'un homme solitaire errant dans un New York sublimé par de nombreux travelling qui transforment la mégalopole en un gigantesque reflet de l'angoisse existentiel d'un homme hanté par sa solitude, qui ne trouve l'oubli que dans l'accomplissement de la traque et de l'exécution du contrat. Cette solitude Frank va l'oublier un petit moment en rencontrant fortuitement un ancien camarade d'orphelinat qui l'invite a une soirée ou Frank a toute l'opportunité de se rappeler que la joie et l'insouciance de la jeunesse ne sont pas pour lui. Pourtant la flamme de l'espoir d'une vie meilleur est pourtant ravivé par sa retrouvailles avec une amie d'enfance avec qui Frankie va tenter de nouer une relation et abandonner le métier. L'échec de cette tentative va lui rappeler que la solitude reste sa seule compagne et que son projet avorté d'arrêter le job inquiète ces employeurs et menace sa vie. Frank va accomplir son contrat et faire face a son destin.

Rythmé par la voie grave et presque hypnotique de Lionel Stander (non crédité), Blast of Silence est également une ballade dans un New York blafard, accompagné par un excellent score jazzy. La ville n'y est pas qu'un simple lieu, c'est un personnage a part entière. Il est d'ailleurs assez remarquable de constater qu'on a rarement vu un film sublimer autant la grosse pomme et il faut chercher dans Manhattan de Woody Allen, Naked City de Jules Dassin ou les premiers Scorcese pour trouver un équivalent a cette forme de poésie urbaine et mélancolique. Perso, il m'a été impossible de ne pas penser a Taxi driver. Si les deux film ne sont évidemment pas du même niveau, ils provoquent tout deux une fascination sensoriel assez semblable d'autant que l'on peut facilement trouver de nombreux point communs entre les parcourt de Travis Bickle et de Frank Bono, deux asociaux noyé dans la foule d'une ville qu'ils haïsent (en plus de la vraie ressemblance physique entre Allen baron et Robert de Niro).

La réal du film est, en général, d'un excellent niveau. Tout les plans en extérieur bénéficie de superbes cadrages et de quelques travellings de toute beauté qui contraste avec la platitude de certaines scènes, notamment toutes celles qui inclus le personnage de Lorrie. La photo est a l'avenant et travail principalement sur les contrastes fort du Film Noir. Petit budget oblige tout le film fut tourné dans les rues de NY, lui donnant cet aspect urbain et moderne, tranchant singulièrement avec la grande majorité des films tournés en studio durant les décennies précédentes. Parfait écrin esthétique pour un film qui, tout en respectant les conventions du genre, les modifie sensiblement en faisant descendre la figure fantasmatique du tueur dans une forme cinématographique plus réaliste, plus proche de notre perception du quotidien (l'objet de la chute de Frankie n'est plus une femme fatal mais une jeune fille au physique anonyme). En bref, Blast of Silence peut se définir comme une sorte de maillon entre le ciné des décennies précédentes tout en étant un pont avec celui, urbain et réaliste, des années 70 mais c'est surtout une petite perle a (re)découvrir d'urgence. Et puis si ça peut vous aider a vous y intéresser...

"One of my favourite New York city films" MARTIN SCORCESE.

Le film est dispo en France dans une bonne édition chez MK2 édité sous le titre Baby Boy Frankie, il devrait sortir le 15 Avril chez Criterion

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