Frankenstein par Terence Fisher  (Fantastique/Horreur) posté le dimanche 14 septembre 2008 14:00

Introduction

La fin de la seconde guerre mondial aura vu l'éclosion de films de science fictions US mettant en scène des extra terrestres et autres insectes géants, autant de métaphores de la paranoïa anti communiste et de la peur lié a l'avènement de l'ère atomique, qui finirent par reléguer les monstres du bestiaire fantastique généré par la Universal, descendu déjà bien bas au milieu des 40's, aux oubliettes. Pendant ce temps en Angleterre une petite société, la Hammer, décide d'adapter une série télé crée par Nigel Kneale pour la BBC. Suite au succès des géniales adaptations des aventures du professeur Quatermass, Le Monstre et La Marque, tout deux réalisé par Val Guest en 1955 et 57, la Hammer décide de poursuivre dans le registre de la science fiction horrifique en produisant une nouvelle adaptation du classique de Mary Shelley, a l'époque tombé dans le domaine publique. Jimmy Sangster remanie en profondeur l'histoire littéraire de Frankenstein pour n'en garder que le concept central. Les dirigeants de la Hammer, Anthony Hinds et Michael Carreras, proposent a Terence Fisher, a qui ils doivent un film, de le réaliser. Fisher, qui n'a jamais lu l'oeuvre de Shelley, accepte. Ayant entendu l'annonce du projet d'une nouvelle adaptation du livre de Shelley l'agent de Peter Cushing, avec qui la Hammer avait de longue date l'envie de travailler, le contacte pour lui annoncé la nouvelle. Cushing fait savoir qu'il est intéressé et sera embauché en même temps que Christopher Lee qui le sera grâce a sa haute taille. Le tournage commence le 19 Novembre 1956 pour s'achever six semaines plus tard. Une copie est envoyée a New York pour y être visionné par des dirigeants de la Warner, puis elle est rapidement acheminé chez Jack Warner qui devine immédiatement le potentiel de cette petite production de 60 000 livres. Frankenstein s'est échappé sort en avant première mondial a Londres le 2 mai 1957, puis sur le territoire américain ou il remporte un tel succès qu'il laisse derrière lui Le Pont de la rivière Kwaï ou le Saint Joan d'Otto Preminger. En France les réactions, nettement plus mitigés, vont du mépris a l'indifférence la plus total. Bien heureusement cela n'empêchera pas le succès (assez discret chez nous tout de même) de l'opus qui allait faire de Fisher un des maîtres incontestable du fantastique, de la Hammer la compagnie la plus en vu du moment, de Cushing et Lee des figures incontournable du ciné fantastique et donner le départ de deux cycles ultra célèbres. Celui d'une série de films aujourd'hui incontournables, la plupart du temps réalisé par Fisher, avec l'équipe technique et les acteurs principaux de Frankenstein s'est échappé (Le Cauchemar de Dracula, Les Maîtresses de Dracula, Le Chien des Baskerville, La Nuit du Loup garou, La Gorgone, …) mais aussi celui composé des suite de Frankenstein et qui peut être considéré comme étant la plus belle réussite artistique de la Hammer, de Terence Fisher et une des meilleurs franchise de l'histoire du ciné fantastique. Bref le début d'une ère mythique.


Frankenstein s’est échappé (The Curse of Frankenstein. Angleterre/1957).

Un prêtre est demandé afin de recueillir les dernière volontés d'un homme condamné a la peine de mort sur l'échafaud. Le prisonnier, le baron Victor Frankenstein, considéré comme fou, lui raconte alors son étrange histoire. Jeune homme intelligent, Victor hérite de la fortune de ces parents et prend comme précepteur Paul, un homme instruit et ouvert d'esprit. En grandissant Frankenstein et Paul se focalisent sur les mécanismes de la vie et de la mort jusqu'à ce que Paul, conscient du basculement de Victor qui ne voit pas l'horreur de ces travaux, s'éloigne des expériences de son ex-élève. Pour Frankenstein la quête obsessionnel du savoir continue. Il poursuit ces expériences, élimine un éminent scientifique pour lui voler son cerveau et fabrique une créature hideuse a partir de morceaux de cadavres. Paul, qui a auparavant abîmé le cerveau, est contraint d'aider Frankenstein a la réanimer.

Fisher et Sangster ne ce sont pas seulement contentés de reconstruire l'intrigue mais en ont totalement réinventés les ressorts en remettant le baron Frankenstein au centre de l'action, cassant ainsi la confusion entre la créature et son maître née après le chef d'œuvre de James Whales, La Fiancée de Frankenstein. Le baron devient un quasi surhomme se moquant éperdument des conventions, de la moral et dont les facultés intellectuelles sont dirigés vers un seul et unique but. Ce personnage séducteur au cynisme flamboyant et a l'entêtement obsessionnel est incarné par un génial Peter Cushing qui donne au baron une formidable énergie et un charisme réellement impressionant. Jeune idéaliste chutant dans l'excès puis le meurtre, Frankenstein est le vrai monstre du film et par extension de la série. Un monstre a la présence magnétique et "sadienne", comme un grand nombres des grandes figures du mal qui vont traverser l'œuvre de Fisher ( Dracula, l'aristocrate décadent du Chien des Baskerville ou de La Nuit du Loup garou, le Mocatta des Vierges pour Satan), a l'opposé du Frankenstein rongé par le remord incarné par Colin Clive dans les films de Whales. A coté Christopher Lee ferait presque office de gentil monstre. N'ayant pas pu utiliser le maquillage originel de Jack Pierce pour une sombre histoire de copyright, Phil Leakey et Roy Ashton ont conçu un maquillage impressionnant faisant de la créature un macabre puzzle de pièces mal assemblées, un cadavre a la démarche hésitante, un être bestial, sans âme, stupide et meurtrier. Pourtant devant la froide cruauté du baron on se prendrait presque a ressentir de la pitié devant ce monstre qui n'est au final qu'une victime née de l'aveuglement d'un homme faisant passer sa quête d'absolue avant tout autre considérations. En s'attaquant a Frankenstein Fisher a déjà derrière lui plus d'une trentaine de film. C'est donc un technicien aguerrie (Fisher a toujours clamé son admiration pour John Ford et Frank Borzage) qui va révolutionner un cinéma gothique devenu poussiéreux. Un technicien soucieux d'aller a l'essentiel et de porter le scénario a travers une réalisation qui ne s'embarrasse pas de superflus. Les plans sont souvent fixes et superbement composés, les travellings ne font jamais dans l'esbroufe et souligne toujours une action importante. Le montage est assez tendu et Fisher insuffle une énergie démentiel qui trouve en Peter Cushing un parfait réceptacle. Mais on ne fait pas un film tout seul et Fisher est ici remarquablement bien entouré. En plus des maquilleurs déjà cité on peut rajouter Jack Asher, le génial chef opérateur avec qui Fisher va signer ces plus beaux films, Bernard Robinson se chargera de concevoir les superbes décors du film dans lesquels évolueront les acteurs habillés par les costumes de Molly Arbuthnot, et pour finir James Bernard dont la musique romantico/frénétiquo/majestueuse très caractéristique définira le style musical des prods Hammer suivantes. En plus d'être le premier film du genre a utiliser un superbe technicolor Frankenstein s’est échappé introduit une dimension érotique explicite, dans un genre jusqu'ici en général assez pudibond, qui prendra de l'importance dans les prochaines productions de la Hammer. Passant le plus souvent par un décolleté plongeant et des chemises de nuit diaphanes moulant les généreuses formes des Hammer girls, cet érotisme bien discret aujourd'hui fera fantasmer plusieurs générations d'érotomanes avertie. Valerie Gaunt et Hazel Court ont donc le privilège d'ouvrir la voix a toute une série d'Hammer girls ( parmi les plus célèbres Susan Denberg, Ursula Andress, Caroline Munro, Ingrid Pitt, Marie Devereux ou Raquel Welch) qui ont ajouté une touche de charme, parfoit troublant, a ces effusions de sang qui, et la c'est vraiment une première, ne sont plus suggérés hors champs mais bel et bien montrés dans un déluge de couleurs chamarrées. Frankenstein s’est échappé n'est pas juste un chef d'œuvre du film de genre mais un chef d'œuvre qui va révolutionner le genre par la modernisation de l'un de ces plus grand mythe.



