Avant de commencer l'écriture de cet article, précisons tout
d'abord que j'ai visionné la chose deux fois, une en VF et l'autre
en VOSTF.

Hellboy 2 est une semi
déception avec d'énormes qualités ! Abandonnant l'univers
lovecraftien du premier épisode, Del Toro déplace les aventures
d'Anung Un Rama dans la cosmogonie des mythes celtiques,
prolongeant ainsi l'univers fantastique (et le bestiaire qui en
découlait) de son précèdent chef d'œuvre Le Labyrinthe de Pan. Hellboy doit donc
empêcher le prince Elfe Nuada de reconstituer la couronne
permettant de ressusciter l'Armée d'Or, une invincible force de
destruction construite en des temps légendaire afin d'anéantir la
race humaine. Mais la grosse pivoine rouge doit également gérer ces
problèmes relationnel avec l'incendiaire Liz et faire face a son
nouveau supérieur, le medium ectoplasmique Johan Krauss pendant
qu'Abe Sapien se découvre des sentiment amoureux devant la
princesse Elfe Nuala, la sœur de Nuada. Si l'univers proposé
est en rupture complète avec celui du précédent opus sa tonalité en
est elle le prolongement directe. Potache et cool Hellboy l'était déjà, Hellboy 2 l'est encore davantage. Del
Toro ne s'est pas vraiment caché de l'admiration qu'il vouait a
Men In Black et clairement
le film de Barry Sonnenfeld est une des références majeur
d'Hellboy 2, mais la où le
bas blesse c'est qu'en l'état il s'agit plus de Men In Black 2 dont il s'agit ici. Les
scènes comiques et les nombreuses punchlines de Ron Perlman ont
toutes a peu près le niveau d'une blague de cul raconté par un
chauffeur poids lourd ukrainien dans les derniers stades d'une
cuite au mezcal et, beaucoup plus dommageable, sont gravement
handicapées par un manque total d'une quelconque rythmique
humoristique qui les rendrait drôles, exception faite de l'hilarant
"combat" qui oppose Krauss et Hellboy, sans doute le moment le plus
fun du film. Le traitement du personnage de Tom Manning étant
particulièrement révélateur de cet échec, celui-ci qui était a
crever de rire dans le premier n'est ici qu'au mieux légèrement
amusant au pire inexistant. A l'instar de l'humour la relation
Hellboy/Liz n'est pas une grande réussite et handicape sérieusement
le déroulement de l'action, en gros on s'en fout comme de l'an 40,
Del Toro manque totalement de nous impliquer dans cette relation
pour le moins conflictuelle alors que celle naissante entre Nuala
et Abe apparaît comme étant plus touchante mais sans toutefois
toucher des sentiments d'émotions. Je ne m'étendrai pas sur le
score d'Elfman, absolument catastrophique tellement celui-ci est a
l'ouest. En bref le ressentit émotionnel s'en retrouve gravement
amenuisé mais ce n'est au final pas si grave que cela puisque
l'intérêt principal de cette suite est ailleurs.
Définitivement.