La Revanche de Frankenstein (The Revenge of Frankenstein. Angleterre/1958).

Grâce a un habile subterfuge, Frankenstein échappe a la guillotine en faisant décapiter le prêtre venu lui administrer les derniers sacrements. Quelques années plus tard, il est installé sous le faux nom de Dr Stein, propriétaire d'un cabinet de consultation pour clientèle huppé et d'un hospice pour mendiants et délinquants. De son coté l'ordre des médecins voit d'un mauvaise œil la concurrence que lui fait ce Dr Stein qui a réussi a lui rafler la moitié de sa clientèle bourgeoise. Ceux-ci envoie une commission venu lui proposer de faire parti de l'ordre mais Victor refuse. Un jeune médecin reconnaît Frankenstein et lui propose ces services en échange de son savoir Tout deux vont s'atteler a une nouvelle expérience: Frankenstein a construit un corps qui doit être destiné a Karl, un malformé qui aida naguère Frankenstein dans son évasion. L'expérience semble réussir mais l'homme qu'est devenu Karl est passé a tabac par le gardien du laboratoire alors qu'il tentait de détruire son ancien corps. Pour la "créature" commence une dégénérescence physique et mental qui vont l'amener au désespoir.

Frankenstein s’est échappé fut une réussite, sa suite un coup de maître. Contournant l'inéluctable fin du baron a l'aide d'une idée aussi subversive que jouissive de cruauté, Fisher et Sangster en profite pour affiner le personnage de Frankenstein. Posé, froid, le baron devient nettement plus ambigu, son altruisme apparent toujours commandé par une insatiable quête de savoir et un esprit redoutablement manipulateur. L'hospice dans lequel le baron soigne ces pauvres en guenilles lui sert également de réserve afin d'alimenter ses expériences, le transfert du cerveau de Karl dans un nouveau corps n'a pas seulement pour but de l'aider mais surtout de servir de preuve de la réussite de ces théories en exhibant la créature comme une bête curieuse. Ce sinistre baron que l'on imaginerait volontiers médecin dans un camp de la mort n'en demeure pas moins un personnage captivant et presque sympathique dans son opposition contre les objections offusqués d'une bourgeoisie hypocrite prônant un immobilisme stérile. Cushing, toujours aussi génial, joue a plein régime le registre de la séduction (du spectateur) et du cynisme devant les tenants de l'ordre moral, leurs tenant tête a coup de remarques laconiques au cynisme brillant. La nature subversive de Frankenstein est mis en avant grâce au personnage du docteur Kleve, jeune praticien qui trouvera en Victor celui qui l'a toujours attendu, le détenteur d'un savoir interdit qui lui fera franchir les barrières d'un conformisme que le jeune homme rejettera en devenant immédiatement son assistant. Frankenstein est bien un héros, mais un héros situé de l'autre coté du miroir. Un homme plongé dans les ténèbres afin d'y trouvé la flamme primordial qui lui permettrait de vaincre la mort et peut être de devenir un dieu.

A l'opposé se trouve Karl, la pathétique créature victime des ambitions de Frankenstein. A l'inverse de la série produite par la Universal celle-ci ne survit jamais au film et se voit remplacé a chaque nouvel épisode par une autre, ici interprété par Michael Gwynn dont l'émouvante interprétation donne toute sa profondeur a cette créature au destin tragique. Le rêve de Karl de devenir autre chose qu'un bossu difforme est souligné par quelques idées visuels (les reflets de miroirs) d'un Terence Fisher ici en état de grâce, ne faisant qu'accentuer le désespoir d'un homme voyant son souhait le plus chère s'écrouler après en avoir entraperçut, le temps de quelques instants, la réalisation. Soutenue par le même staff technique que le précédent épisode La Revanche de Frankenstein est une suite de tableaux a l'esthétique flamboyante ou la retenue de Fisher touche au génie et en fait un sommet d'épure dans le sens ou, tout comme Frankenstein s’est échappé, celui-ci ne va qu'a l'essentiel tout en étant d'une grande imagination dans le choix de ces cadres et de ces mouvements d'appareils. Fisher était déjà un excellent technicien doublé d'un grand conteur, il devient ici (sans oublier son chef d'œuvre Le Cauchemar de Dracula sortie la même année) un esthète raffiné, un formaliste de génie. Une mise en scène qui illustre parfaitement un scénario blindé d'humour noir et idées morbides dont la meilleurs reste le final qui verra Frankenstein devenir sa propre créature puis investir la bourgeoisie qui l'a tant méprisé. Le baron, qui dans les autres films de la série est un éternel perdant constamment en train refaire indéfiniment la même expérience, sort grand vainqueur de son combat contre le monde, l'humanité. Cette fin fait de Frankenstein s’est échappé et La Revanche de Frankenstein une sorte de diptyque un peu a part dans cette série dans la mesure ou la boucle est bouclé, que les enjeux entamés par le premier épisode trouvent ici leurs aboutissements. Ce film génial de bout en bout est une perle que tout amateur de films fantastique se doit d'avoir vu et revu.



Frankenstein créa la femme (Frankenstein Created Woman. Angleterre/1966).

Hans est, avec le docteur Hertz, l'assistant de Frankenstein qui vient de réussir une expérience. Afin de fêter l'événement Frankenstein l'envoie chercher du champagne a l'auberge du coin, tenue par le père de Christina. Trois jeune bourgeois ivre débarque et insistent pour ce faire servir par Christina, la petite amie malformé d'Hans. Elle accepte et se fait immédiatement humiliée. Hans réagit en rossant les trois hommes. La nuit venue, ils reviennent dans la taverne et commence a vider le bar. Le père débarque et se fait assassiner. Hans, victime d'une injuste réputation, est arrêté pour meurtre et finira sur l'échafaud. Christina se suicide après avoir assisté a l'exécution. Frankenstein y voie l'aubaine de concrétisé une nouvelle théorie sur le transfert de l'âme. Il récupère les deux cadavres, opère celui de Christina afin de faire disparaître les stigmates de la malformation et transfert l'âme d'Hans dans son corps. Ressuscité la jeune femme parait dans un premier temps normal, jusqu'à ce que l'un des trois assassins soit retrouvé décapité.

Il faudra donc huit ans pour que Terence Fisher retrouve Frankenstein dans une œuvre très différente des films précédents. Frankenstein créa la femme n'est pas une suite directe des épisodes précédents et n'aura pas d'incidences les suivants, qui sont de toute façon eux aussi des oeuvres indépendantes du dyptique originel. Frankenstein continue ces expériences en secret tout en étant publiquement connue. Sa première apparition suffit a marquer la différence vis-à-vis des autres épisodes puisque c'est lui qui est ressuscité et les scènes d'opérations se verront réduites a leurs plus simple expressions, laissant le coté chirurgical de coté au profit d'éléments plus propre a de la pure science fiction. A première vu Frankenstein parait être une pièce rapporté dans une histoire de possession et de vengeance assez classique. De l'aveu même de Fisher "le thème de la vengeance est primordial, celui de la création secondaire, mon attitude a évolué. Je m'intéresse moins aux détails qu'à la signification de l'ensemble". La première partie est donc centrée sur le parcourt d'Hans et Christina dans une démarche assez singulière et extrêmement rare, celle de décrire les futurs "composants" de la créature, ici matérialisé par les formes avantageuses de Susan Denberg (franchement sa change tout de même des bouts de barbaques mal cousus). Le résultat est sans doute la créature la plus touchante de la série, une femme enfin libéré d'un corps difforme mais hanté par l'âme de son amour lui réclamant vengeance. Là aussi la communication des deux parties se fait au travers du reflet dans un miroir mais sur lequel est planté la tête d'Hans, devant une Christina agenouillée et totalement possédée par les instincts meurtriers de son "hôte".

Frankenstein créa la femme est un film a part dans la série pour son caractère réellement dramatique, émouvant. Même Frankenstein, pourtant toujours prit par la porté de ces expériences, semble plus humain, presque sympathique quoique toujours aussi déterminé dans l'accomplissement de son travail visionnaire. Il est ici affublé d'un assistant, un médecin tâtant souvent du goulot et amateur de bonne chaire, interprété par Thorley Walters qui donne toute sa truculence et sa générosité a ce personnage très humain dont la personnalité légère tempère celle de l'ombrageux Frankenstein. Ce n'est tout de même pas un film comique mais le contraste entre des deux réserve quelques instants assez savoureux. La donne change quand Christina/Hans entament leurs campagne vengeresse en traquant et tuant les trois assassins. Fisher installe une ambiance inquiétante, voir par certains instants assez glauque (la scène du miroir). La chasse et les meurtres des jeunes hommes, en plus d'être finalisés par des meurtres brutaux assez gore, a quelques chose de perturbant dans le fait qu'ils sont perpétrés par cette femme superbe (qui ne rendra certainement pas insensibles les spectateurs masculins) habitée par la personnalité d'un homme. Évidement tout ça se termine mal et Frankenstein retournera a son laboratoire pour y accomplir d'autres expériences. Même si Arthur Grant ne remplace pas Jack Asher a la photographie, Frankenstein créa la femme reste une œuvre esthétiquement très classe. Les décors sont toujours aussi beaux, même si pas aussi flamboyants que les deux premiers opus mais c'est comme d'hab Fisher qui fait la différence. Rien que la scène de début, qui voit Hans assister a la décapitation de son père, est un pur morceau d'anthologie dans le choix des cadres et la qualité du montage. Le cinéaste dose savamment la tension dramatique, prend son temps afin de poser les différents personnages, les enjeux pour tout faire exploser dans une dernière demi heure d'une classe folle, mêlant le drame, l'étrange et l'horreur avec la dexterité des grands. Là aussi un film exemplaire a voir absolument.

Le Retour de Frankenstein
(Frankenstein must be destroyed. Angleterre/1969).



Frankenstein poursuit toujours ces expériences dans la clandestinité quand son repaire est découvert par la police. Il se réfugie dans la pension d'Anna Spengler, une jeune femme qui a pour petit ami le Dr Karl Holst. Frankenstein découvre par hasard que Holst se sert de son statut pour arrondir ces fins de mois en faisant du trafique d'héroïne. Le baron tient le jeune couple et va désormais commander leurs vie. Frankenstein échafaude le plan d'enlever Frederik Brandt, un chercheur devenu fou avec qui Frankenstein échangeait une correspondance et qui avait réussi une expérience capital que Frankenstein avait échoué. Ce dernier veut le secret de Brandt et se sert de Holst pour l'enlever et de la pension d'Anna pour y effectuer les opérations nécessaires. Brandt étant mourrant, Frankenstein transfert son cerveau dans le corps du directeur de l'asile et le soigne. Celui-ci se réveille horrifié d'être devenu une des expériences de Frankenstein et ne pense qu'a une chose, se venger.

Si Frankenstein avait dans les opus précédents montré des sentiments qui pouvaient encore le rattacher au reste de l'humanité, il devient ici une ordure intégrale cachant derrière son apparence distingué un homme calculateur, froid, impitoyable. Peter Cushing, 56 ans à l'époque, donne une énergie hors norme a son interprétation du baron et le rend d'autant plus effrayant dans sa détermination a réussir ces objectifs. Le Retour de Frankenstein est le film le plus nerveux et le plus cynique du cycle. Frankenstein ne se préoccupe plus des moyens mais bien du résultat. Meurtre, chantage, kidnapping ou viol, le baron ne connaît plus de limite et se régal de la domination qu'il exerce sur le jeune couple. La scène ou Karl tue involontairement un veilleur et réalise qu'il vient tout juste de se condamner a obéir aveuglement à Frankenstein, qui observe la scène en exposant un sourire glacial étalant ainsi toute la joie sadique de l'emprise supplémentaire que vient de lui offrir le jeune homme, est particulièrement révélatrice de l'ignominie profonde du personnage, tout comme celle du viol ou Frankenstein coince la jolie Anna, vêtue d'une très légère robe de chambre. Cynique, il fera croire à la femme de Brandt que son mari va bien, il va jusqu'à lui montrer son corps dont la tête est bandé. Les deux vont communiquer par signes alors qu'ils ignorent tout deux que Brandt est déjà devenu une expérience de Frankenstein. Comme unique constante de ces rapports avec la communauté humaine, sa détestation de la petite bourgeoisie qu'il n'hésite jamais a fustiger dans son conformisme et son "étroitesse" d'esprit. Il est donc assez difficile pour le spectateur de trouver un referant dans cette avalanche de péripéties sinistres et amorales d'autant que les autres protagonistes, mis a part la créature, n'encouragent pas la compassion. Anna et Karl sont quasiment des victimes consentantes et l'inspecteur "traquant" Frankenstein n'est qu'un gros bouffon hautain et incompétent auquel Thorley Walters apporte toute sa dimension comique. Le Retour de Frankenstein marque un retour vers La Revanche de Frankenstein dans l'aspect pathétique de sa créature. Là encore il faut saluer la performance de Freddie Jones. Une performance nuancée qui illustre parfaitement le désarroi d'un type se retrouvant dans le corps d'un autre, rejeté par une épouse qui ne le reconnaît pas et n'ayant pour seul avenir que la vengeance et la mort. Le Retour de Frankenstein se distingue également dans la forme et le ton. On n'est plus ici dans les grands élans esthétiques des premiers épisodes d'ou brûlaient la flamme d'un gothique au couleurs étincelantes, quasi expressionnistes. Si la photo claque toujours autant, elle se fait plus sobre, a l'image des décors qui ont abandonnés (a l'exception du repaire présenté pendant l'introduction) les éprouvettes multicolores et les bacs de résurrections. L'asile, la pension et sa cave ainsi que la demeure abandonnée qui sert de repaire a Frankenstein sont, malgré leurs apparentes simplicités, une nouvelle foi une réussite des artisans de la Hammer.