Depuis Chronos Del Toro a
toujours cultivé une vision radical du fantastique et de ces
différentes mythologies tout en y apportant des obsessions
personnels ainsi que des thématiques récurrentes. Chronos était une vision "matérialiste"
du vampirisme traversé par l'idée de la corruption physique, une
obsession pour les mécanismes - récurrente dans toute son
œuvre - la symbolique ésotérique, les
différences entres la monstruosité physique et mental et surtout LE
grand thème du cinéma de Guillermo Del Toro, par celle de l'enfance
solitaire. Mimic revisitait
le film de monstre par le billet du fascination du monde d'en bas
(ici les métros et égouts New Yorkais), de l'enfance (et de sa
mort) et d'une foultitude de détails organiques (la merde des
insectes qui pendouille des plafonds par exemple) généralement
"évacué" des productions du genre. L'Échine du Diable fut une pure
prolongation des thèmes abordés par Chronos - autant que l'évocation caché
de l'enfance douloureuse de Del Toro - mais cette fois au travers
du film de fantôme situé pendant la guerre civil espagnol tandis
que Blade 2, tout produit
de commande qu'il est, permis a Del Toro de se frotter au film
d'action tout en l'investissant de ces thèmes préférés et de se
livrer a un exercice d'alchimiste qui consistait a fusionner divers
éléments de la culture populaire dans ce qu'elle a de plus vaste en
un tout cohérent, réussissant a faire cœxister dans un même
métrage Murnau, Bava, Shakespeare et Kawajiri. Si réussit soit il
Blade 2 ne fut qu'un
laboratoire servant a l'élaboration d'un autre projet de Del Toro,
l'adaptation du comics culte de Mike Mignola : Hellboy. Si Del Toro se servit
explicitement d'un épisode en particulier - les germes de la
destruction - pour son film il s'éloigna pourtant de l'ambiance
général de l'œuvre de Mignola, de toute façon quasi
impossible a rendre en live, pour attirer a lui l'univers du démon
en quête d'humanité et le remplir de sa personnalité, de ces thèmes
récurrents et de ces idées quelques peu déviantes (a la plus grande
joie de l'auteur de ces lignes). Ainsi Hellboy devint un adolescent
en quête de l'amour de Liz Sherman, une mutante au pouvoir
littéralement incendiaire, en conflit avec son père adoptif - Brom
Bruttenholm - et combattant son autre père symbolique Raspoutine,
Kroenen devint une sorte d'horloge/zombie/nazi aussi muet qu'une
carpe et mortel qu'un grand blanc mais plus que tout Hellboy fut une énorme déclaration
d'amour aux monstres, qu'ils soit bon ou mauvais et a un univers
fantastique fait de visions cosmique lovecraftienne, de créatures
monstrueuses et de citée souterraines cachée sous un immense
cimetière gothique enseveli sous la neige, le tout rythmé par
l'humour bon enfant insufflé par Del Toro et quelques bastons
destroy directement issue des comics book US. Une excellente
adaptation seulement parasité par une fin trop vite expédiée - une
des rares scènes ou les limites du budget se font sentir - et par
quelques problème de rythme. Le
Labyrinthe de Pan fut une véritable consécration. Présenté
et superbement ignoré par le jury du festival de Cannes - présidé
par un Wong Kar Wai dans les vapes - alors que le chef
d'œuvre de Del Toro reçu la plus belle ovation de l'édition
(22 minutes d'applaudissements non stop, respect) n'empêcha pas
l'excellente carrière commercial du film et son énorme succès
critique. Prolongeant les thèmes qui lui sont chers, Del Toro
construisit un somptueux univers féerique référentiel - d'ou
pointait les ombres de Jérôme Bosch, d'Hayao Miyazaki et d'Arthur
Machen - autant qu'inquiétant dans le reflet donné a une réalité
autrement plus monstrueusement, celle de l'extrême solitude d'une
enfant dans l'horreur de la guerre civil espagnol.
Prévu pour être la deuxième partie d'une trilogie, Hellboy 2 et Del Toro s'éloigne des
œuvres originelles - le premier film et le comics - pour
finir de s'approprier totalement le personnage et son univers et en
profiter pour prolonger l'univers invoqué par Le Labyrinthe de Pan. Ainsi le palais
du roi Balor rappelle celui du roi elfique du précédent film de Del
Toro, L'ange de la Mort est une résurgence évidente du Pale Man, la
bataille qui sert d'ouverture rappelle par ces tonalités
chromatique le prologue du Labyrinthe. Tout comme dans
Blade 2 Del Toro propose
une immersion total, débarrassé d'une quelconque représentation de
la réalité et centré sur l'élaboration d'un univers foisonnant et
magnifique qui n'as tout simplement pas d'équivalent (même si par
moment on pense a Cabal de
Clive Barker ou a Star
Wars) ou se croise les univers sombre de Giovanni Batista