Fisher reprochait a Hitchcock d'être un brillant technicien mais dénué de cœur. Dire que l'ombre d'Hitchcock plane le métrage de Fisher serait exagéré mais Le Retour de Frankenstein contient quelques scènes de pur suspense qui renvoie directement a l'œuvre du mammouth anglais. Les premiers plans de l'excellente scène d'introduction rappels immédiatement la scène d'ouverture de L'inconnu du Nord Express, les tourtereaux trafiquants et meurtriers victimes d'un maître chanteur ainsi que la scène du cadavre dans le jardin (Fenêtre sur court ?) portent bien l'empreinte d'influences parfaitement digérés du maître du suspense, ce qui est au final assez logique si l'on compare Le Retour de Frankenstein et la citation de Fisher sur Hitchcock cité plus haut. On pourrait a la rigueur ergoter sur quelques points du scénario qui ne portent pas vraiment atteinte au film. Toutes les scènes incluant le flic et ces sbires lancés au trousse de Frankenstein n'ont strictement aucun impact sur le reste ( il me semble, mais sans en être sûr, que ce personnage fut inclut a la demande des producteurs afin d'alléger un scénario trop sombre et d'apporter un personnage "positif" a l'histoire. Son traitement apporte un éclaircissement sur ce que devait en penser Fisher qui de toute façon n'avait pas vraiment l'air de porter les forces de la maréchaussée local dans son coeur) tout comme le viol d'Anna qui fut une "demande" de James Carreras, contre l'avis de Fisher, qui trouvait que le film manquait singulièrement de sexe. Fisher et Cushing firent leurs excuses à la belle Veronica Carlson, et s'arrangèrent pour faire en sorte que cette scène n'ait aucune incidence sur la suite. Ironiquement cette scène fut enlevé des copies anglaises, les belles intentions de Fisher et Cushing n'eurent finalement pour effet que d'amplifier encore un peu plus l'inhumanité de Frankenstein. Malgré ces petits défauts, le scénario enquilles les péripéties à la vitesse de la lumière pour ce finir sur une fin grandiose. Frankenstein rejoint Brandt dans son ancienne demeure pour lui extorquer le secret dont il a besoin. Brandt le prend au piège en balançant des lampes a huile de tel sorte de lui couper le chemin de la sortie. Frankenstein s'échappe mais Brandt réussi a le rattraper et l'entraîne avec lui dans la maison en flamme. Je ne vais pas une nouvelle fois me lancer sur une grosse dithyrambe Fisherienne mais ce n'est sans doute pas par hasard s'il déclarait qu'avec Le Cauchemar de Dracula, Le Retour de Frankenstein était son film préféré. Si l'intro est excellente et le final magnifique, LA scène obligatoire est bien sur celle de l'opération dont la réalisation et le montage ne vont que dans le sens d'une épure magnifié par des cadrages tout simplement mortels de maîtrise. Tout comme ces scènes entières de dialogues ou Fisher réussi a éviter le classique "champs contre champs" ou au moins a l'utiliser a bon escient. Le Retour de Frankenstein en plus d'être une réussite artistique, souvent cité comme étant le meilleurs film de la série, a le triste honneur de clore l'age d'or de la Hammer (commencé en 57 par ...Frankenstein s’est échappé) qui en cette fin des 60's entame, malgré quelques œuvres intéressantes, la longue route qui l'a conduira quelques années plus tard à la décrépitude.

 

Frankenstein et le Monstre de l'Enfer (Frankenstein and the Monster from Hell. Angleterre/1974).

Après avoir été dénoncé par le profanateur de tombes qui l'approvisionnait en "fournitures" Simon, un jeune émule du mythique baron, est condamné pour folie et interné dans l'asile psychiatrique qui accueillit Frankenstein avant son décès. Mais Simon découvre rapidement que le médecin chef de l'établissement, et son vrai directeur, n'est autre que le sinistre baron qui s'est emparé de l'endroit en simulant son décès grâce au chantage exercé sur le directeur pour ces penchants douteux concernant ces plus jeunes patientes. Simon devient son assistant et participe a l'élaboration d'une nouvelle créature composé avec le corps monstrueusement difforme d'un malade mental et le cerveau d'un violoniste.

C'est après cinq années d'absence et de graves problèmes de santé que Terence Fisher revient sur les plateaux pour l'ultime opus consacré au personnage crée par Mary Shelley produit par la Hammer, qui sera également son dernier film. En 1974 la Hammer est a l'agonie. La compagnie anglaise n'a pas réussit a négocier le virage pris par le genre au début des 70's. Le publique, lassé du flot de productions montrant des châteaux poussiéreux, des vampires encapés et de l'érotisme prude, c'est tourné vers des œuvres plus violentes, plus contemporaines, plus en phase avec ces attentes. Des films tel que La Nuit des Morts Vivants, Rosemary's Baby, L'Exorciste ou La Malédiction ont rendu obsolète la tradition gothique qui vit alors ces derniers jours. Si Frankenstein et le Monstre de l'Enfer est très loin d'atteindre les sommets de médiocrité des derniers épisodes de l'autre grande franchise de la compagnie (Dracula 73 et Dracula vit toujours alors a Londres et leurs hilarantes tentatives de faire passer une vision ultra condescendante de la jeunesse pour du modernisme) on ne peut pas non plus dire que le budget alloué au film aide Fisher a illustrer un scénario assez pauvre (qui reprend dans les grandes lignes celui du sordide et très bis Le Sang du Vampire d'Henry Cass) malgré quelques idées prometteuses. Dépassé la mise en place de l'intrigue, le scénariste ne semble plus savoir quoi faire de ces personnages qui tournent donc autour des automatismes de la série. Frankenstein crée un monstre pathétique qui a conscience de ce qu'il est, qui n'est pas insensible aux charmes d'une jeune muette protégé par le baron et qui sera ensuite détruit par les malades sous les yeux insensible de Frankenstein qui invitera Simon, sans doute une tentative de trouver un successeur au baron dans d'hypothétiques suites, a une autre expérience. Frankenstein et le Monstre de l'Enfer est un film qui regarde le passé de la série dans les multiples références qu'il présente. C'est un huit clos ( ...s'est échappé), Frankenstein se sert des malades comme d'une réserve (La Revanche…), la créature fait référence a celles de La Revanche et Le Retour, sa fin rappel celle de son créateur (toujours La Revanche) qui est la prolongation de l'épisode précédent. Bref ça tourne en rond et la série semble de toutes façons bouclé. Frankenstein a force de transgression contre l'ordre bourgeois s'est logiquement enfermé dans le seul lieu dans lequel sa condition d'éternel paria pouvait lui permettre de continuer ces expériences, un asile psychiatrique. C'est d'ailleurs assez dommage que la folie probable du personnage et les obsessions qui le font continuer ne soit pas exploités d'autant que le lieu était idéal pour cela. Peter Cushing a beau être moins présent a l'écran, l'acteur semble toujours aussi investit par son rôle et d'autant plus impressionnant que le physique quasi cadavérique de l'acteur renforce encore davantage la cruauté suintante du baron. Les brillants artisans responsables de la réussite plastique des films précédents ne sont plus là. Pas que le Monstre de l'Enfer soit une catastrophe mais il n'est tout simplement pas a la hauteur de ces prédécesseurs, ces décors et sa photo sont sans profondeurs et même assez plats a l'inverse du maquillage qui fait de la créature un croisement entre un Totoro, chewbacca et un pitbull, empêchant David Prowse de donner au monstre assez d'humanité nécessaire pour provoquer l'empathie. L'opération qui précède sa résurrection est d'ailleurs assez moyenne et incrusté d'effet gores inutiles qui ne servent que de caches misère. Fisher lui assure toujours, la réal est soigné et très efficace mais le rythme ne suit pas et on se lasse un peu des clichés lié a l'Europe central ("Euh Fritz passe moi un Schnaps"). Bref un épisode mineur qui clôt une série jusque là exceptionnel mais qui reste, malgré tout ces défauts, honnête et tout a fait regardable. Fisher ne remettra jamais plus les pied sur un plateau de tournage et la Hammer fermera définitivement ces portes en 1979 après The Lady Vanishes. Cela n'a pas empêché toute un génération d'être marqué par les célèbres films de la compagnie et ceux de Fisher en particulier. Les réalisateurs issue de cette génération n'auront cesse de rendre hommages a la célèbre firme a travers tout un paquet de d'œuvre qui ce sont elles aussi gravés dans l'histoire du cinéma. Peter Cushing et Dave Prowse se retrouveront dans une petite série B de sci-fi (lecteur sera tu la retrouver ?), Cushing fera une apparition dans l'hilarant Top Secret au cotés de Michael Gough qui sera plus tard employé par Burton dans ces deux Batman. Christopher Lee sera a son tour employé par Spielberg (1942), Joe Dante (Gremlins 2), Tim Burton (Sleepy Hollow), Georges Lucas (la nouvelle trilogie) et Peter Jackson (le Seigneur des Anneaux). Depuis des années la résurrection de La Hammer, annoncée a plusieurs reprise, n'a jamais abouti. Si le rachat récent de la société par Endemol (What's the fuck ???) va peut être aboutir a quelques chose, son héritage est lui toujours aussi vivant et moderne (en plus d'être en général facilement dispo en dvd).

 

PS: Les sites sur la Hammer sont pléthores mais je vous en conseillerai un en particulier The Hammer collection d'ou est issu une part des illustrations de cet article et qui possède une base de donnée extrêmement conséquente.

 

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Le Cuirassé Potemkine  (Guerre) posté le lundi 01 septembre 2008 00:36


 

Honnêtement je n'avais pas prévu de parler du Cuirassé Potemkine. L'idée de parler d'un film aussi célèbre, reconnu comme un sommet et dont le nom est profondément gravé dans le conscient cinéphilique (qu'il est été vu ou non) ne me serait même pas venu a l'esprit si, au hasard d'une journée de boulot et de zapping radio, je n'était pas tombé sur la "chronique" de l'édition Mk2 sortie il y a peu dans l'émission animée par cette tête de bite hystérique de Laurent R…... . Après ces quelques minutes d'incompétence crasse et d'inculture patenté "a ouais tout de même" me suis-je dis dans un monologue intérieur dont la profondeur ne vous aura pas échappé, hallucinant de constater une telle ignorance et un tel mépris de la part de gens "censés" être cultivés. C'est par réaction envers ces quelques minutes de pure connerie que je me suis finalement décidé d'écrire ce modeste article sur un film que j'adore (vous m'excuserez de passer sur certaines choses mais je n'ai hélas pas les connaissance pour écrire un article "complet")

Bronenosets Potyomkin

De Serguei Eisenstein. URSS/1925.

 

                             

1905. Le mécontentement gronde sur le cuirassé Potemkine. En plus de supporter une discipline de fer et un inconfort de chaque instant, les marins découvrent que leurs nourriture est avariée, infectée par des vers. Le médecin du bord décide, sous l'œil dédaigneux du commandant et devant les marins, que cette viande est bonne a être consommé. Les marins refusant de la manger, le commandant et ces officier décide de fusiller quelques marins pour l'exemple. La mutinerie éclate. L'équipage tue les officiers mais Vakoulintchouk, le matelot ayant déclenché la révolte est tué. Le Potemkine se dirige vers Odessa pour y faire le plein de nourriture, de carburant et surtout pour y célébrer les funérailles de Vakoulintchouk. Son corps sans vie est déposé sous une modeste tente devant laquelle va défiler, au fur et a mesure de la journée, une bonne partie de la ville. Odessa et les insurgés vont faire cause commune contre les tyrans qui oppressent le peuple mais c'est a ce moment que les forces de répréhensions arrivent et font un massacre dans la population. En représailles les marins pilonnent le quartier général et apprennent par la suite qu'une flotte de bâtiments se dirigent vers eux et le Potemkine. Faisant face, les mutins se précipite au devant du danger et appelle leurs camarades a faire cause commune. Le Potemkine traversera la flotte sans encombre et partira, libre.