Piranesi, d'Arthur Rackham, de JRR Tolkien, Miyazaki, d'un folklore
celtique ici complètement réinterprété (les Tuatha dé Danaan,
Balor, les différentes légendes de guerriers et d'armée endormies
attendant l'heure de leurs résurrection dans les profondeurs de la
terre), de Ray Harryhausen et Jim Henson (Dark Crystal). Le résultat est une
suite scènes au design monstrueusement jouissif généralement
accompagnées de bastons dantesques (la mort de Balor, le marché des
Trolls, la résurrection de l'armée et le combat Hellboy/Nuada, le
musée) avec comme point d'orgue le duel contre la divinité
sylvestre, instant de pure bonheur graphique doublé du seul vrai
moment de magie, d'émotion du film dans l'agonie du dieu élémental
et la réaction de Liz face a une foule d'humains effrayés par leurs
protecteurs. On aura droit a une foultitude de décors puissamment
évocateurs d'évasion, d'imaginaire, de mystère et de créatures
parfois mortel mais toujours magnifiques (le golem, Mr. Winck,
l'ange de la mort,...), avec a leurs tête le couple tragique formé
par le prince Nuada et sa sœur Nuala, Luke Goss et Anna
Walton tout deux excellents. Bref de l'aventure, de l'action, du
mystère et de l'imagination… Ce que le cinéma est
aujourd'hui incapable d'offrir au spectateurs. C'est dans l'immense
générosité d'un Del Toro qu'Hellboy 2 devient important, dans son
envie d'offrir un gros morceau de pelloche anthologique par son
entassement de belles et bonne choses même si le résultat reste
quelques peu bancal. Si la liaison entre Liz et Red est
complètement foiré le développement d'Abe Sapien est lui une
réussite, drôle et souvent émouvant son personnage suscite un peu
d'émotion surtout dans son attirance avec Nuala mais sans toutefois
susciter une vrais profondeur. La petite cerise sur le gâteau est
l'introduction de Johan Krauss, fonctionnaire procédurier a
l'accent germanique et antagoniste d'Hellboy, personnage
immédiatement attachant dans sa bizarrerie plus que pour une réel
qualité d'écriture (mise a part une réplique d'anthologie ces
dialogues sont tout aussi plats que ceux du reste du casting).
Paradoxalement c'est la bonne humeur général du film qui joue en sa
défaveur, jamais on ne ressent le parfum d'apocalypse sensé
précéder la fin du monde mais ce qui aurai pu être un défaut majeur
passe finalement au second plan parce qu'Hellboy 2 est blindée de scènes
d'action absolument énormes dans lesquelles Del Toro déploie assez
de talent dans la maîtrise de ces cadres, de ces mouvements et
raccords, de la gestion de l'espace et du temps (des ralentis
toujours opportuns) pour se convaincre qu'il est aujourd'hui non
seulement au dessus du panier mais tout simplement qu'il s'agit
d'un des meilleurs réalisateur actuellement en activité, tout pays
confondu.
Si
tout un pan de la mythologie est ici évoqué et sert de base a
l'histoire, l'autre grande influence d'Hellboy 2 sort tout droit des comics de
la Marvel et en particulier Les Quatres Fantastiques dont on
reconnais l'influence dans l'ambiance conflictuel du groupe, la
description des vie privés de ces membres (une planche comme celle
représentant Johnny Storm en train de faire chier Ben Grimm pendant
que celui-ci se lave les dents était tout juste révolutionnaire a
l'époque de son édition) pendant lesquelles Del Toro prend un luxe
hallucinant aujourd'hui : Il prend le temps, le temps de montrer
Abe et Hellboy improviser un duo sur une chanson d'amour un peu
kitchos pour enchaîner sur une cuite. Bref de montrer ces
personnages vivres leurs vie (même si c'est pas toujours
intéressant ou réussi). On pourrait aussi citer les X-Men pour le rejet qu'ils suscitent
devant la populace "humaine", incapable de comprendre que ces
"monstres" sont aussi leurs protecteurs, et pour le coté maverick
de l'expédition qui les conduira en Irlande du Nord. Niveau baston
c'est également vers la fin, celle opposant Hellboy et Krauss
contre l'Armée d'Or qui constitue un bel hommage au cases crée par
Stan Lee et Jack Kirby en plein milieu des années soixante. On y
voit Hellboy bondissant de guerrier en guerrier tout en leurs
distribuant grosse patates et pralines monumentales tout en
arrachant tête et bras pendant que Krauss, qui a pris possession
d'un robot, démastique tout ce qui bouge. Une bien belle
interaction qui fait d'Hellboy
2 une des meilleurs représentation filmé du genre avec
Les Indestructibles et
Spiderman 3. Bref on pourrait décrire pendant des
heures, des heures et des heures l'extraordinaire déferlante visuel
qu'est Hellboy 2, juste
dommage qu'en route Del Toro n'est pas pu rendre le tout plus
émouvant, a lui donner plus de profondeur.