Tout d'abord, débarrassez vous des a priori liés aux films muets en général et a l'œuvre d'Eisenstein en particulier. Si la pléthore d'analyses mettant en avant le rôle essentiel d'Eisenstein dans l'évolution du langage cinématographique ont eu pour effet de mettre, a raison, le cinéaste russe au panthéon des grands génie du septième art, elles ont aussi permit l'apparition d'un phénomène quelque peu pervers. Celui d'ensevelir le tout sous une énorme chape de plomb poussiéreuse généralement désigné par le terme ronflant de "classique" et par le statut d'œuvre intouchable, reléguant le Potemkine au rang d'œuvre historique avec pour effet, aujourd'hui, d'induire que "ben ça doit être vachement chiant a voir ce truc" et faisant du film d'Eisenstein rien de plus qu'un incontournable pour étudiant en ciné ou autre universitaire, l'artefact d'une époque révolu, en bref pas grand-chose. Et ben non, Le Cuirassé Potemkine ce n'est pas chiant, ni vieillot ou ringard et ça met juste a l'amende les 8/10eme de la production actuel. C'est en février 1924 que sort La Grève, le premier long métrage d'Eisenstein, qui est aussitôt salué comme une avancé signifiante du cinéma soviétique. Eisenstein est contacté par le comité délégué par le parti charger d'organisé les célébrations du vingtième anniversaire de la révolution de 1905 pour tourner une série de film sur le sujet. Mais par faute de temps et d'argent le choix est porté sur l'Odyssée des marins du Potemkine, jugée comme étant le fait le plus emblématique des évènements. Le film sort en Janvier 1926 en URSS dans une quasi indifférence alors que son avant première au théâtre du Bolchoï en Décembre 1925 fut un beau succès. Un débat a lieu afin de déterminer si oui ou non le Potemkine doit être montré a l'étranger (les autorités de l'époque ne croyaient pas qu'un film de propagande puisse rencontrer un quelconque intérêt a l'étranger et l'origine juive d'Eisenstein n'arrangeât pas vraiment les choses avec le directeur de la société charger de le distribuer), mais avec l'aide de quelques personnes bien placé le film est distribué hors d'URSS. En Allemagne ou il connaît un énorme succès publique et critique, mais également en France et en Angleterre ou son interdiction de diffusion ne l'empêche d'être montré pendant des projections privées ou il rencontre l'enthousiasme. Ces retours dithyrambique vont semble t'il provoquer un intérêt tardif de la critique russe qui va enfin se pencher sur ce film. Le reste fait partit de l'histoire.

 

 

Le film ayant 83 ans au compteur il serait idiot de dire que Le Cuirassé Potemkine n'as pas vieillit. Certains passages pourront faire sourire pour leurs contenu lourdement signifiant : les officiers sont des caricatures d'ordures suintantes de mépris, le pope, affublé d'une tronche hirsute de vieux félon tout droit sortie d'un Shaw Brother, qui tente de convaincre les mutins de rentrer dans l'ordre apparaît dans un plan qui semble tout droit sortie du Nosferatu de Murnau ou tout simplement les intertitres inutiles qui pollues la fluidité du métrage en explicitant un propos évident. Mais ça passe parce que l'intérêt du Potemkine, et de toute l'œuvre d'Eisenstein, n'a jamais été dans le talent d'illustrateur de propos révolutionnaires et édifiants mais dans la puissance et le lyrisme que fait passer sa vision enthousiaste de la technique et dans idéal humaniste du jeune homme, dépassant le dogmatisme qui a pourtant présidé a l'élaboration de quasiment toute son œuvre. Ce n'est pas par hasard ou sympathie politique que le Potemkine a cartonné a l'étranger mais parce que l'histoire raconté est celle, éternel, de la lutte des opprimés contre leurs oppresseurs, du bien contre le mal, de l'homme contre le monstre. Et qu'elle soit truffé de symboles politique n'a stictement aucune importance sur la puissance de la resonnance que peut provoquer ce type de récit dans n'importe quelle partie du monde. Le Cuirassé Potemkine est, aujourd'hui, toujours aussi scotchant grâce a la parfaite alchimie de ces composants: la formidable rythmique du montage, la superbe photo contrasté presque réaliste et pourtant cinématographique (1), dans l'élaboration obsessionnel de cadrages hallucinants, résultat d'un découpage de l'espace vraiment renversant d'intelligence. C'est au travers de la caméra et du montage que les enjeux nous sont racontés et non par les intertitres ou le jeu des acteurs, d'autant qu'aucun individu ne sort ici de la masse, pas de héros classique mais deux regroupements de personnes (les insurgés et les tsaristes) vu comme deux entités idéologiquement distincts. On est dans le film de masse, une des nombreuses théorie d'Eisenstein, dans lequel la masse est le centre de l'histoire, son "héros". L'incarnation la plus célèbre de cette théorie est bien sur la célèbre scène de l'escalier d'Odessa.

Cette fameuse scène est tout d'abord précédé d'une autre qui lui servira d'introduction. Une barge du Potemkine arrive a Odessa et dépose sur les quais le cadavre de Vakoulintchouk. La scène, une description quasi poétique de l'activité d'un début de matinée dans le port, dégage un parfum de quiétude, de tranquillité qui persistera jusqu'au soulèvement de la populace. Le calme avant la tempête. Conscient que la masse n'engendre pas vraiment d'elle-même l'empathie, Eisenstein prend tout d'abord soin, grâce a quelques visage immédiatement sympathique et identifiable, de lui donner une personnalité. Ces visages réapparaîtront ensuite aux moments clés pendant lesquels les cosaques feront un massacre. Le paroxysme de la tension dramatique provoqué par ce procédé sera la descente du landau sur les marches de l'escalier sous les tires des cosaques et les yeux terrifiés des gens d'Odessa qui ont pris le parti des insurgés. Même si aujourd'hui la violence de cette scène paraîtra toute relative face aux nombreuses couches superposées de cadavres et des douilles de La Horde Sauvage ou des Portes du Paradis je trouve qu'elle garde intact sa force brut, sa violence, sa tension dramatique et son aspect pathétique (2). La suite montre la réponse des marins qui vont anéantir le Q.G. des forces tsaristes puis aller au devant de la flotte envoyé a leur poursuite. Le Cuirassé Potemkine reste aujourd'hui le film le plus célèbre de son auteur mais, a mon humble avis, pas son meilleur. Ces films ultérieur démontreront que son deuxième film n'était pas un aboutissement mais un commencement, un prélude a une série de grands films (Octobre, Que Viva Mexico, Alexandre Nevski et surtout le titanesque Ivan le Terrible) souvent enfanté dans la douleur et une révolution, celle d'un media: le cinéma.

 

 

(1) photo d'Edward Tisse, chef opérateur de génie et collaborateur d'Eisenstein sur tout ces films. Il est presque autant responsable de la splendeur visuel des films d'Eisenstein que le metteur en scène russe.

(2) ce n'est pas pour rien que De Palma et Terry Gillian ont rendu un hommage appuyé a cette scène dans Les Incorruptibles et Brazil.

Liens utiles:

Biographies d'Eisenstein ici et ici

Et quelques analyses intéressantes la, la et la.

Et enfin le plus important vous pouvez voir le film (en toute légalité) ici. La copie et la version sont un peu chanmé mais ça donne une idée assez précise du film !

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The Dark Knight  (Action) posté le jeudi 21 août 2008 15:18

De Christopher Nolan. USA/2008.

                    

Ok je vais la faire court, je n'attendais rien de spécial du nouveau Batman. Le reload de la franchise m'ayant assez motivé a l'époque avant qu'un re-visionnage tardif ne vienne modifier mon opinion et revoir l'opus de Nolan fortement a la baisse, j'était donc plus que patient devant la perspective d'une suite faite par les mêmes auteurs d'autant que le monstrueux succès de The Dark Night me rappelait celui du premier Batman de Burton et de l'amère déception qui avait suivit. J'y suis donc allé en traînant des pieds et j'ai halluciné. J'attendais un peu tout de même un minimum d'un film de 2h20 affichants de tels ambitions, un nombre conséquent de personnages, d'enjeux dramatiques donc de quelques chose de vraiment dense et j'ai halluciné (oui je sais je me répète). C'est assez incroyable de constater que Nolan, au lieu de corriger les erreurs du premier opus les a reproduites voir amplifiés. En s'imaginant sans doute que la construction d'un personnage et l'identification du spectateur a celui-ci ne peut se passer de conversations, Nolan nous gratifie d'un nombre incalculable de tunnels de dialogues tous plus lourdingues les uns que les autres, essentiellement composés de discours pompeux parfois assez déments autant dans les prétentions qu'ils affichent que dans leurs total inutilité, le tout embelli d'une philosophie de comptoir désarmante de naïveté dans le ridicule qu'elle affiche ("après les ténèbres de la nuit vient la lumière du jour" nan mais pitié quoi !) et de sous intrigues dont on se fout totalement.

Le tout passerais sans doute si Nolan n'était pas un réals aussi surestimé. Que les dialogue soit pour la plupart totalement golmons ne poseraient pas de problèmes en soit s'il étaient relevés d'une réal a la hauteur du truc, d'un gars qui sache poser des enjeux dramatiques en trois plans et un montage idoine, le problèmes c'est que non. Tout y est désespérément inutile. La direction d'acteur est a l'aune de cette partie verbeuse (qui dure près d'une heure quarante ) puisque tous y sont plats, inexistants. Et là je vais me faire pleins de copains puisque cela engage également Heath Ledger qui livre, dans cette partie, ce qui est certainement la pire interprétation de sa carrière. Tout aussi grave Bale semble inexistant Caine, Oldman et Freeman sont enfermés dans des rôles de troisièmes couteaux (ou comment j'suis une grosse loose de scénariste qui n'arrive pas a donner un rôle potable ayant un semblant de consistance a des acteurs au talents hors norme) et on se fout complètement de Maggie Gyllenhaal et d'Aaron Eckhart. L'aspect réaliste, voir naturaliste entamé sur Batman Begins et développé sur The Dark Knight a une sale tendance a révéler ce que les personnages sont en réalité, des bonhommes en costumes (le Joker est une sorte de mélange entre un travelo en fin de partie et un toxico). Nolan, sans doute très intelligent et cultivé et tout ça, se croit obliger d'éloigner Batman de ces éléments principaux: l'obscurité, les ténèbres. Ces éléments qui font intégralement partie du perso, le définisse et font du justicier de Gotham un être quasi mythologiques, un sombre demi dieux vengeur se nourrissant de la peur qu'il inspire (Batman de jour, Batman diurne, Batman en boite de nuit, ouais génial !). Dans le même style un sort identique est reservé a la ville de Gotham qui est elle superbement ignorée, on a superposé au design foutraque du premier une ville ressemblant trait pour trait a New York. Bravo ! Nolan se croit également obligé de répéter ad nauseam les mêmes motifs visuels. En gros on a droit une dizaines de fois a des plans aériens de la silhouette de Batounet trônant au dessus des grattes ciels ou au Joker qui joue au gros méchants sur des mouvements de caméra centrifuge que n'aurait pas renier Lelouch (mais ou est Nicolle Croizille bon sang !). Et sans parler du coté "puissamment" réflexif sur l'Amérique post 11 Septembre qui ne semble être là que pour donner un fond a un vide qui n'en a pas et du statut de super héros qui n'est qu'a peine ébauché. Bref c'est une vrai cata, une incroyable déroute a laquelle j'ai assisté.

Maintenant ceci posé, The Dark Knight a évidemment des qualités. Au bout d'1h40 il se passe quelque chose, ENFIN le film de Nolan prend un peu d'ampleur. Le Joker devient enfin ce monstre psychotique, imprévisible et malsain promit (Ledger est juste monstrueux), un parasite, un virus dont le seul but semble être le plaisir de la destruction et de savourer la peur qu'elle engendre. Heckhart, d'habitude si fade, serait presque aussi effrayant que le Joker si une dimension pathétique ne venait pas se superposer au statut de super vilain de Double Face. Batman révèle sa vrai part d'ombre en torturant (mais pas trop quand même) un Joker sans défense et les multiples épreuves préparé par le cinglé au sourire si caractéristique réserve quelques sueurs froides qui m'ont quelques peu venger du lamentable spectacle décrit ci-dessus, pour faire court les personnages se définissent dans et par l'action et pas dans une ignoble
Logorrhée. Le montage se resserre et coté Mannien revendiqué par Nolan ressort enfin positivement mais sans plus, disons que ça donne un petit plus qui ne fait cheveux dans la soupe. Mais c'est trop tard, le mal est fait. Même si ces dernières quarante dernières minutes valent effectivement le coup, elles laissent également un gout amère, celui du putain de film que The Dark Knight aurait du être si Nolan avait était moins prétencieux. Bref la prochaine fois si on pouvait remplacer Nolan par quelqu'un d'autre (David Twohy par exemple mais là faut pas rêver non plus) ou si Nolan pouvait juste arrêter de pêter plus haut que son cul, faire preuve d'humilité et se mettre a son niveau. Celui d'un honnête réalisateur quand même capable de faire des bons films, tout simplement.

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Le Batman d'Orson Welles  (News & trailers) posté le jeudi 21 août 2008 11:25

 

Heurm... Bon c'est vrai que l'intituler est plutôt mensonger, voir assez racoleur puisque jusqu'au jour d'aujourd'hui rien ni personne n'as pu étayer cette vieille rumeur lancé en 2003 par Mark Millar sur le net. Ça n'a par contre pas empêché certains de faire un peu de bidouille en s'amusant a concrétiser une partie de ce rêve hautement fantasmatique avec ces faux trailers assemblés avec des bouts de La Dame de Shanghai, La Splendeur des Amberson, The Stranger, Little Cesar, Asphalt Jungle, l'Homme qui rit (entre autres) et les sérials de l'époque. Le cast est donc assez monstrueux puisqu'en dehors de Welles dans le rôle de Bruce Wayne ont retrouve en vrac Marlène Dietrich (Cat Woman), Edward G. Robinson (le Pingouin), Joseph Cotten (Gordon) ou Conrad Veidt (le Joker). La suite du trailer se trouve ici et un autre . Enjoy !

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Régénération  (Gangster) posté le samedi 09 août 2008 01:44

De Raoul Walsh. USA/1915.

                         

 

Owen est enfant quand sa mère décède. Adopté par une famille de voisins, le jeune homme se sauve et apprend les dures lois de l'existence des quartiers pauvres. Devenu chef de gang, Owen verra sa vie changé avec la rencontre d'une jeune institutrice.

Régénération est un film important a plus d'un titre. Débauché de la Biograph* par William Fox, Walsh se retrouve a la tête d'un projet ou, pour la première fois, il jouit d'une total liberté. Walsh remanie un scénario bâtit autour d'une situation convenu afin de lui donner plus de dureté et tourne sur les lieux même de l'action, le quartier du Bowery a New York, que le réalisateur connaît bien puisque cet endroit fut le terrain des jeux de son enfance. Très loin des tournages encadré et professionnel actuel, celui de Régénération est une aventure quasi épique. Pour les besoins de la scène du bateau en flamme Walsh engage deux truands du Hell's Kitchen, un quartier mal famé, dont le rôles est de fournir le plateau en figurantes et figurants. Les femmes, pour la plupart des prostituées, n'étant pas assez nombreuses Walsh décide de travestir une partie des figurants masculin. Il donne également comme instruction aux deux truands de veiller a ce que tout le monde saute du bateau au moment voulu. Les deux lascars prirent leurs rôles très a cœur puisqu'il allèrent jusqu'à balancer le comptable (portant sur lui une sacoche contenant la paie des figurants) a la baille. C'est a cet instant que Walsh remarque le manque de sous vêtements de certaines de ces dames tandis que les fumigènes simulant les flammes de l'incendie alertes les pompiers et les policiers du coin qui coffrent Walsh pour troubles a l'ordre publique et outrages au moeurs. Walsh ne dut son salut qu'a l'intervention de Winfield Sheehan, un ancien journaliste devenu producteur et ami de Walsh. William Fox est excessivement satisfait de la publicité gratuite amené par l'équipé (près de 20 000 personnes ont assistés au "spectacle" qui fit également la une des journaux) mais le seul hic c'est que l'intimité dévoilé de certaines des figurantes a été fixé sur pellicule au moment ou leurs robes bouffantes se soulevèrent pendant la chute dans les eaux de l'Hudson. Walsh dut embaucher en catastrophe un monteur spécialisé dans le sauvetage de films afin de s'éviter les quelques désagréments que lui aurait occasionné une plainte du comité de censure d'un pays passablement conservateur. Le monteur gratte la pellicule afin d'attribuer un sous vêtement fort disgracieux aux figurantes si peu avares de leurs charmes.

Au-delà de l'anecdote truculentes et de son statut de premier "vrai" long métrage de Walsh, Régénération doit son importance d'être également le premier long parlant du milieu de la pègre et des gangsters, faisant suite au Mousquetaires de Pig's Alley de D. W. Griffith premier court métrage d'une dizaine de minutes sur le milieu criminel tourné en 1912. Basé sur l'autobiographie d'Owen Kildare, un ancien criminel illettré détourné des sentiers du crime par une institutrice et devenu journaliste, Régénération n'emploie pas exactement les même chemins que son illustre mentor qui situait son film entre romantisme et réalisme. Walsh empreinte la voie du vérisme, la grande majorité des "acteurs" joue en fait leur propres rôles, et donne a Régénération un cachet quasi documentaire assez troublant de naturalisme. La misère semble transpirer des photogrammes qui décrivent des rues, des bars ou des appartements d’où suinte une pauvreté et une misère qui y sont décrit comme le berceau de la criminalité. Il y a dans ce film une définition de certains traits définissant l'illustration cinéma du gangster. Son caractère presque enfantin, son attitude gouailleuse et sa propension a la mélancolie. Walsh, contrairement a certains de ces successeurs, ne joue pas sur l'aspect romantique ou mystérieux du personnage et de son milieu, ne cherche pas a l'iconiser ou a en faire un héros. Owen est un gentil méchants (ou l'inverse), un personnage entier qui préfigure quand même pas mal les grandes figures picaresques qui vont traverser la carrière du grand cinéaste américain, justement fascinantes pour leurs réalisme, leurs vraisemblance. L'institutrice est elle-même une matrice des personnages féminins qui chez Walsh ont toujours une place importante dans le récit, ici celle de déclencheur de la prise de conscience d'Owen qui va se détourner du crime et emprunter les chemins de la rédemption, avant que son passé ne ressurgisse et provoque le drame. Malgré la courte durée de Régénération il est étonnant d'en constater la complexité narrative car en plus d'être une peinture réaliste des quartiers pauvres de l'époque le récit est également une mini fresque qui décrit le parcourt du jeune gangster. De l'enfance, la première scène découvre Owen regardant le cadavre de sa mère emporté par une ambulance. De l'adolescence pendant laquelle Owen va apprendre la loi des quartiers, la force donne raison a celui qui l'emploie victorieusement, ou il va se faire remarquer pour ces talents de puncheur jusqu'a l'age adulte, a la tête d'un gang. Régénération emploie un nombre conséquent de personnages secondaires ayant tous une consistance et un rôle faisant sens avec le récit et ces enjeux dramatiques ou symboliques. Régénération est également un film vraiment bien gauler, le médium cinéma n'ayant que vingt ans il est assez impressionnant de constater que Walsh, digne élève de Griffith, utilise déjà un langage parfaitement maîtrisé, sobre, énergique et par instant presque lyrique. Le plus souvent en plans fixes la caméra effectue quelques très beaux mouvements d'appareils dénués de toute gratuité, le tout conduit par le sens du rythme typique du cinéma de Walsh.

Après cet première œuvre marquantes, qui fut d'ailleurs longtemps considéré comme perdu et finalement retrouvé à la fin des 70's, Walsh allait changer de genre en s'essayant avec succès a l'aventure ou au western (Le Voleur de Bagdad, La Piste des Géants) avant de revenir au film de gangsters a la fin des 40's avec le sublime Les Fantastiques Années Vingt qui fut en même temps un ultime soubresaut d'un genre qui connu un énorme succès au tout début des 30's (Scarface de Hawks, L'Enemi Publique de William Wellman, Le Petit César de Mervyn LeRoy) et une réflexion mélancolique et réaliste sur un personnage central de l'histoire du cinéma US. Walsh retrouvera le gangster dans l'excellent La Grande Évasion, a la base prévue pour John Houston qui en écrivit le scénario, qui définissait son héros (Humphrey Bogart) comme être dépassé par son époque et donc condamné a un destin tragique un et dans cet énorme coup de boulle qu'est L'Enfer est a lui.

*la compagnie de D. W. Griffith dont Raoul Walsh fut un des assistants, il joue également John Wilkes Booth, l'assassin d'Abraham Lincoln dans Naissance d'une Nation.

- Livres consultés: Un demi siècle a Hollywood de Raoul Walsh, Raoul Walsh ou la saga du continent perdu de Michael Henry Wilson et Le Crime a l'écran: une histoire de l'Amérique de Michel Ciment.

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